ALGÉRIE
24/05/2018 15h:33 CET

Une délégation venue du Mali pour rencontrer les migrants à Tamanrasset

L'APS préfère parler de la "communauté malienne à Tamanrasset" plutôt que des "migrants" comme si le problème se posait entre communautés et non pas dans la manière avec laquelle l'Etat algérien traite les migrants sub-sahariens de manière générale.

Marka via Getty Images

Une délégation venue du Mali, de responsables maliens, est à Tamanrasset depuis mercredi 23 au soir pour rencontrer la “communauté malienne”, a rapporté l’APS aujourd’hui.

Les officiels du ministère des Affaires étrangères malien doivent rencontrer jeudi 24 mai “la communauté malienne” qui se trouve à Tamanrasset “pour s’enquérir de leur situation, de leurs conditions de vie et de diverses autres questions liées à leur mode de vie dans le respect des lois et règlement algériens”, rapporte encore l’agence de presse officielle.

Une “visite de courtoisie au wali de Tamanrasset” fait partie du programme des officiels maliens.

“La communauté malienne vit depuis longtemps en harmonie avec la population de Tamanrasset, a affirmé” l’un des officiels malien, M. Traoré, à l’APS, “la communauté malienne exerce “librement″ diverses activités aux côtés de la population locale, dans le “respect mutuel″.

Le ton pour le moins sibyllin de l’Agence de presse officielle algérienne est probablement dû au tollé général, aussi bien à l’intérieur du pays qu’à l’extérieur, causé par la manière excessivement musclée avec laquelle le gouvernement algérien aligne depuis le 5 octobre 2018 les opérations d’expulsions collectives des migrants, parmi lesquels il se trouvent effectivement beaucoup de citoyens maliens.

Les humiliations et le traitement dégradant que fait subir le gouvernement algérien aux migrants - transportés dans des camions jusqu’à Tamanrasset dans des conditions indigentes - ont d’ailleurs été la cause d’attaques contre les consulats algériens au Mali par des Maliens expulsés qui n’ont trouvé que ce moyen pour exprimer leur colère quant à la manière avec laquelle l’Algérie les a traités.

La tension au Mali, dont on peut avoir une idée assez claire en lisant la presse malienne, a touché à son paroxysme suite aux échauffourées des expulsés maliens devant le consulat d’Algérie au nord du pays. La pression de l’opinion publique malienne, scandalisée par le traitement que réserve l’Algérie, censée être un pays voisin, frère et allié, a failli résulter en la rupture des relations diplomatiques par le Mali.

De fait, l’APS n’évoque rien de ce contexte houleux, préférant parler de la “communauté malienne à Tamanrasset” plutôt que des “migrants”, comme si le problème se posait entre “communautés” et non pas dans la manière avec laquelle l’Etat algérien traite les migrants sub-sahariens de manière générale.

Dans ce contexte, il est aussi important de rappeler que l’Algérie “justifie” la gestion musclée des migrants dernièrement par des impératifs sécuritaires. Dans ce sillage, l’agence Reuters a rapporté jeudi matin les propos d’un responsable algérien déclarant sous le couvert de l’anonymat que 105 Maliens étaient sur le point d’être expulsés par l’Algérie pour leur appartenance au groupe djihadiste Ansar Eddine.