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29/07/2019 15h:02 CET | Actualisé 29/07/2019 15h:02 CET

Une communion tunisienne

Il y a eu une osmose entre l’Etat et le peuple. Une communion. Une communion inédite entre les gouvernants et les gouvernés (...) il y a désormais un dialogue entre les gouvernants et les gouvernés.

NurPhoto via Getty Images

Ce qui s’est passé durant la journée mémorable du samedi 27 juillet 2019 était inédit à bien des égards.

Il y a eu les funérailles officielles et la présence du peuple tunisien. Il y a eu une osmose entre l’Etat et le peuple. Une communion. Une communion inédite entre les gouvernants et les gouvernés. Cela ne veut pas dire que c’est une lune de miel. Cela ne veut pas dire que les gouvernants sont parfaits. Cela ne veut pas dire aussi que nous, gouvernés, sommes exemplaires et irréprochables. Cela veut dire juste que désormais il y a un dialogue entre les gouvernants et les gouvernés. Les gouvernants ne sont pas écrasés par les gouvernés. Et les gouvernés ne haïssent pas leurs gouvernants. Avant, comme lors des funérailles de Bourguiba et encore aujourd’hui dans les autres pays arabes, le peuple est exclu lors des funérailles officielles. Les gouvernants ont peur des gouvernés et de leurs réactions donc ils les excluent des moments importants de la vie de leurs nations. Ceci a disparu en Tunisie. La communion entre les gouvernants et les gouvernés, samedi 27 juillet, en est la parfaite illustration. Il y a désormais une relation de dialogue permanent entre nous et nos gouvernants. Certes, ce dialogue peut connaitre des hauts et des bas, il peut être apaisé comme il peut être tendu mais ce dialogue existe. Et ce dialogue tend à se rationaliser. Les gens commencent à faire la distinction entre le personnel et le politique. Ce n’est pas parce qu’on est d’accord avec la personne qu’on doit l’aduler et ce n’est parce qu’on est en désaccord avec elle qu’on doit la haïr.

Egalement, cette osmose, cette communion, au-delà de cette nouvelle relation basée sur le dialogue entre les gouvernants et les gouvernés, a eu lieu grâce à la relation entre Béji Caïd Essebsi et les Tunisiens. Si el Béji a noué une relation spéciale avec les Tunisiens. Il était proche du peuple même dans son parler. Il leur parle comme un grand-père, comme un père, comme un frère, comme un ami, comme un voisin, comme n’importe quel Tunisien. Il a fini par devenir une personne familière à nous tous. Et son charisme et son charme (li9boul) l’ont beaucoup aidé. Les gens n’apprécient pas les personnes froides et distantes. Celui qui veut devenir président doit comprendre qu’il doit nouer une relation spéciale et proche avec les Tunisiens. Si el Béji, en vrai politicien et en disciple de Bourguiba, l’a su et l’a fait.

Si el Béji est entré au Palais de Carthage, le 31 décembre 2014, avec les honneurs et en est sorti, samedi 27 juillet 2019, avec les honneurs. Un précédent dans l’Histoire de la République. Un fait rare dans l’Histoire de la Tunisie et inédit dans son Histoire contemporaine. Ceci est très important à relever. Ceci est le deuxième enseignement de la journée mémorable de samedi après la communion entre l’Etat et le peuple.

Je voudrai également dire notre reconnaissance à Emmanuel Macron. Par sa présence, par son discours et par ses gestes, il a été un des nôtres hier. On ne l’oubliera pas. Sa Majesté le Roi d’Espagne a été le seul après le mot qu’il a prononcé en français à se tourner vers la dépouille de Si el Béji et à incliner la tête. C’est la noblesse du sang et la noblesse de l’âme et cela ne nous étonne guère. C’est un Bourbon. Bon sang ne saurait mentir. Quant à nos voisins Algériens et Libyens, ils étaient à nos côtés sinon les pays arabes, mis à part à quelques rares exceptions, ils n’étaient pas représentés à haut niveau. Et c’est dans ces moments de deuil que l’on connait ses vrais amis. A l’occasion de cette épreuve qu’est le décès de notre président, il a été rappelé et prouvé que la Tunisie est beaucoup plus proche de l’Occident que de l’Orient.

Le débat politique reprendra ses droits, c’est le propre des démocraties mais l’esprit mémorable de communion qui a marqué la journée du samedi restera dans les annales de l’Histoire contemporaine de la Tunisie. 

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