MAROC
27/05/2019 16h:34 CET

Une clinique privée se défend d'avoir proposé un don d'organe en guise de paiement

Un démenti qui répond aux accusations de la famille de la victime.

Akiromaru via Getty Images

DÉMENTI - Quelques jours après le scandale, la réaction est ferme. La clinique “Casablanca Aïn Borja” se défend d’avoir proposé à la famille d’une victime d’un accident de la route, en état de mort cérébrale, de faire don de ses organes en guise de paiement de la facture dont elle n’avait pas la possibilité de s’acquitter. Résidant à Mohammedia, la victime, un jeune homme de 31 ans, avait été violemment percutée par un véhicule le 20 mai dernier. Sa famille l’avait d’abord transporté à l’hôpital Moulay Abdellah de Mohammedia, avant de s’adresser à la clinique en question. 

Que s’est-il passé par la suite? Chaque partie a sa propre version des faits. Dans une vidéo diffusée par chouftv.mala famille et les proches du défunt expriment la même colère: la clinique leur aurait imposé de déposer un chèque de garantie de 40.000 dirhams, mais surtout elle leur aurait donné de faux espoirs de sauver la vie du jeune homme. En salle de réanimation, soumis aux soins intensifs, ce dernier est resté dans le coma pendant deux jours. Son état de santé n’a connu aucune amélioration, d’après le témoignage d’un voisin et ami de la victime resté à son chevet, également partagé dans cette vidéo. 

Le lendemain de l’internement, la famille est informée par la clinique, d’après ses dires, que son fils est entre la vie et la mort. Une femme médecin, raconte ce même voisin, vient alors leur proposer de faire don d’organes, notamment des reins, pour sauver d’autres vies. La proposition rejetée, la famille n’a pas eu droit de récupérer son fils. “Il devait rester dans la clinique jusqu’à sa mort”, s’indigne ce témoin. Au bout de 36h passées dans la clinique, la mort est annoncée et la facture à payer, d’après la famille, s’élève à 230.000 dirhams.

Parole contre parole

Pour la clinique, ces allégations ne sont qu’un tissu de mensonges. L’établissement insiste, dans un communiqué publié hier, pour souligner que la clinique n’a ménagé aucun effort pour tenter de sauver la vie du jeune homme. “Les proches du défunt nous l’ont ramené le 20 mai à 23h dans un état comateux et très grave en raison de la nature de la blessure qu’il a subie, comme le montre d’ailleurs le rapport de l’hôpital Moulay Abdellah de Mohammedia”, indique la direction de la clinique. Et de souligner qu’elle “n’a jamais donné de faux espoirs à la famille de la victime ni prétendu, par la voix d’un médecin, avoir la possibilité de le traiter ou de l’opérer. Les spécialistes ne trouvaient aucun intérêt scientifique et médical à procéder à cette opération”. 

La direction de la clinique dément ainsi les dires de la famille et des proches du défunt, précisant aussi qu’il n’était pas possible de leur remettre le corps avant que la procédure légale en vigueur en cas d’accident ne soit accomplie. Compatissant au chagrin de la famille, la clinique se défend, cependant, des “propos diffamatoires” qu’elle a tenus à son encontre. Elle soutient que le montant de la facture à payer est “trop exagéré” par la famille et que ce dernier est “nettement moins élevé”, sans toutefois citer de chiffre.         

La proposition de se faire payer par prélèvement d’organe est par ailleurs dénué de tout fondement, poursuit le communiqué. La clinique explique que le don d’organes a en effet été proposé à la famille par la femme médecin superviseur, qui leur a exposé l’état de leur fils, leur assurant qu’il était condamné et que ses organes pouvaient sauver des vies. Si la famille y avait consenti, le prélèvement devait se faire au niveau du Centre hospitalier universitaire Ibn Rochd de Casablanca, conformément à la loi (16-98). La loi défend catégoriquement au secteur privé de procéder à tout prélèvement d’organe, mission attribuée uniquement aux hôpitaux publics agréés, ce dont la clinique dit avoir parfaitement conscience.