MAROC
18/03/2019 13h:46 CET

Une chaîne de télé espagnole enquête sur le drame des mineurs marocains clandestins à Ceuta

La journaliste qui a effectué le reportage n'a pas caché son émotion.

Capture d'écran/La Sexta

IMMIGRATION - L’émission “Liarla Pardo”, de la chaîne télévisée espagnole La Sexta, a diffusé dimanche 17 mars un reportage spécial sur les mineurs étrangers non accompagnés (MENA) qui traversent chaque jour la frontière entre le Maroc et l’enclave espagnole de Ceuta, où ils errent dans les rues dans l’espoir d’atteindre ensuite la péninsule ibérique.

Des jeunes de diverses nationalités - principalement des Marocains - risquent ainsi leur vie en essayant de se faufiler dans les camions et les bateaux qui se rendent dans la péninsule en traversant le détroit, rappellent nos confrères du HuffPost Espagne, qui ont consacré un article à cette émission.

Lors de leur reportage, les journalistes de La Sexta ont recueilli les histoires de plusieurs de ces jeunes migrants. Ils montrent aussi les tensions avec les habitants et ont été témoins d’une tentative de passage clandestin, avortée par l’arrivée de la Guardia Civil, et de la chute d’un des mineurs, blessé à la jambe, rapporte Ceuta TV.

“Plusieurs enfants migrants essaient de toutes les manières possibles d’entrer dans le bateau”

La journaliste espagnole Inés Paz, en charge de l’émission, n’a pas caché son émotion face aux drames que vivent certains de ces jeunes migrants entrés clandestinement à Ceuta. Parmi les histoires qui ont particulièrement touché la reporter, celle d’Ismael, un Marocain âgé de 17 ans, qui dit avoir quitté son domicile à 12 ans et erre dans le port de l’enclave espagnole depuis l’âge de 13 ans, explique le HuffPost Espagne.

“Je veux étudier pour travailler. Je veux moi-même une famille, une bonne famille, car je n’ai pas de famille au Maroc”, raconte le jeune homme, le dos tourné à la caméra, comme vous pouvez le voir dans l’extrait vidéo ci-dessous.

“Vous n’avez pas de famille au Maroc”, lui répond alors la journaliste. “Maman a un autre mari, je ne peux pas vivre avec maman”, se lamente le jeune homme. “Je suis sorti dans la rue à douze ans”, continue-t-il.

“Quand tu avais douze ans, tu as quitté ta maison”, répète la journaliste, visiblement émue par cette histoire. “C’est une vie très triste”, déclare l’un des chauffeurs de camion qui assiste à la conversation. “Je les écoute et je suis émue, parce que...”, reconnaît la journaliste, presque au bord des larmes. “Parce que vous vous mettez à leur place. Nous savons ce qui leur arrive et ils ont pleinement le droit de chercher une vie meilleure, mais nous... ”, poursuit le chauffeur du camion. “Je vous comprends tous, bien sûr”, dit la journaliste.

Sur son compte Instagram, cette dernière a partagé deux photos de son reportage et un court texte pour raconter ce qu’elle a vécu au Maroc et à Ceuta, déplorant “la criminalisation et la stigmatisation” à l’égard des mineurs migrants non accompagnés. 

“Nous constatons depuis des jours que la criminalisation et la stigmatisation des mineurs migrants non accompagnés augmentent en Espagne. Il y a deux semaines, je suis allée à Tanger et Ceuta. Nous avons été témoins de la tension quotidienne ressentie à la frontière sud. Mais surtout, nous les avons rencontrés, et écouté leurs histoires. Ce ne sont pas des chiffres. Ismael, un garçon de 17 ans qui se trouve à Ceuta, risque sa vie, rêvant de retrouver son frère dans la péninsule...”, écrit-elle.

Début mars, en marge de son premier voyage officiel dans l’autre enclave espagnole du Maroc, Melilla, le ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a déclaré que le Maroc et l’Espagne sont en train de travailler sur une méthodologie commune qui permettra le rapatriement des mineurs migrants marocains dans leur pays d’origine.

Le 26 février, l’Assemblée de Ceuta a approuvé la modification de la loi concernant le refoulement de tous les mineurs étrangers non accompagnés qui migrent pour des raisons économiques dans les deux enclaves espagnoles du Maroc. Le gouvernement de Ceuta demande qu’ils soient renvoyés dans leur pays ou dans le pays de transit, dans un délai maximum de trois mois après leur arrivée sur le territoire espagnol.

Le ministre espagnol a, de son côté, exprimé son désaccord quant à cette mesure, qui doit être portée aux Cortes Generales, qui constituent le Parlement du royaume d’Espagne. Il a rappelé que la protection de ces mineurs est garantie par les conventions internationales et que les gouvernements des deux enclaves ne peuvent pas faire “de mesures d’exception”.