MAROC
03/04/2019 11h:29 CET

Une association alerte sur le risque posé par la rupture du câble électrique entre le Maroc et l'Espagne

Deuxième incident en l'espace de deux ans.

REE
Pose du câble électrique entre le Maroc et l'Espagne à Tarifa (sud de l'Espagne).

ENVIRONNEMENT - L’association espagnole Agaden-Ecologistas en Acción (écologistes en action) a dénoncé, mardi 2 avril dans un communiqué, l’absence de communication officielle au sujet de la récente rupture du câble électrique reliant le Maroc à l’Espagne par le détroit de Gibraltar, et le risque écologique posé par cet incident pour l’environnement et les citoyens.

“Nous dénonçons une nouvelle fois que le REE (réseau électrique espagnol, ndlr) et des administrations telles que la mairie de Tarifa, la direction du parc naturel du détroit, la délégation territoriale de l’environnement et la capitainerie maritime aient dissimulé au public la deuxième rupture du câble de Tarifa, survenue le 16 septembre 2018”, écrit l’association. Une précédente rupture avait eu lieu en 2016.

Après avoir demandé des informations sur ce cas à la Direction générale de la politique énergétique et des mines au ministère espagnol de la transition écologique en novembre dernier, l’association a fini par recevoir une réponse le 22 mars, indique-t-elle. La direction du ministère confirme la rupture du câble électrique. “Pendant tout ce temps, la rupture a été gardée ‘secrète’ face aux citoyens de cette région”, déplore Agaden.

La rupture, qui a eu lieu à 9,2 kilomètres au large des côtes marocaines et à environ 480 mètres de profondeur, dans les eaux territoriales marocaines, serait due à des causes externes, selon le ministère. Problème: 29.000 litres de liquide de refroidissement ont été déversés dans la réserve de biosphère, assure l’association écologiste.

“Comme il arrive toujours dans ces cas, l’administration et la société minimisent ce fait grave ainsi que les dommages causés, en affirmant que le liquide isolant n’a pas affecté l’environnement... Cependant, le réfrigérant susmentionné est classé dans la phrase de risque entre R21 et R22, ce qui signifie qu’il est toxique en cas d’ingestion et qu’il est également nocif en cas de contact avec la peau”, souligne l’association.

Les autorités espagnoles démentent

Le ministère espagnol dément de son côté la présence du liquide isolant dans les eaux territoriales espagnoles. “Les autorités maritimes espagnoles ont activé le plan maritime national, déployant également des moyens appropriés pour vérifier la présence de fluide isolant dans les eaux territoriales espagnoles. Les résultats étaient négatifs”, assure la Direction générale de la politique énergétique et des mines dans sa réponse envoyée à l’association.

La même source assure que “le fluide isolant présent à l’intérieur du câble, baptisé Petrelab 550, n’est pas nocif pour la santé marine et/ou humaine” et qu’il n’a donc “pas eu d’impact sur l’environnement”.

Ce n’est pas la première fois que l’interconnexion électrique entre le Maroc et l’Espagne connaît un incident. En 2016, plusieurs fils électriques avaient été cassés, et les associations écologistes avaient alerté sur le risque de “marée noire” due au déversement d’hydrocarbures causé par cette rupture.

“La rupture du câble a eu lieu deux fois au cours des deux dernières années. C’est un signe que quelque chose ne va pas avec ces systèmes”, estime l’association, affirmant que les liquides polluants ont été déversés dans le détroit de Gibraltar “dans une quantité considérable”.

“Compte tenu des ruptures répétées de ces câbles, nous nous interrogeons sur la sécurité et la signalisation de celles-ci pour la sécurité maritime du détroit, ajoute la même source, déplorant le fait que ce soit une ONG qui tire la sonnette d’alarme. 

Agaden conclut en annonçant qu’elle informera l’Unesco, organisme qui dirige le Programme sur l’homme et la biosphère, “afin qu’elle mène une enquête” sur le REE et son homologue marocain, l’Office national de l’électricité (ONE).