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21/05/2019 17h:54 CET | Actualisé 21/05/2019 17h:57 CET

Un tifo ou la protestation verticale

On a encore reçu des pelletées de lumière et de couleur sur nos visages ouverts pour tous les jours, où, l’angoisse, la peur, le désespoir voudraient nous imposer ses cadres et nous faire croire qu’on ne peut pas espérer.

Sur un immeuble inachevé -belle métaphore de l’Algérie- nommé “Le Palais du peuple” BBA déroule depuis le 22 février, chaque vendredi, sa protestation verticale, un tifo de 15 mètres de long. Emprunté aux stades tout comme certains chants, il constitue le moment où se cristallise visuellement la révolte pacifique, déterminée et sans retour possible.

BBA enveloppe son Palais du Peuple, fait resplendir sa ville et même Christo aura du mal à faire mieux avec l’Arc de triomphe à Paris. Cette chorégraphie visuelle nécessite des jours de travail mais surtout un collectif pour la réalisation. Ah l’art du lien, ce terreau qui manque tellement à la France. 

Au moment où on le déploie, le tifo est comme la flute dans les chansons arabes, après les percussions et les violons, elle intervient légère comme le vent qui tire la voile du bateau.

Représenter la réalité, critiquer les rapports de forces, n’est-ce pas la fonction de l’art dans la société ? L’art comme un instrument de résistance, un outil d’émancipation et de critique sociale qui aide à comprendre, voire à anticiper les changements ? Déjà le pop art utilise des références de la culture populaire pour créer des œuvres d’art, avec des images aux couleurs fortes mais aussi des collages ou de la calligraphie.

Pour le tifo, le message politique prime l’esthétique mais ne l’oublie pas et pour cette raison on peut le mettre dans la catégorie du Street art déjà ancienne en Algérie. 

Myriam Kendsi pour le Huffpost Algérie

En effet on se souvient à la fin des années 90 de AKM CREW crée par Harba dont on voyait les graffitis à Tizi Ouzou et Alger, mais aussi de KLASH 16 avec son célèbre Octobre 88 et Toz we can.

On pense aussi à lHomme jaune avec sa critique de l’orientalisme mais surtout de la corruption et de la misère.

La photographie n’a pas été en reste, le 5 juillet 2016 Youcef Krache avait pris l’initiative de présenter hors les murs une exposition avec 220 photographies (qui deviendra un collectif ) rue Didouche, exposition sur le quotidien des Algériens que la police est venue arrachée trois heures après.

Plus récemment, il y a quelques jours la curatrice Anne Murray  dans son pavillon nomade a repris le concept avec le même Collective220 en marge de la Biennale de Venise sur les murs du Palais des Doges et Soto portego S. Zaccaria.

Houari Bouchenak

Ainsi Février continue de fouiller nos espoirs et de taire le silence jusqu’à étancher notre soif de rêves déposés avec la rosée. Ne restera que l’écume entre le monde et nous.