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03/10/2019 11h:22 CET | Actualisé 03/10/2019 11h:25 CET

Un risotto au crabe bleu…capturé en Tunisie

Ce crabe bleu est le 5ème crabe le plus demandé au niveau du marché mondial

© FAO / Valério Crespi
Photos de crabes bleus.

En 1993, les premiers crabes bleus ont été observés sur les côtes tunisiennes, avant de proliférer à partir de 2014, causant des dégâts importants dans le secteur de la pêche artisanale côtière, surtout au golf de Gabes (dans le sud-est de Tunisie), représentant plus que 70% des captures des pêcheurs de ce golf méditerranéen.

Le crabe bleu (Portunus segnis), espèce invasive introduite en Méditerranée par le canal de Suez depuis 1868, constituait une menace aux techniques de pêches artisanales utilisées à Gabès, précisément les filets maillants et les nasses utilisées dans la Charfia (engins de pêche traditionnels fixes) à Kerkennah. Avec ces multiples épines, le crabe bleu constituait la première cause d’endommagement des filets de pêche, affectant aussi la qualité des poissons capturés puisque ces crabes se nourrissent des espèces pris dans les filets ou dans les nasses.

Les effets néfastes de ces crabes prédateurs qui se nourrissent sur les crustacées et les mollusques risquaient d’affecter négativement les rendements des femmes collectrices de palourdes, qui étaient supportées par la FAO à partir de 2015 pour améliorer le revenu de leurs ménages.

Mais ce crabe bleu est le 5ème crabe le plus demandé au niveau du marché mondial (surtout le marché asiatique et les Etats Unis), il prend sa place bien méritée dans les menus des restaurants les plus raffinés, avec une grande sélection de plats, dont le plus fameux est sans doute le risotto au crabe bleu. 

© FAO / Valério Crespi
Photo de la Nasse utilisée pour la pêche aux crabes bleus.

 

Apprends-moi à pêcher

Ainsi, dans le cadre du projet de « renforcement de la gouvernance et développement de la pêche en Tunisie » (TCP/TUN/3602) la représentation de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) en Tunisie, en partenariat avec la Direction Générale de la Pêche et de l’Aquaculture (DGPA) au ministère Tunisien de l’Agriculture, des Ressources Hydrauliques et de la Pêche, ont offert en 2019 trois sessions de formation, théoriques et pratiques, aux pêcheurs de Djerba (2-3 Juillet), de Gabes (4-5 Juillet) et des îles de Kerkennah (8-9 Juillet) sur les techniques de pêche au crabe avec les nasses.

Ces sessions ont représenté une opportunité d’animer des sessions de dialogue direct avec les pêcheurs, qui avaient souffert des effets néfastes du crabe bleu dans leurs filets, leur expliquant ses bienfaits économiques.

En plus du côté théorique de ces formations, les pêcheurs sélectionnés en concertation avec les représentants des syndicats des pêcheurs, ont reçu 1 200 nasses polyvalentes (= capables de capturer différentes espèces) qui permettront de capturer de manière plus performante le crabe bleu et l’extraire facilement tout en préservant sa qualité pour faciliter sa commercialisation sur le marché tunisien ou l’exporter aux marchés les plus payants.

Ces nasses ont été conçus et fabriqués par  l’Institut National des Sciences et Technologies de la Mer (INSTM) , un centre de recherche maritime tunisien.

Marouene Bdioui, l’expert en technologie des pêches au bureau de la FAO en Tunisie, a appris aux pêcheurs, pieds dans l’eau, comment préparer les nasses, les déposer dans l’eau, les récupérer et enlever les crabes capturés. Durant ces sessions pratiques, les pêcheurs ont pu comparer l’effet de ces nasses aux filets mono-filament à grande maille et les nasses à crabe traditionnelles de forme cylindrique pour savoir la différence de performance entre les trois types d’engins.

Tourner une catastrophe en une opportunité

Au-delà du développement des techniques de la pêche en Tunisie, la FAO a apporté son savoir-faire pour assister les partenaires nationaux à développer une chaine de valeur complète à partir de ce marché de niche.

Après avoir maitrisé la capture du crabe bleu aux côtes tunisiennes, une bonne gouvernance de sa pêche va faciliter sa commercialisation vers le marché national (surtout les restaurants touristiques) et l’exporter, en créant de nouvelles opportunités d’emploi pour les jeunes et les femmes de ces régions côtières.

© FAO / Valério Crespi
Photo de l'usine

 

Et voilà que la première une usine du traitement et commercialisation du crabe bleu pour le marché asiatique a été créée dans les iles de Kerkennah, déclenchant une dynamique économique avec 50 nouveaux emplois pour des jeunes femmes en plus d’autres techniciens.

Pour Valerio Crespi, l’expert de la pêche et l’aquaculture du bureau sous-régional de la FAO pour l’Afrique du Nord: “Cette usine n’a pas seulement permis aux pêcheurs de diversifier leurs sources de revenus et de valoriser la présence d’une espèce invasive, mais elle portera prochainement dans vos assiettes, un risotto au crabe bleu, capturé en Tunisie”. 

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