ALGÉRIE
10/01/2019 10h:06 CET | Actualisé 11/01/2019 14h:01 CET

Un reportage à charge du journal Le Monde sur une “chasse à l’homme noir” en Algérie

Sous le titre “Refoulés d’Algérie : une "chasse à l’homme noir", le journal Le Monde publie un reportage à charge contre les autorités algériennes accusées de rafler, de maltraiter les migrants subsahariens et de les abandonner “à la frontière du Niger, en plein désert”.

Scott Peterson via Getty Images

L’article qui cite des témoignages de personnes expulsées qui ne sont pas tous des citoyens du Niger, pays avec lequel il existe un accord avec l’Algérie, ainsi que des responsables de l’Organisation internationale pour les migrations des Nations unies (OIM) et du rapporteur spécial des Nations unies (ONU) sur les droits de l’homme des migrants, Felipe Gonzalez Morales, dresse une image sombre de la manière dont les autorités algériennes gèrent la question des migrants. Des rafles suivies d’expulsions après un long voyage dans des conditions éprouvantes.

“Si les autorités nigériennes prennent en charge leurs ressortissants à la frontière – plus de 14 000 ont été déportés en 2018, deux fois plus qu’en 2017 –, les non-Nigériens, eux, sont laissés à la responsabilité de l’OIM qui, grâce à un financement de l’Union européenne (UE), les secourt et leur propose une “aide au retour volontaire” dans leur pays d’origine” rapporte Le Monde.  Des personnes ayant le statut de réfugiés ont été également refoulées, selon le long reportage du Monde qui fait état également de “violences”, de “vols”, de “spoliation” de biens.

Ouyahia pointé du doigt

Le Monde dit avoir sollicité les autorités algériennes qui n’ont pas donné suite, estime en citant “certains observateurs” que la politique de refoulement est “l’œuvre du premier ministre Ahmed Ouyahia, qui avait déclaré peu avant sa nomination à l’été 2017 : “Les étrangers en séjour irrégulier amènent le crime, la drogue et plusieurs autres fléaux.”.

Néanmoins, ajoute-t-il, au-delà des enjeux de politique interne, l’action de l’Algérie vis à vis des migrants “peut aussi se lire à la lumière de la crispation en Europe autour de l’immigration et de l’évolution des flux d’arrivées vers le Vieux Continent. Face au chaos libyen et au blocage de la route de la Méditerranée centrale, ces flux se sont pour partie reportés vers la Méditerranée occidentale.”

“Nous savons que beaucoup de migrants sont bloqués au sud de l’Europe et au nord de l’Afrique, souligne Martin Wyss, chef de mission de l’OIM au Niger. Il y a un reflux des personnes depuis le Nord vers le Sud d’une manière générale et cela commence avant l’Algérie.”

L’Algérie est régulièrement mise en cause pour le “durcissement” de sa politique à l’égard des migrants. La Ligue algérienne des défense des droits de l’homme (LADDH) a multiplié ces trois dernières années les alertes en soulignant l’impératif de respecter les conventions internationales sur les migrants. La ligue avait souvent mis en cause la politique de reconduite collective à la frontière du Niger qui touche aussi des personnes qui ne sont pas des citoyens de ce pays.

S’il n’existe pas de législation algérienne sur les réfugiés et les demandeurs d’asile, la règle de la supériorité du droit international s’impose à travers la la Convention de Genève de 1951 qui a été ratifiée par l’Algérie.

Depuis quelques mois, les accusations se sont multipliées au sein des ONG internationales et même des organismes onusiens relayées par des médias internationaux au sujet du traitement infligés aux migrants. Les responsables Algériens se défendent en invoquant des impératifs de sécurité nationale et assurent que des organismes de l’Onu, comme le HCR, établissent des rapports sur la base de “fausses informations”.