MAROC
30/06/2018 12h:14 CET

Enfants autistes: Un programme d'intégration en école ordinaire développé à Rabat

En quelques mois de travail, le projet a porté ses fruits.

HANDICAP - C’est une fête de fin d’année pas comme les autres qui se préparait ces derniers jours à l’école André Malraux, à Rabat. Les élèves de quatre classes de l’école primaire clôturent ce samedi 30 juin l’année scolaire en compagnie de leurs nouveaux amis, les enfants autistes du centre La Passerelle de Salé.

Enseignants et parents de l’école assistent aujourd’hui à une chorale qui sera donnée par les enfants des deux établissements. Ils auront également l’occasion de découvrir toutes les créations artistiques réalisées au cours de l’année scolaire lors d’ateliers organisés suite à un partenariat d’un an signé en septembre 2017 entre l’école française et le centre de l’association des parents et amis des enfants de La Passerelle (APAEP).

Passerelles Citoyennes

“Nous voulions permettre à ces enfants de milieu spécifique de savoir s’intégrer à un milieu ordinaire avec des enfants de leur âge, tout en permettant aux enfants ordinaires de rencontrer ces enfants qui ont leurs particularités, qui ne parlent pas, qui bougent peut-être un peu trop... Pour leur expliquer que dans la vie, il y a des personnes différentes, qu’il faut accepter et se nourrir de ces différences”, nous raconte Farouk Alioua, directeur d’honneur de l’association APAEP.

Cette convention signée en septembre 2017, a marqué le départ d’un nouveau projet “Les Passerelles Citoyennes”, une initiative personnelle de quatre enseignants de l’école André Malraux qui ont très vite pu compter sur le soutien de leur établissement. 

Un projet qui a porté ses fruits

Nathalie Alioua-Laupie fait partie de ce groupe d’enseignants. En accueillant une petite fille autiste dans sa classe en 2017, cette enseignante en classe de CE2 voulait faire les choses bien. 

“Mon objectif était que cette enfant soit socialisée comme les autres enfants. Mais nous, enseignants, étions confrontés à ce handicap sans qu’une formation ne nous soit proposée”, explique Nathalie Alioua-Laupie au HuffPost Maroc, rappelant que l’école basée à Rabat se doit de respecter la loi française qui demande aux établissements scolaires d’inclure les enfants en situation de handicap dans des classes ordinaires.

L’enseignante, qui avait déjà travaillé auparavant avec le centre La Passerelle, n’a pas hésité à solliciter l’expertise de cette association qui fêtera bientôt ses 25 ans d’existence au Maroc.

C’est au festival “Y’a de la voix pour l’autisme”, organisé en avril 2017 par l’APAEP et l’association ”À Chœur Joie Rabat”, que la première rencontre entre les enfants des deux établissements a eu lieu. 

Festival Y'a de la voix pour l’autisme/Facebook

“Nous avions créé une petite chorale avec trois classes. La Passerelle nous a proposé de participer au festival qu’elle organise chaque année où plusieurs chorales de Rabat et alentours se réunissent”, se souvient Nathalie Alioua-Laupie.  

Après cette première rencontre réussie, les enseignants de l’école et les formateurs du centre ont voulu renouveler l’expérience et l’élargir à d’autres activités. 

La signature de la convention a ensuite mené à plusieurs activités en commun organisées à l’école et au centre, notamment des ateliers de jardinage, de céramique, d’art plastique ou encore d’expression corporelle.

Les enseignants ont quant à eux bénéficié de formations données par deux collaborateurs du centre La Passerelle basés en France, le directeur des structures médico-sociales APAR (Association PréventionAutisme Recherche), Stéphane Brault, ainsi que la psychologue clinicienne Crystelle Bege.

En quelques mois de travail, les rencontres et les formations ont porté leurs fruits. “La petite fille autiste que j’ai dans ma classe a énormément changé. Mon regard était différent, le regard de ses camarades a changé aussi, ils lui ont donné la possibilité d’échanger et de communiquer. Elle qui n’était vraiment pas dans le langage a commencé petit à petit à s’ouvrir aux autres”, confie Nathalie Alioua-Laupie, non sans souligner qu’il s’agit là d’un travail à long terme.

Aujourd’hui, quatre classes inclusives, du CP au CM1, qui accueillent chacune un enfant en situation de handicap, participent à ces activités avec les 24 enfants autistes de La Passerelle de Salé. L’établissement compte pourtant 11 enfants en situation de handicap, dont 9 autistes et 2 trisomiques.

“Des réunions avec le corps enseignant et le centre avant le début de la prochaine année scolaire nous permettront de déterminer quelle forme ce projet pourra prendre dans les prochaines années et s’il pourra inclure d’autres classes”, souligne le directeur de l’école André Malraux, Jean-Pierre Lugli, qui espère renouveler le programme et le rendre plus adapté à la capacité d’accueil de l’école ainsi qu’à celle du centre.

Passerelles Citoyennes
Les œuvres réalisées par les enfants des deux établissements.

Quid de l’école publique?

Si les classes intégrées sont imposées par la loi française, elles restent encore très rares au Maroc. Comme l’explique au HuffPost Maroc le directeur de l’APAEP, Farouk Alioua, les enfants autistes scolarisés se retrouvent pour la plupart dans des centres spécialisés.

“Aujourd’hui, il y a des classes pour trisomiques un peu partout au Maroc, mais pas encore pour les autistes, qui ne sont souvent pas acceptés par les écoles après un certain âge”, regrette Farouk Alioua.

La Passerelle, qui croit en l’inclusion, a déjà mis en place une classe intégrée avec 8 enfants autistes à l’école publique Ahmed Chérif Amziane à Sala El Jadida. Avant d’accueillir ces enfants, l’instituteur de la classe a dû suivre en France une formation financée par l’APAEP. Deux éducateurs du centre lui viennent également en aide en accompagnant les enfants autistes.

Pour le directeur de l’APAEP, l’intégration des enfants autistes dans les écoles publiques au Maroc est possible, mais à quelques conditions. “S’il n’y a pas de volonté politique pour former les enseignants et intégrer les enfants handicapés dans les écoles, l’instituteur ne pourra pas gérer la situation seul”, assure Farouk Alioua, soulignant que la formation des enseignants est la clé pour qu’un tel programme soit fructueux dans d’autres écoles du royaume.

Au Maroc, le taux national de scolarisation des personnes en situation de handicap (PSH) pour la tranche d’âge 6 à 17 ans est de 41,8% soit 33.000 élèves en situation du handicap, d’après les résultats dune enquête nationale sur le Handicap menée en 2014 par le Ministère de la Solidarité, de la Femme, de la Famille et du Développement Social. En 2014, les moins de 15 ans représentaient 38% des personnes souffrant de déficiences mentales.

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