MAROC
10/06/2019 09h:57 CET

Un million de manifestants à Hong Kong contre un projet de loi pro-Pékin

Les manifestants ont protesté contre un projet du gouvernement local d’autoriser des extraditions vers la Chine continentale.

INTERNATIONAL - Vu du ciel, la manifestation de ce dimanche 9 juin à Hong Kong était particulièrement impressionnante. Un million de personnes ont défilé pour dénoncer un projet de loi du gouvernement localcomme l’explique notre vidéo en tête d’article.

“Il y a 1,03 million de personnes à la marche d’aujourd’hui”, a annoncé un des organisateurs à la foule rassemblée devant le Parlement local, déclenchant les applaudissements. Il s’agit de la manifestation la plus massive depuis la rétrocession de ce territoire à Pékin selon les organisateurs.

La police, qui traditionnellement donne des chiffres de participation nettement inférieurs, a estimé que la marche avait, à son plus fort, rassemblé 240.000 personnes -soit, selon ses chiffres, la deuxième manifestation la plus massive depuis la rétrocession. 

Les manifestants étaient réunis pour s’opposer au projet du gouvernement local d’autoriser des extraditions vers la Chine continentale. Ce projet des autorités locales pro-Pékin suscite la colère de la population. Selon ses détracteurs, il placera les Hongkongais à la merci d’un système judiciaire chinois opaque et politisé. 

Des affrontements ont éclaté dans la soirée entre policiers et manifestants, les forces de l’ordre usant de bâtons et de gaz poivre pour tenter de disperser les participants à une marche monstre contre un projet de loi d’extradition défendu par le gouvernement local. Des manifestants jetaient des bouteilles et se servaient de barrières métalliques contre la police qui tentait de chasser un petit groupe cherchant à rester devant la Conseil législatif, le “parlement” local, a constaté un journaliste de l’AFP.

“Une menace envers l’État de droit”

Dans une chaleur étouffante, les manifestants ont défilé dans les rues étroites de l’île principale, formant un cortège bruyant et brandissant des pancartes rouges “No extradition”.

Marco Ng a fermé son café pour rejoindre la marche. “Notre ville est plus importante que mon commerce”, a-t-il déclaré. “Si nous ne protestons pas, le gouvernement ne prendra pas en compte nos inquiétudes”.

“La voix du peuple n’est pas écoutée”, a dénoncé Ivan Wong, un étudiant de 18 ans. “Cette loi n’affectera pas seulement la réputation de Hong Kong en tant que centre financier international, mais aussi notre système judiciaire. Cela a des conséquences pour mon avenir”.

De nombreux manifestants ont indiqué ne plus croire aux engagements de l’exécutif hongkongais de ne pas envoyer sur le continent les critiques du pouvoir chinois.

Le projet des autorisé a suscité des critiques des juristes, des milieux financiers et de diplomates occidentaux inquiets pour leurs ressortissants. Jeudi déjà, des milliers d’avocats hongkongais, dans une prise de position très rare pour leur profession, avaient défilé contre “une menace envers l’État de droit”.

Combler un vide juridique

L’exécutif de la région semi-autonome affirme que cette loi doit combler un vide juridique et qu’elle est nécessaire notamment pour permettre l’extradition vers Taïwan d’un Hongkongais recherché pour meurtre. Mais ses détracteurs affirment que ce dossier de meurtre n’est qu’un prétexte pour satisfaire Pékin.

La suspicion envers la Chine est renforcée par une série de disparitions de personnalités critiques envers le pouvoir chinois, dont un groupe d’éditeurs dissidents et un milliardaire, qui sont ensuite réapparus en détention sur le continent.

La marche de ce dimanche, avec sa mobilisation exceptionnelle, pose un énorme défi à Carrie Lam, la cheffe de l’exécutif hongkongais, qui n’est pas élue mais nommée. Ignorer l’ampleur de l’hostilité au projet de loi pourrait attiser la colère, voire relancer une mobilisation comparable au “Mouvement des Parapluies” de 2014. Les organisateurs de la manifestation ont averti dimanche soir que leurs actions “monteraient en puissance” si le gouvernement ne tenait pas compte de l’opposition au texte.

En vertu de l’accord de rétrocession conclu entre Londres et Pékin, Hong Kong jouit jusqu’en 2047 d’une semi-autonomie et de libertés qui n’existent pas en Chine continentale.

Cet article a été initialement publié sur le HuffPost France.