TUNISIE
17/06/2019 19h:54 CET

Un livre explore les origines de la pénalisation de l'homosexualité en Tunisie. Interview avec son co-auteur, Ramy Khouili

“L’article 230: Une Histoire de la criminalisation de l’homosexualité en Tunisie”, un livre de Ramy Khouili et Daniel Levine-Spound qui questionne la mémoire collective.

Couverture du Livre

Remonter jusqu’aux origines de l’article 230 du Code pénal criminalisant l’homosexualité, c’est fouiller dans l’histoire lointaine de la Tunisie. Un questionnement d’une mémoire collective qui a été réalisé par Ramy Khouili et Daniel Levine-Spound, dans leur ouvrage “L’article 230: Une histoire de la criminalisation de l’homosexualité en Tunisie”. 

L’article 230 est l’héritage du colon français? Médecin de formation et militant pour les droits humains, Ramy Khouili en parle au HuffPost Tunisie. (INTERVIEW).

Ramy Kouili

 

HuffPost Tunisie: Comment vous avez eu l’idée d’écrire ce livre?

Ramy Khouili: Nous avons eu l’idée Daniel Levine-Spound et moi dès 2015 après les arrestations de Marwan et des 6 jeunes de Kairouan. En fait, on a essayé de demander à plusieurs personnes dont des juristes et des historiens d’où venait cette loi et personne n’était capable de répondre avec précision.

Il y avait des versions contradictoires où certains pensaient que la loi était un pur produit de la colonisation française. Mais il y avait un problème avec cette version car la France à cette époque ne criminalisait pas l’homosexualité.

D’autres étaient persuadés que c’était un héritage culturel islamique mais il y a également un souci avec cette version. En effet, la peine prescrite par certaines écoles islamiques (la lapidation) n’a rien à voir avec les 3 ans de l’article 230. Aussi l’ancêtre du code pénal tunisien paru en 1861 ne fait aucune référence à l’homosexualité. C’était une énigme et nous avons voulu la résoudre.

Quelles sont les difficultés dans la recherche et la documentation sur ce sujet ? Et qu’est ce qu’elles révèlent? 

La principale difficulté réside dans le fait que nous n’avons pas d’archives spécifiques sur la question LGBTQI en Tunisie. Les documents sont très peu exploités et la culture est majoritairement orale.

Il fallait donc s’appuyer sur des recherches dans les archives nationales- qui ont duré plusieurs mois- et se référer de façon continue à d’autres ressources et travaux de recherche.

Quel était l’apport de Daniel Levine-Spound dans ce livre?

Daniel est juriste de formation diplômé de l’Université Harvard et son apport a été très important dans l’analyse juridique et notamment en ce qui concerne le droit international et les législations comparées. Avoir quelqu’un de non-tunisien permet également d’avoir du recul et se poser les bonnes questions.

Est-ce que votre vision des choses a changé après ce livre?

Nettement. Le livre m’a permis d’apprendre beaucoup de choses sur l’histoire de la Tunisie au-delà de la question de la criminalisation de l’homosexualité. Ce qui semblait être des évidences pour moi auparavant ne le sont plus. J’ai appris à relativiser.

Quel est l’apport de cet ouvrage dans la lutte pour la dépénalisation de l’homosexualité?

Marx disait: “Celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre”. Je crois que c’est très important de regarder notre histoire et comprendre les contextes et les mécanismes qui ont mené aux conservatismes, marginalisation et exclusion de certaines catégories de la population pour pouvoir les combattre.

Quel est votre regard concernant les formes de lutte pour la dépénalisation actuellement en Tunisie?

Le mouvement LGBTQI en Tunisie ne cesse de devenir de plus en plus efficace et influent grâce à la diversité en son sein et l’apport de ses différentes composantes. En une période de temps extrêmement limitée le mouvement a réussi à imposer le débat public sur le sujet et à assurer plusieurs victoires symboliques.

Evidemment les associations doivent travailler davantage sur leurs capacités d’inclure les personnes les plus vulnérables parmi les personnes LGBTQI, les minorés dans la minorité y compris les personnes trans et les personnes souffrant de plusieurs discriminations (de race, de classe sociale, ...). 

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