MAROC
02/10/2018 15h:54 CET

Dans un court-métrage, un jeune artiste se penche sur ce que ressentent les victimes de harcèlement sexuel

"Zine Malou".

Eliassaa

HARCÈLEMENT SEXUEL - Les affaires de viols et d’agressions sexuelles récemment médiatisées ont provoqué des manifestations, des articles, des débats. Jihad Eliassa, lui, a choisi de répondre à cette question dans un court-métrage intitulé “Zine Malou” (“Qu’est-ce que tu as, beauté?”).

Dans cette vidéo publiée le 26 septembre sur sa page, l’artiste pluridisciplinaire de 28 ans connu sous le nom de Eliassaa, a essayé de traduire ce que, selon lui, peut ressentir la femme marocaine en sortant dans la rue. Et c’est une sensation de malaise qui prend celui qui regarde la vidéo, notamment grâce à une musique angoissante composée par le jeune artiste.

“C’est un travail qui s’adresse davantage aux hommes qu’aux femmes, pour leur montrer le véritable effet des commentaires qu’ils adressent à la gent féminine dans la rue ou par message”, explique Eliassaa au HuffPost Maroc, soulignant que beaucoup d’hommes ont la certitude que les femmes apprécient ces commentaires à caractère sexuel. 

Le réalisateur a donc énuméré dans la vidéo différentes expressions que les femmes peuvent entendre en marchant dans la rue, en se basant sur les témoignages de sa soeur, d’amies et d’autres femmes de son entourage. “Jolies cuisses”, “J’adore le rouge” ou encore “Pour qui tu te prends?”... les phrases défilent sur les images d’une jeune femme qui se prépare à sortir, interprétée par Nassima Azmzm.

“De toute façon, qu’elle porte une mini jupe ou une djellaba, la femme va être harcelée dans la rue. C’est inacceptable et les femmes en ont marre. Même en tant qu’homme, je suis dégoûté lorsque j’entend les expressions irrespectueuses et vulgaires que des amis emploient pour parler des femmes”, s’indigne Jihad, qui a collaboré avec le créateur de contenu Youssef Meskaoui pour son deuxième court-métrage.

Une lueur d’espoir

Eliassaa finit sa vidéo en rappelant la loi 103-13 relative à la lutte contre la violence envers les femmes, entrée en vigueur le 12 septembre dernier. Cette nouvelle loi impose des sanctions sévères aux harceleurs, notamment un à six mois d’emprisonnement et une amende de 2.000 à 20.000 dirhams. La loi s’applique non seulement au harcèlement de rue mais aussi aux propos à caractère sexuel tenus ou envoyés par SMS, messages vocaux ou encore à travers des photos.

“Je voulais à la fois montrer les conséquences de ces paroles et les sanctions que les hommes peuvent encourir, tout en finissant ma vidéo sur une note d’espoir, parce qu’on peut changer la situation”, espère l’artiste.

Eliassaa travaille déjà sur d’autres projets artistiques en utilisant différents supports pour soulever une nouvelle fois la problématique du harcèlement sexuel. “C’est un sujet très important pour moi car il est difficile de voir les gens qui compte pour toi ne pas se sentir en sécurité dans leur pays. Il est temps que le femme vive comme l’homme, qu’elle puisse jouir des droits censés être fondamentaux, comme marcher dans la rue en toute liberté. Le moins que je puisse faire est de créer, à travers mon art, un contenu qui pourrait peut-être modifier la façon de penser et d’agir de certains”, explique l’artiste, qui exposera prochainement sa collection “Vitrine sacrée” à l’Institut du monde arabe, à Paris.