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23/03/2018 09h:29 CET | Actualisé 23/03/2018 09h:29 CET

Un homme a été calomnié!

L’homme calomnié a la peau dure, il n’écoute pas. Il a un rêve et une rage qui le poussent: cet attachement à la terre de Tunisie.

FETHI BELAID via Getty Images

Ahmed Nejib Chebbi, un nom long comme son parcours fut profond et riche.
Je l’ai rencontré la première fois, quelques jours après la fin de Ben Ali, après la fin d’un monde, chez lui, sa fille avait organisé un débat. Beaucoup qui étaient présents, étaient des bourgeois, je n’aime pas les bourgeois.

Je préfère les fils d’ouvriers bagarreurs, les aristocrates déshérités et les gens du commun.

Les bourgeois pensent que le bonheur leur est dû de droit, leur arrogance couplée d’une ignorance infinie m’insupporte.

Vous l’aurez compris, cette somme de mots, n’est pas un hommage mais un sentiment exprimé.

Il était pressé mais précis. Il me fascinait. La fascination c’est ce sentiment qu’on ressent lorsque l’on mesure la distance qui nous sépare d’une idée qu’on se fait de la grandeur.

La personne qui calomnie ne peut pas voir ce que j’ai vu, elle est aveuglée par une même fascination mais pour un personnage politique différent qui lui a offert ce qu’elle ne pouvait raisonnablement espérer.

Je ne la blâme pas. Elle n’est pas la première à le calomnier, cet homme a la peau dure, car il sait qui il est.

Il n’a pas besoin de l’approbation d’autrui, comme beaucoup peuvent le penser.

J’ai ensuite eu la chance de le côtoyer dans l’Assemblée constituante, il était toujours mal aimé, mal compris, surtout par ses camarades.

L’adage “on est jamais prophète en son pays”, lui va comme un costume.

Je l’écoutais, il parlait rarement, le respect a remplacé la fascination. Je mesurais plus précisément la distance qui me séparait de son savoir.

Je l’ai réellement côtoyé lors de la campagne présidentielle de 2014. Au début je ne croyais pas en ses chances mais je croyais en l’homme.

J’ai eu la lourde et malheureuse tâche d’organiser ses “visites de terrain”. Lourd fardeau mais une chance de parcourir le pays et mesurer sa richesse humaine.

Aussi d’échanger longuement sur la route avec le candidat, avec le politique, avec l’homme. Et je découvre l’homme qui confesse ses vérités, ses faiblesses et son profond attachement à cette terre.

Sur la route de Sfax, je me rappelle du débat sur la ministre Karboul et son voyage en Israël. Je me rappelle de ce qu’il disait : “La Tunisie n’est pas un roc sans histoire”. Au-delà de la question palestinienne qu’il n’avait que rarement évoqué, c’était une certaine idée de la Tunisie qu’il prêchait, une Tunisie fière, qui ne plie pas.

À Tozeur, il m’a parlé de l’histoire de sa famille, de son clan, il n’en parlait pas pour se pavaner, je ressentais le lourd fardeau qu’il portait, cette histoire était un enracinement et un devoir pour lui.

Les bourgeois parlent de l’histoire de leur famille pour faire beau. Un kitsch! La foule aime le kitsch. Et je n’aime ni les bourgeois ni la foule.

Les débats politiques que j’avais avec lui étaient de véritables supplices, il écoutait religieusement, analysait, décortiquait… Il demandait de la rigueur dans l’analyse, s’attardait sur les contradictions, et dieu sait qu’il y’en avait plusieurs dans mes “analyses”.

Le même sentiment me dominait à la faculté quand je débattais avec Ghazi Gherairi.

Ces Hommes, pétris de rigueur, intimident, agacent car on se sent petit.

J’ai été de ceux qui étaient dans le secret des dieux, j’avais les dernières confidences politiques.

Les secrets ne se racontent pas, les secrets se partagent. On l’oublie assez souvent de nos jours.

Ahmed Nejib Chebbi est ambitieux, on le lui a toujours reproché. Faites donc de la politique et essayez de vous réveiller tous les jours pour marcher sur ce chemin de croix sans ambition, prêcher alors que les gens n’écoutent pas, prêcher des gens distraits par leurs malheurs, par leurs amours et les tracasseries de la vie.

L’ambition est le moteur de la politique et la vision en est la quête.

L’homme calomnié a la peau dure, il n’écoute pas. Il a un rêve et une rage qui le poussent: cet attachement à la terre de Tunisie.

Un homme cultivé a été calomnié.

Janvier 2015, moi qui revenait de l’étranger et qui le pressait de se poser en sage, d’écrire un livre pour l’histoire et pour l’avenir et lui qui modestement ne se posait pas en homme de savoir, simplement en homme politique. Un homme qui confessait qu’il ne disposait de toutes les sciences pour écrire un livre.

Et moi qui n’avait même pas lu le centième des pages qu’il a pu dévoré. J’avais honte de mon ignorance.

Madame n’ayez pas honte, cela ne vous sera d’aucun secours. Madame persistez dans votre rage, persistez dans votre fascination, un jour vous mesurerez la différence qui nous sépare de ces géants de l’histoire nationale qui s’affrontent devant nos yeux.

Ces moments sont précieux car l’histoire fera place à des bourgeois et des gens du commun sans culture qui s’affronteront pour une ambition sans vision.

Ce jour-là, madame, vous prendrez place à mes cotés sur le banc des gens du commun, défaits mais éveillés, le visage tiré par le temps, les malheurs, les amours et les tracasseries de la vie.

Soyez humble, madame. Cessez de calomnier!

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