TUNISIE
24/05/2019 11h:41 CET

Un historien explique au "HuffPost UK" ce que l’on retiendra de Theresa May après sa démission

Interrogé par le "HuffPost britannique", un historien estime que la mission de la Première ministre britannique était tout bonnement impossible à accomplir.

Leon Neal via Getty Images

ROYAUME-UNI - Le mandat de Theresa May s’est achevé comme il a débuté, c’est-à-dire complètement dominé par le Brexit.

Ce vendredi 24 mai, la Première ministre britannique a annoncé sa démission, pour le 7 juin, suite à son échec à faire adopter son plan de retrait de l’Union européenne.

Nous sommes aujourd’hui bien loin de son premier discours, sur les marches du 10 Downing Street (le QG du Premier ou de la Première ministre du Royaume-Uni), en juin 2016, quelques jours après le vote britannique en faveur d’un départ de l’UE.

Elle avait alors promis de placer les classes ouvrières au cœur des projets de son gouvernement, qui aiderait ceux qui “s’en sortent à peine”.

“Le gouvernement que je dirige sera mené non par les intérêts de quelques privilégiés, mais par les vôtres. Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour vous permettre de mieux maîtriser vos destinées”, avait-elle alors déclaré.

 

Mais c’est un climat politique inédit qui aura finalement dominé son mandat.

Le HuffPost britannique s’est entretenu avec Anthony Seldon, éminent spécialiste de Downing Street: “C’est une première dans l’histoire britannique, car le pays n’a jamais été divisé de la sorte. Il est inutile de chercher des événements similaires: c’est la crise politique la plus extrême à laquelle le Royaume-Uni ait été confrontée depuis 1945.”

“Sa tâche était presque impossible: maintenir l’unité de son cabinet, du parti conservateur et du pays tout entier.”

“On lui reproche des choses sur lesquelles elle n’avait aucune influence”

Cette analyse brutale de sa situation politique explique peut-être pourquoi les Britanniques se sont mis à la prendre en pitié.

Selon un sondage réalisé en ligne par YouGov il y a quelques mois, 55% des personnes interrogées affirmaient avoir de la compassion pour la Première ministre (désormais sortante), chiffre qui atteignait 74% chez les conservateurs.

“Un pourcentage assez élevé de Britanniques ressentent de la compassion à son égard, alors qu’ils ne l’aiment pas vraiment”, explique Adam McDonnell, qui travaille pour l’institut de sondages. “Tout vient des législatives anticipées de 2017 et de ce discours catastrophique au congrès du Parti conservateur, où elle a enchaîné les couacs.”

Pour Anthony Seldon, on oublie trop le calme relatif de la Première ministre, pourtant prise dans la tempête créée par ses collègues du Cabinet.

“C’était la personne la plus adulte dans la salle. On lui reproche des choses sur lesquelles elle n’avait aucune influence.”

Jusqu’à 21h59, le 8 juin 2017, on voyait en elle une nouvelle Dame de fer marchant sur les pas de Margaret Thatcher. Les éditorialistes prêtaient alors à son mandat des qualificatifs tels que “solide”, “lucide” et “raisonnable”.

Jusqu’aux sondages à la sortie des urnes, désormais tristement célèbres, dont les résultats ont été annoncés avec grandiloquence par David Dimbleby, éditorialiste politique de la BBC, qui ont fait voler en éclats l’image de Theresa May en Thatcher des temps modernes.

“Les Conservateurs constituent le parti le plus représenté”, déclarait le journaliste ce soir-là. “On notera cependant qu’ils n’ont pas de majorité claire à ce stade. (…) Ils sont bien partis pour perdre 17 sièges.” Selon deux récits fiables de la soirée, les collaborateurs de Theresa May se sont mis à paniquer lorsqu’ils ont pris connaissance des sondages à la sortie des urnes. La Première ministre aurait, elle, versé quelques larmes en discutant de ces prévisions avec son mari, depuis leur domicile conjugal du Berkshire.

Interventions “robotiques”

Les prévisions selon lesquelles les législatives anticipées voulues par Theresa May coûteraient 17 sièges aux Conservateurs étaient exagérées. Le parti n’a perdu 13 députés, mais cette déconfiture était bien entendu bien loin de la victoire envisagée par la Première ministre et ses conseillers quelques mois auparavant. On était alors très loin de la jubilation qui avait suivi le succès de David Cameron lors des élections de 2015.

Inévitablement, beaucoup se demandaient ce qui avait changé. “La différence principale, c’est elle”, affirmait un membre clé de son équipe de campagne à Politico une semaine avant les élections. “Elle n’est pas aussi bonne que lui. Personne n’aurait pu être prêt en si peu de temps, surtout en ne s’étant jamais présenté auparavant.”

Pendant les élections, certains signes étaient venus dire le malaise de Theresa May, placée au cœur d’une campagne de type présidentiel. Son équipe avait orchestré un contrôle féroce des médias, dont le plus fier exemple est peut-être l’épisode où des journalistes avaient été enfermés dans un placard pendant qu’elle visitait une usine. La Première ministre s’était aussi retrouvée sous le feu des critiques pour ses interventions quelque peu “robotiques” lors de ses interviews.

Si l’on se rappellera peut-être surtout d’elle pour le cuisant échec de ces élections -et pour son discours maudit la même année-, c’est le Brexit qui l’a véritablement enterrée.

Antony Seldon souligne toutefois qu’elle a potentiellement changé la façon dont l’Histoire se souviendra d’elle.

“Je pense que sa conduite tout au long de son mandat, la résilience et le courage dont elle a fait preuve, lui ont fait gagner le respect de personnes de tous bords. Elle s’exprime aussi plus clairement. C’est indéniable.”

Cet article, publié sur le HuffPost britannique, a été traduit par Laura Pertuy pour Fast ForWord.

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