MAROC
26/08/2018 18h:09 CET | Actualisé 26/08/2018 18h:09 CET

Un groupe de jeunes Marocains appelle au "rassemblement contre le service militaire obligatoire"

Et réclame l'abrogation du projet de loi.

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SOCIÉTÉ - Ils sont jeunes, marocains et pas favorables au projet de loi 44.18 instaurant un service militaire obligatoire pour les jeunes hommes et femmes de 19 à 25 ans. Sur Facebook, ils ont créé un groupe virtuel, “Le groupe marocain contre le service militaire obligatoire”, qui compte aujourd’hui plus de 17.000 membres, pour faire part de leur refus concernant ce projet de loi adopté par le conseil des ministres lundi 20 août.

Faisant appel à leur “conscience politique”, ces jeunes dénoncent dans un communiqué envoyé au HuffPost Maroc “une absence de clarté de la part du gouvernement concernant ses objectifs réels”. Pour eux, le projet de loi 44.18 a été traité plus rapidement que d’autres lois qu’ils jugent “plus importantes”, ajoutant que ce service militaire obligatoire “n’a fait partie d’aucun programme électoral ni du programme gouvernemental ratifié par le parlement”.

Pour les administrateurs de ce groupe, “l’accès à l’enseignement, à la santé, à la culture et au travail (...), tout comme le stipule l’article 33 de la constitution” sont des priorités et “les déviations de la jeunesse sont une conséquence de l’échec de l’enseignement public et l’absence de toute volonté réelle pour améliorer sa situation”. Ils dénoncent ainsi “l’absence de tout débat ou discussion avec les personnes concernées par ce projet de loi, ce qui est en contradiction avec l’article premier de la constitution qui stipule que le système politique marocain se base sur la démocratie participative”.

“Devant ces politiques de subordination et de soumission, nous refusons donc cette exclusion systématique que cela soit dans la concertation concernant ce projet de loi précisément ou les politiques publiques plus généralement”, peut-on encore lire dans le communiqué. 

Une solution “inadmissible” face aux revendications des jeunes

Contactée par le HuffPost Maroc, une des administratrices de ce groupe, Layla, 23 ans et étudiante en biologie à Paris, explique avoir rejoint ce groupe car elle est “contre l’obligation du service militaire et contre la militarisation”. 

“Nous devons toutes et tous lutter contre cette proposition de loi (non démocratique). Actuellement, à l’aune de tous les mouvements sociaux, il est juste inadmissible qu’on propose cette solution face aux revendications des jeunes, qui sont la lutte contre la précarisation, avoir plus d’offres de travail, la présence d’universités, l’accès à la santé, la liberté et la dignité” nous confie la jeune femme.

Même son de cloche du côté d’un autre administrateur, Reda, 22 ans, étudiant en master relations internationales à Rabat. “J’ai rejoint ce groupe parce que je suis contre ce projet de loi. J’ai vu dans le groupe une opportunité de coordonner avec ceux et celles qui partagent le même avis afin d’aboutir à un plan pour empêcher la loi de passer au parlement, parce que ça nous concerne directement nous, les jeunes”, estime-t-il.

“Or ce projet n’est pas venu de façon consultative en incluant toutes les parties concernées. Il y a d’autres domaines qu’on a besoin de développer comme la santé, l’éducation et la culture. Et la primauté de réforme revient à ces derniers. Personnellement, je ne suis pas contre le service militaire en soi, mais je suis contre le fait qu’il soit obligatoire et imposé aux jeunes, c’est contre la liberté et les droits de l’Homme tels qu’ils sont universellement reconnus” ajoute l’étudiant. “Je suis pour que ce service devienne optionnel et volontaire et qu’à ses côtés soit instauré un service civique, qui permettra aux jeunes de contribuer au développement économique et social de leur ville.”

Un appel à l’abrogation du projet de loi

Dans le communiqué, le groupe émet une série de revendications et propose des solutions face à ce projet de loi dont il souhaite l’abrogation.

“Nous insistons sur la nécessité de s’engager dans le service civil et ce par l’adhésion aux initiatives, associations et organisations qui veillent à lever la marginalisation dans les zones rurales et les classes sociales stigmatisées. Nous appelons l’Etat, pour ce faire, à contribuer matériellement et logistiquement” peut-on lire. 

Ils appellent également les partis politiques à ouvrir les débats avec la jeunesse et porter leurs voix “au lieu de se soumettre aux influences extérieures” et revendiquent, entre autres, que le budget alloué au service militaire soit utilisé pour des projets “plus urgents et nécessaires pour la jeunesse: l’enseignement (en maintenant sa gratuité, par exemple), la santé, la culture, l’encouragement de l’auto-entrepreneuriat et la multiplication des offres d’emploi.”

“Finalement, nous nous désolons en tant que jeunes marocains et marocaines du discours officiel qui a clairement adopté le discours de la banque mondiale, ce qui nous questionne concernant le projet réel de l’Etat”, conclut le groupe de jeunes.