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14/09/2019 18h:06 CET | Actualisé 14/09/2019 18h:14 CET

Un grand vendredi 30: la liberté est devenue la priorité des Algériens

Ghada Hamrouche pour le HuffPost Algérie
Manifestation du vendredi 30

Karim Tabbou était absent pour le 30ème vendredi de la révolution pacifique, il était en prison. Le tribut qu’il paye aujourd’hui en privation de sa liberté ne pèse rien à côté des slogans que les manifestants ont scandé avec force dans les différentes villes du pays :” Allahou Akbar, Karim Tabbou”. 

Un slogan répété par tous, au-delà de leurs idéologies et de leurs appartenances politiques, qui témoigne de la large solidarité avec les victimes des atteintes aux libertés et un rejet unanime des arrestations et de la tyrannie.  Mais au-delà, ce slogan scandé par tous clame de manière éclatante l’échec de la politique de division et des opérations de désinformation ciblant les militants politiques présents aux avants postes des manifestations depuis le début de la révolution pacifique. 

 

La diversité, une richesse

Les Algériens disent aujourd’hui clairement que la liberté est leur priorité et que leur objectif est de changer un régime arrivé à sa fin. Pour cet objectif et pour cette priorité, les divergences idéologiques s’estompent et les divergences politiques sont reportées.  Le projet de construction de l’Etat fait ainsi de la diversité une source de richesse. Contrairement au régime de la corruption qui a oeuvré à en faire des sources de conflits dont il remue les fils pour se poser en arbitre contre la volonté de tous. Une nouvelle conscience semée par la Silmiya permet de distinguer entre l’important et le primordial, entre le tactique et le stratégique, entre ce qui nécessite le consensus et sur ce que l’on peut diverger.

La propagande officielle a connu une débâcle le 30ème vendredi, les médias aux ordres sont apparus dans leur horrible nudité. Les campagnes d’intimidation n’ont pas réussi à dissuader les Algériens à poursuivre la marche pour aller vers l’ère des peuples libres. Quand les enfants du pays disaient leur attachement à la construction d’une Algérie nouvelle, une poignée d’usurpateurs de la qualité de représentants du peuple se réunissait, un vendredi, pour adopter des projets de loi dont on veut faire les instruments du fait accompli. En un jour férié et sans le moindre débat, les lois sont passées. 

 

Discrédit

C’est un spectacle qui ruine toutes les prétentions de servir l’intérêt du pays. Il dénude tous ceux qui justifient l’option d’aller vers des présidentielles avant la fin de l’année. Il détruit ce qui reste de crédibilité de ceux qui sont allés au dialogue du panel et y ont participé en essayant de nous convaincre de leurs bonnes intentions en avançant la demande de libération des détenus alors qu’ils gardent le silence aujourd’hui devant la confiscation des libertés et les arrestations de militants politiques.

Les manifestants ont répondu avec intelligence à cette manipulation en annonçant qu’ils ne voteront pas de cette manière même entourés par les forces d’intervention spéciales) (”والله ما نفوطي بهاذي الطريقة، جيبوا البياري وزيدو الصاعقة” ).  

Cette réponse fait un sort à la propagande officielle qui accuse ceux qui refusent d’aller aux élections à la manière du pouvoir de refuser de s’en remettre aux urnes. Par sa simplicité, le slogan souligne que ce qui est refusé, c’est la manière et non pas l’élection.  Ils ne manquent pas de preuves avec 57 ans de néantisation de la volonté populaire, de fraude devenue une spécialité d’un régime qui a fait des élections un instrument de confiscation de la volonté du peuple et de manipulation de ses voix de 1995 à ce jour.

 

Echec aux intimidations et à la désinformation

Les intimidations, les accusations de trahison et la désinformation ont échoué. Les Algériens ont renouvelé le vendredi leur attachement au projet national porté par leur révolution pacifique, un projet pour lequel ils serrent les dents et les rangs car il pose les fondements de leur cohésion en tant que nation et   renforce l’unité du pays pour lequel les martyrs ont tout sacrifié; un pays qui ne peut être construit par ceux qui se sont acharnés à exclure tous ceux qui aiment leur patrie de manière différente, un pays dont l’intérêt ne peut être compris par ceux qui l’ont mené sur le chemin du désastre. 

Le trentième vendredi a été celui d’une rupture définitive avec un régime qui vit en marge de la société après avoir choisi d’aller sur une voie hors de l’histoire. Les manifestations organisées dans toutes les régions du pays ont montré que ni la menace, ni l’incitation et ni la désinformation n’ont d’effet car la société s’est réglée sur le faisceau de la révolution pacifique qui est devenue la boussole, tout le reste n’étant que du parasitage exprimant le désespoir et la misère de son auteur.

 

Traduit de l’arabe par le HuffPost Algérie - Article original