MAROC
23/07/2018 15h:37 CET

Un front national prône la reprise d'activité de la Samir

"Avant qu’il ne soit trop tard!"

Reuters

ÉCONOMIE - Retour à la normale. C’est l’objectif escompté du “Front national pour la sauvegarde de la raffinerie marocaine de pétrole”, constitué il y a quelques jours. Composé de salariés, de centrales syndicales, de partis politiques, d’associations, de parlementaires, d’avocats et d’experts dans le domaine, ce front se veut une force de proposition mais surtout de pression. Et pour cause, sa naissance représente l’ultime étape d’un long processus de militantisme. “À l’arrêt de la raffinerie de pétrole, les salariés s’étaient organisés pour défendre leurs intérêts. Mais ces derniers s’entrecroisaient avec ceux des créanciers et de l’État, ce qui a suscité de grandes difficultés”, explique au HuffPost Maroc Houssine El Yamani, coordinateur du front national.

Face à ces difficultés, les syndicats, associations et partis politiques dans la ville de Mohammedia, où se trouve la raffinerie en question, la Samir, ont alors décidé de s’organiser. “Un front local y est ainsi né et plusieurs activités ont été organisées. Sauf que le dossier requiert une importance nationale et c’est la raison pour laquelle s’est constitué ce front national”, affirme-t-il. Et de préciser que cette décision d’élargir l’horizon géographique du front vise aussi à  multiplier ses partenaires et les efforts. “Il y a urgence d’agir avant qu’il ne soit trop tard!”, prévient le coordinateur de ce front. Salarié de la raffinerie depuis 1992 et secrétaire général du Syndicat national des industries du pétrole et gaz affilié à la CDT, ce dernier affirme peser ses mots: “Nous appelons à sauver la raffinerie, machine et hommes qui y assuraient l’activité. Cela fait presque trois ans qu’elle est à l’arrêt et 28 mois que la liquidation judiciaire a été prononcée”. 

La patience s’amenuise au fur et à mesure que se dégrade la raffinerie. “Nous revendiquons la reprise de la production au sein de la raffinerie au plus vite. 800 salariés y sont liés par contrats, tandis que 3.500 employés indirects ont été licenciés dès l’arrêt de la société”, regrette El Yamani. Et de préciser que les salariés titulaires continuent d’être payés uniquement au moyen des fonds propres de la société. “Il n’y a jamais eu de subventions ou d’intervention de l’Etat à ce niveau”, tient-il à souligner.

Pour intervenir, le front national prévoir d’élaborer un programme en différents axes à commencer par reconstituer tout le dossier de l’affaire, et ce pour mieux le faire connaitre auprès du grand public et lancer des plaidoyers en faveur du sauvetage tant attendu de cette raffinerie. Le front annonce dans un communiqué qu’il ne ménagera aucun effort pour défendre cette cause “par tous moyens et auprès de toutes autorités ou entités concernées”. Entre autres moyens, celui de formuler “des propositions et solutions susceptibles d’extirper la raffinerie marocaine de la situation dans laquelle elle se trouve à l’heure actuelle”, indique le front. Il sera question, pour ce dernier, de “protéger les intérêts de la nation et des citoyens concernés par cette raffinerie”.

“Nous comptons adresser des lettres et demander des entretiens avec les autorités directement liées au dossier. Le but étant, pour nous, la reprise de l’activité, nous ferons part de pistes permettant d’y arriver”, indique le coordinateur. Pour ce dernier, les pistes d’un règlement sont multiples et réalistes. Il cite, entre autres, la gestion libre par les moyens internes, ou la cession. “Malgré les candidats qui déposent leurs propositions auprès du tribunal, la cession reste bloquée”, regrette le coordinateur du front, estimant que ce dernier est convaincu de la responsabilité de l’Etat dans ce blocage. “Le tribunal a accompli sa mission et il ne reste plus qu’à définir les conditions d’investissement dans le secteur de la raffinerie”. 

Deux autres pistes sur la liste du front national: la conversion de capital suite à un consensus entre l’ensemble des créanciers et la nationalisation de la raffinerie. “La privatisation a été un échec cuisant. La loi offre à l’Etat le droit de récupération”, indique El Yamani.

Pour le front national, la meilleure solution serait de créer une nouvelle société à capitaux multiples alliant Etat, investisseur international, distributeurs pétroliers, personnel. “Nous n’optons pas pour l’une ou l’autre solution. Pour nous, réactiver la société par n’importe quelle solution, reste la priorité”, tient à souligner le coordinateur du front.   

A sa prochaine assemblée générale, prévue le 8 septembre 2018 à 16h au siège social de l’Association marocaine des droits humains (AMDH) à Rabat, le front compte affiner son programme et s’attaquer à sa concrétisation.

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