03/09/2018 15h:39 CET | Actualisé 03/09/2018 15h:39 CET

Un fauteuil pour 6: le bal des prétendants pour diriger la Banque centrale populaire

Entre hauts fonctionnaires et banquiers expérimentés, la palette de candidats est ouverte.

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ÉCONOMIE - Depuis la nomination surprise de Mohamed Benchaaboun à la tête du ministère de l’économie et des finances il y a deux semaines, le poste de président directeur général du mastodonte bancaire marocain Banque centrale populaire (BCP) est mécaniquement vacant. Si officiellement, personne n’a fait acte de candidature sur fond de flou sur le mécanisme de nomination, six personnalités se détachent dans les discussions des colonnes de pouvoir de Casablanca et Rabat. Entre hauts fonctionnaires et banquiers expérimentés, la palette de candidats est ouverte plus que jamais, bien qu’une surprise avec la nomination d’un outsider ne soit pas tout à fait à exclure. Revue de détail exclusive des prétendants les plus cités.

Khalid Safir, de wali à PDG?

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Son nom est celui qui revient le plus souvent depuis quelques jours pour diriger la “vieille dame” de la banque marocaine. Polytechnicien de formation, Khalid Safir est un pur produit de la haute administration marocaine dont il a gravi tous les échelons, d’abord au sein du ministère de l’équipement puis celui des finances, dont il a été secrétaire général de 2011 à 2013. Depuis 2006, il a également connu deux passages importants en tant que gestionnaire de territoires, d’abord comme gouverneur, puis comme wali du grand Casablanca jusqu’à sa nomination comme wali directeur général des collectivités locales à l’été 2017. En début d’année, son nom a été évoqué pour entrer dans l’exécutif en tant que ministre délégué aux affaires africaines, avant que ne lui soit préféré Mohcine Jazouli, du cabinet Valyans. Si Safir fait l’unanimité en matière de compétences techniques, son absence d’expérience sur le continent constitue un point de faiblesse pour diriger la BCP, très présente en Afrique de l’ouest.

Ahmed Rahhou, une vision complète de l’économie

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L’emblématique “patron social” du Crédit hôtelier et immobilier (CIH), dont il a orchestré le redressement spectaculaire pour en faire une banque de nouvelle génération, tiendrait également la corde pour succéder à Mohamed Benchaaboun. Rahhou a pour lui sa longue expérience du secteur bancaire mais affiche également une appétence certaine pour l’industrie – il a notamment dirigé Lesieur - ce qui pourrait s’avérer un avantage majeur pour développer le segment entreprises de la BCP. Autre atout dans la manche de celui qui est également patron de la commission stratégie du Conseil économique, social et environnemental, une vision d’ensemble du développement économique du Maroc, qu’il promeut sans relâche en militant notamment pour une “territorialisation agile” du tissu économique. Toutefois, sa nomination potentielle nécessitera de lui trouver un remplaçant de même qualité pour poursuivre le chantier de la transformation du CIH, ce qui n’est pas une mince affaire.

Karim Tajmouati, la carte et le territoire

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L’hebdomadaire La vie économique dit de lui qu’il est “ingénieur de formation, banquier par passion”. Karim Tajmouati, 54 ans, dirige depuis février 2016 la très stratégique Agence nationale du cadastre et de la conservation foncière (ANFCC) après une longue carrière dans la banque, notamment au sein de la Banque commerciale du Maroc (BCM), puis au Crédit agricole dont il devient directeur général adjoint en 2008. Sa nomination éventuelle à la tête de la BCP lui permettrait de renouer avec ses premières amours, tout en marquant un passage de flambeau générationnel qui n’est plus courant dans le secteur bancaire depuis la nomination d’un certain... Mohamed Benchaaboun en 2008.

Tariq Sijilmassi, agricole et populaire?

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Officiellement et officieusement, le principal intéressé se défend de tout acte de candidature pour prendre la succession de Benchaaboun à la tête de la BCP. Il faut dire que Tariq Sijilmassi, à la tête du Crédit agricole depuis quinze ans, a pris soin tout au long de sa carrière d’éviter de se mettre sous les feux des projecteurs, adoptant une discrétion à toute épreuve et préférant mettre en avant l’institution qu’il dirige. Toutefois, son nom circule de manière récurrente, poussé notamment par ceux qui estiment que ce lauréat de HEC a parachevé avec brio la transformation du Crédit agricole du Maroc (CAM) et que le moment est venu pour lui de relever un nouveau défi. Or, comme dans l’hypothèse de Ahmed Rahhou, sa nomination éventuelle comme PDG de la BCP signifierait un mercato plus global afin de lui trouver un remplaçant à la tête du CAM. Dans cette configuration, les regards se tourneraient alors vraisemblablement vers…Karim Tajmouati, qui fut son adjoint pendant presque une décennie.

Hicham Belmrah, l’homme qui valait 30 milliards

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Propulsé en 2009 à la tête du directoire de la mutuelle agricole MAMDA-MCA pour remplacer l’inamovible Abed Yacoubi Soussane, Hicham Belmrah serait également considéré pour le poste de PDG de la BCP. Auditeur de formation passé par le cabinet EY, spécialiste des assurances, Belmrah a tissé un solide réseau au cœur du pouvoir économique national, aidé en cela par la formidable puissance financière du groupement mutualiste qu’il dirige, qui dispose de près de 30 milliards de dirhams d’actifs sous gestion. Depuis trois ans, il cultive également son réseau international, et fera même partie de la délégation économique accompagnant le roi dans certains voyages en Afrique subsaharienne, notamment au Rwanda. Ce double avantage sera-t-il suffisant pour emporter la présidence de la BCP? Les observateurs du dossier affichent un scepticisme de bon aloi sans pourtant écarter totalement sa nomination.

Noureddine Bensouda, coureur de fond

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Camarade de promotion du roi Mohammed VI au collège royal, Nouredinne Bensouda pourrait faire office de candidat de consensus pour diriger la Banque centrale populaire, de par sa connaissance intime des circuits financiers du royaume et de ses relais solides au cœur de l’Etat. A la tête de la Trésorerie générale du royaume depuis avril 2010, il a auparavant officié en tant que patron de l’administration fiscale pendant plus d’une décennie. Si lui aussi affirme n’être “candidat à rien”, Bensouda aura sans conteste des atouts à faire valoir s’il venait à prendre la tête de la BCP, sauf sur le volet africain, à l’image d’un Khalid Safir. Reste qu’il est peu probable que le nouveau ministre de l’économie et des finances soit prêt, en début de mandat, à se séparer de l’un des cadres-pivots de son administration, surtout à un moment ou le projet de loi de finances 2019 nécessite une implication forte de tous les départements.