MAROC
01/06/2018 18h:27 CET

Un couple de chrétiens marocains se marie au siège d’une association à Rabat

“Tu n’as le droit à rien quand tu es chrétien marocain."

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LIBERTÉ DE CULTE - Kamal et Loubna ont fini par se marier au siège d’une association. De confession chrétienne, ce jeune couple marocain est venu de Tétouan pour raconter son calvaire aux médias lors d’une conférence de presse tenue jeudi 31 mai à Rabat. Officialiser leur mariage par un acte légalement attesté par des adouls auprès des autorités locales a été impossible. Nécessaire pour remplir les formalités administratives de l’acte de mariage, le certificat de célibat leur a été refusé, d’après leur témoignage.

Mariés à tout prix

“Tu n’as le droit à rien quand tu es chrétien marocain. Pas de papiers ni pour toi ni pour tes enfants, pas de passeport non plus... Rien et tout cela parce qu’on a choisi une autre religion”, s’indigne Loubna. Kamal, lui, estime que choisir une autre confession, c’est vivre sous un statut “x”. “Nous sommes ainsi classés par le moukaddam!”, s’exclame-t-il, portant une grande croix autour du cou comme pour montrer qu’il ne renoncera sous aucune pression à être chrétien.

“N’importe quel citoyen doit avoir le droit à un mariage civil et l’Etat doit le lui garantir. Ce serait ainsi le cas dans un pays démocratique qui respecte les droits de l’Homme, les religions et les cultes. La patrie, c’est pour tous et non pour une partie”, plaide Kamal.

Pour le couple tétouanais, leur union aurait pu être scellée par la voie d’un mariage chrétien si les Marocains de même confession jouissaient d’une reconnaissance et avaient, par conséquent, le droit d’exercer leur culte en toute liberté au Maroc. Alors, c’est en comité restreint et pour symboliser leur revendication de célébrer leur mariage, que le couple a été déclaré mari et femme par un prêtre marocain, Adam Ribati.

“Il est inconcevable, pour nous, de passer sous silence le cas de ce jeune couple. Nous devions dévoiler ce qu’il a vécu et dénoncer les violations des droits de l’Homme et la répression qu’il a subi”, déclare au HuffPost Maroc le président de l’Association marocaine des droits et libertés religieuses, Jawad El Hamidi. L’initiative de tenir cette conférence a été, pour ce dernier, un ultime recours après que ce couple de jeunes marocains chrétiens a tenté pendant près de six mois de remplir les formalités administratives du mariage, en vain. “Le couple nous a saisis en nous envoyant une plainte à propos de ce qu’il subissait”, précise-t-il. 

Le pape attendu

Pour ce militant, la possible visite du pape François dans les prochains mois au Maroc est très attendue par les chrétiens marocains, mais aussi par les minorités religieuses au Maroc. “Toutes pâtissent de l’absence de reconnaissance et nous avons énormément de cas prouvant que ces minorités sont victimes de plusieurs violations dans différentes villes du Maroc. Même le droit d’accès à une salle pour organiser une fête religieuse s’avère impossible pour elles”, fustige Jawad El Hamidi, qui légitime la décision de l’association d’observer un sit-in devant le Parlement à la venue du pape. “C’est un calvaire que vivent les minorités religieuses au quotidien et elles veulent le dire au pape”, affirme-t-il.

Le comité des chrétiens marocains sollicite également une rencontre avec le pape à l’occasion de sa visite, à en croire Jawad El Hamidi. “Nous avons envoyé une demande dans ce sens à l’ambassade du Vatican au Maroc. Nous attendons, à présent, une réponse favorable”, souhaite-t-il. 

L’association compte mener à bout son combat pour les minorités même si elle n’est pas encore reconnue. “On nous a refusé le récépissé au dépôt du dossier à la wilaya de Rabat. Le fonctionnaire nous a accusés de porter atteinte à l’Etat et à l’islam. Pourtant, c’est à un juge de rendre des verdicts!”, s’exclame Jawad El Hamidi.

Cette association a trouvé du soutien ailleurs, auprès d’organismes internationaux. “Nous avons porté notre plaidoyer à une échelle internationale et plusieurs organismes internationaux nous ont exprimé leur soutien”, affirme le président de l’association qui a saisi la justice pour valider son dossier.

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