ALGÉRIE
26/04/2018 16h:01 CET

Un cheval offert au portrait de Bouteflika: naissance d'un culte rituel ?

Les occurrences de portraits présidentiels se multiplient et annoncent une campagne électorale 2019 trépidante.

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C’est une étrange vidéo où des citoyens apportent un magnifique étalon pour l’offrir au président de la République et, faute de président, ils présentent le cheval à un portrait souriant de Abdelaziz Bouteflika sur fond d’affiche électorale.

Le cérémonial dûment filmé par les caméramen des télévisions qui couvrent l’événement, notamment Ennahar, se fait en présence du secrétaire général du FLN, Djamal Ould Abbas, qui ne manque pas de s’effacer ostensiblement à l’arrivée du cadeau présidentiel.

Cela s’est passé la semaine dernière, le samedi 21 avril 2018, dans la wilaya de Djelfa.

Ainsi, après avoir été honoré par les Collectivités locales et l’Union des ordres des avocats algériens, le Chef de l’Etat, par le biais de son portrait, a reçu un cheval pur sang comme cadeau par des élus de la wilaya de Djelfa.

La semaine dernière, le Secrétaire général du FLN, Djamal Ould Abbas rencontrait les élus de son parti dans les wilayas de Djelfa et de Laghouat, où il avait d’ailleurs annoncé la tenue prochaine du comité central du Front de libération nationale, parti parmi les plus zélés soutiens du président Abdelaziz Bouteflika. 

Les élus ont profité de l’occasion pour exprimer “leur reconnaissance au président Abdelaziz Bouteflika pour sa contribution au pays depuis 1999” et pour le remercier, ils ont ainsi, selon le quotidien Echaab, offert au portrait du président un très beau cheval, un pur-sang arabe.

Cette curieuse manière de rendre hommage au président de la République en humanisant son portrait est de plus en plus récurrente dernièrement.

Même si les images de la vidéo du cheval offert au portrait sont spectaculaires, ce n’est pas la première fois que des responsables et élus locaux honorent Abdelaziz Bouteflika via ... son portrait. 

Les occurrences du portrait présidentiel

En janvier 2018, lors de la Journée nationale des collectivités locales en Algérie, le président Abdelaziz Bouteflika a été “honoré en reconnaissance de sa contribution au développement local” à Alger.

En l’absence de sa personne physique, ce n’est ni son chef de cabinet ou son représentant personnel qui a été décoré de l’insigne honneur mais un portrait de lui, dûment encadré, qui a reçu le ruban aux couleurs du drapeau national.

Les images, diffusées par les chaînes de télévisions publiques, ne sont pas passées inaperçues.

Loin de là, elles ont suscité de multiples réactions, tant chez les internautes sur les réseaux sociaux que chez les médias.

 Deux mois plus tard, en mars, le portrait du chef de l’Etat a été de nouveau “honoré”, cette fois-ci par l’Union nationale des ordres des avocats algériens (UNOA). La personne physique du président de la République était tout aussi absente.

A leur tour, le 24 mars dernier, les représentants de l’Union des ordres des avocats algériens, en dépit de la présence du ministre de la Justice, Tayeb Louh, qui aurait pu faire office de messager-réceptacle, ont préféré se mettre debout aux côtés du portrait du chef de l’Etat pour prendre une photo et l’honorer.

Un mois plus tard, cette fois-ci à Tamanrasset, ce sont des responsables de l’Assemblée populaire wilayale (APW) qui, tous tournés vers une ancienne image du chef de l’Etat, se sont mis à lui demander de briguer un cinquième mandat pour finir par offrir directement au portrait de Abdelaziz Bouteflika un cadeau (Photo ci-dessous).

Les ministres de l’Intérieur, Nourredine Bedoui, ou celui de l’Energie, Mustapha Guitouni, étaient présents, pour inaugurer des sites énergétiques, et auraient pu représenter Abdelaziz Bouteflika selon un protocole classique.

 Ce nouvel exercice de l’allégeance au portrait du président Abdelaziz Bouteflika n’est énoncé par aucun protocole et commence en réalité à prendre les allures d’un culte rituel.

Ce ne sera pas l’irremplaçable secrétaire général du FLN, Djamal Ould Abbes, qui contredirait, lui qui n’avait pas hésité à qualifier récemment les réalisations du président Bouteflika de miracles (معجزات ).