MAROC
15/07/2018 10h:18 CET

Un chercheur marocain a trouvé le moyen de réduire la pollution de l'air causée par les vaches laitières

Et vient de remporter le prix Hassan II de l'environnement.

Hannibal Hanschke / Reuters

ENVIRONNEMENT - L’Homme n’est pas le seul pollueur de la planète. La vache laitière est également une grande productrice de méthane, un gaz à effet de serre 25 fois plus dangereux que le CO2. Mais cette production nocive peut être réduite, d’après le professeur Abdelhadi Guerouali, qui a remporté le prix Hassan II de l’environnement dans la catégorie de la recherche scientifique lors de la 12e session du Prix organisé le 12 juillet à Rabat.

Avec son équipe de doctorants, ce professeur à l’Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II à Rabat (IAV), travaille depuis 2012 sur le sujet, dans les Laboratoires d’Énergétique de l’école.

AIC Press

“Nous devions d’abord développer une technique pour mesurer le CH4 [méthane] dégagé par les animaux d’élevage, notamment la vache, le mouton, la brebis, ou encore le cheval...”, raconte le chercheur au HuffPost Maroc. “Tous ces animaux font sortir le méthane par éructation, sauf le cheval qui le fait sortir par flatulence”, indique le chercheur.

Selon les recherches de l’IAV, une vache produit 50 kilogrammes de méthane par an, un cheval en produit 18 kg, un dromadaire 20 kg, et une chèvre 5kg. La vache est donc responsable de 80% des dégagements de gaz à effet de serre produits par les animaux d’élevage au Maroc, en raison de la fermentation dans son tube digestive qui produit automatiquement du méthane. 

Une fois le “facteur d’émission” déterminé pour chaque animal, Abdelhadi Guerouali l’a ensuite multiplié par le nombre de têtes au Maroc, estimé à 32.000 par l’équipe de chercheurs de l’IAV. Avec un résultat surprenant: les animaux étaient responsables de 12% de la pollution de l’air au Maroc. “Le Maroc est un pays d’élevage, il fallait donc trouver des substances qui pourraient réduire cette contribution”, poursuit le chercheur.

2% de réduction

Les recherches qui ont suivi lui ont demandé 3 mois par expérimentation pour essayer différentes substances et leurs effets sur la quantité de méthane produite. Les chercheurs ont finalement pensé à ajouter des additifs à base de lipides ou d’huiles essentielles de plantes, aux aliments de chaque animal.

″On donne à cinq vaches la même ration alimentaire et on mesure le méthane produit. On leur donne ensuite la même ration alimentaire avec des additifs alimentaires et on mesure encore une fois le méthane”, explique le professeur.

Après plusieurs essais, l’équipe a pu constater qu’il y avait de 20 à 30% de moins de méthane chez les animaux ayant consommé des additifs alimentaires. Selon Gueroual, cette réduction permettrait à la production globale des animaux d’élevage au Maroc de diminuer de 12 à 10%. ″Même 2% de réduction, c’est important quand il s’agit de l’environnement”, souligne Guerouali.

Cette solution pour réduire la production de méthane n’est toutefois qu’en phase de recherche pour l’instant. Sortir les additifs du laboratoire s’avère en effet plus compliqué que prévu.

“Les éleveurs au Maroc ne sont pas encore conscients de ce problème. Quand on leur dit que ce produit diminue la quantité de méthane, ils nous demandent si on n’a pas autre chose pour produire plus de lait”, regrette Guerouali.

Selon le chercheur, l’État doit intervenir pour encourager l’éleveur marocain à se procurer ces additifs alimentaires, dont le prix reste aujourd’hui encore élevé puisqu’ils sont importés de laboratoires étrangers.

“Nous sommes en train d’essayer d’autres aliments pour avoir des additifs bons marchés, plus abordables, et voir s’ils peuvent donner le même résultat”, espère le professeur.

Les lauréats du Prix Hassan II 2018

La 12ème session du Prix Hassan II de l’Environnement, organisée par le ministère de l’Énergie, des Mines et du Développement Durable, a récompensé 13 acteurs dans différentes catégories, parmi les 99 participations reçues.

Au côté du professeur Abdelhadi Guerouali, lauréat de la catégorie Recherche Scientifique, l’Association Al Mawja, (Ouarzazate ), l’Association Talassemtane pour l’Environnement et le Développement (Chefchaouen), et l’Association Dar Sihmed (Agadir) ont remporté la catégorie associative. Les journalistes Naima Acharai, Mohammed Tefrouti, Youssef Zouitni et Adil Boukhima, ainsi que Lahbib Slimani ont remporté le prix Hassan II dans la catégorie Médias pour leurs émissions et reportages sur l’environnement.

La société Afrique Cables, la société Lydec et la société Microelectronics Bouskoura ont quant à elles été récompensées dans la catégorie entreprises. Enfin, la collectivité territoriale de Marrakech et celle d’Agadir ont été les grandes gagnantes de la catégorie collectivités territoriales.