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23/10/2014 08h:31 CET | Actualisé 23/12/2014 06h:12 CET

Un bol d'air Pékinois

C'est dimanche à Pékin et non, je n'avais pas prévu de rester chez-moi écrire mon blog. En fait, je devais aller déjeuner au mythique parc de Béhaï avec mes amis. Pourquoi ce changement de programme? Le niveau de pollution de l'air est aujourd'hui 14 fois supérieur à ce que l'Organisation Mondiale de la Santé reconnait comme "niveau acceptable". Dans la capitale chinoise cette variable détermine toutes activités.

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C'est dimanche à Pékin et non, je n'avais pas prévu de rester chez-moi écrire mon blog. En fait, je devais

aller déjeuner au mythique parc de Béhaï avec mes amis. Pourquoi ce changement de programme? Le niveau de pollution de l'air est aujourd'hui 14 fois supérieur à ce que l'Organisation Mondiale de la Santé reconnait comme "niveau acceptable". Dans la capitale chinoise cette variable détermine toutes activités.

Sur mon téléphone j'ai, comme beaucoup ici, une application de l'ambassade américaine à Pékin qui me donne le niveau de pollution de l'air par heure. Le gouvernement chinois en a une aussi mais les taux de pollution y seraient revus à la baisse. L'application donne sur une échelle de 1 à 500 μg/m³ la concentration de particules fines PM 2,5 dans l'air. Ces particules sont si fines qu'elles peuvent pénétrer en profondeur dans les poumons. Entre 150 et 200 μg/m³ l'air peut être dangereux pour les personnes âgées, les enfants en bas âges et les personnes atteintes de maladies cardio-respiratoires. Entre 201 et 300 μg/m³ l'air peut affecter toutes les tranches de la population en causant des morts prématurées chez les plus sensibles. De 300 à 500 μg/m³, il est fortement déconseillé de sortir de chez soi et le port d'un masque est quasi-obligatoire. Au moment où j'écris, l'air est à 464 μg/m³. Donc pas de déjeuner à Béhaï.

Faire un footing de 30 minutes avec un taux de pollution pareil reviendrait au même que de fumer cinq paquets de cigarettes sans interruption. Je ne cours d'ailleurs plus en plein air, trop d'air inhalé! Le sentiment de voir son bus arriver à l'arrêt et de ne pas pouvoir sprinter pour le rattraper à cause de la pollution de l'air, alors qu'on est déjà dix minutes en retard? Unique. Mais voilà, la réalité est que rien qu'en marchant j'arrive parfois à sentir un goût du sulfure dans ma bouche... Élégant!

La bonne nouvelle? Pékin affiche régulièrement des pics hors index atteignant un record de 755 μg/m³ en 2013. 464 μg/m³ est relativement pas mal. Taobao devait bien avoir ses mauvais côtés! Être l'usine du monde a un prix et les chinois le payent très cher. 80 millions de cancers par an. Le double de la population algérienne. Même à l'échelle de la population chinoise, ce chiffre reste énorme. Le cancer du poumon est sans surprise le plus fréquent. Le gouvernement s'est mis à délocaliser les usines de la périphérie de la capitale vers d'autres régions pour répondre à ce problème national, mais évidemment cela ne fait que transférer le problème ailleurs. La Chine est le plus gros émetteur de CO2 au monde avec des taux d'utilisation de charbon 42 fois plus élevés que la moyenne mondiale. Le problème est plutôt là.

Une autre mesure prise par le gouvernement dans l'espoir de réduire la pollution de l'air a été d'introduire en 2009 un système de limitation d'utilisation de véhicules. Les véhicules avec un immatricule se terminant par 1 ou 6 n'ont pas de droit de circuler le lundi, le mardi c'est le 2 ou le 7, le mercredi le 3 ou le 8 et ainsi de suite. La mesure devait alléger les routes de la capitale de 930.000 véhicules par semaine. Mais malheureusement comme me l'explique mon amie Yin Yin, beaucoup de chinois fortunés achètent une deuxième voiture pour pouvoir conduire tous les jours de la semaine. En cinq ans d'application, la mesure n'a donc pas rendu l'air de Pékin plus respirable.

Qu'on ne se trompe pas! La mauvaise qualité de l'air ne fait pas de Pékin une ville fantôme. Les Pékinois sortent largement plus que les Algérois, malgré un index de pollution qui plafonne. Les rues sont toujours bondées et il est difficile de trouver une place libre dans un restaurant du centre-ville le vendredi soir. L'être humain a une capacité d'adaptation extraordinaire, même que ce dimanche 19 octobre 25.000 personnes courent le marathon de Pékin... Avec des masques!

L'APC Algérienne de Pékin

C'est dans cette atmosphère d'air chargé de particules chimiques que je me rends lundi à l'ambassade algérienne de Pékin pour m'enregistrer. Dans mon sac, mon passeport, ma lettre d'admission à Beijing Normal University, mon certificat de résidence à Pékin et trois photos d'identités. L'ambassade se trouve dans le quartier chic de Sanlitun mais l'immeuble est jaunâtre, semblable à celui de l'APC (Assemblée Populaire Communale) de Souidanïa, petite commune à l'ouest d'Alger. La vision euro-centrique de la diplomatie algérienne est frappante à la vue du bâtiment. Rien à voir avec notre immeuble bling-bling de Londres par exemple. Et pourtant, le Parti Communiste Chinois a dès 1956 supporté la révolution algérienne en envoyant des armes au FLN et en formant des combattants. Depuis la coopération politique et économique n'a jamais cessé. La Chine mérite mieux!

Je sonne deux fois. On m'ouvre la porte. L'intérieur de l'ambassade est poussiéreux, à l'image du gouvernement qu'il représente. L'accueil est tout de même chaleureux. J'explique brièvement mon cursus et je dis que je viens m'inscrire en présentant mes documents. On me répond que c'est "une très bonne idée" avant de me demander mon extrait de naissance ainsi que celui de mon père, comme pour vérifier que le passeport que je viens de présenter n'a pas été trouvé au fond d'une boite de céréale entre une figurine de Shrek et une voiture de course rouge. Je demande si ces documents sont vraiment nécessaires pour l'enregistrement. On me dit que oui. Je me rappelle soudain pourquoi en trois ans d'études à l'étranger je ne me suis jamais inscrite à l'ambassade. J'aurais traversé la moitié de Pékin pour rien. Ma seule consolation à la sortie de l'ambassade est que mon téléphone affiche une dégringolade de la pollution de l'air à 253 μg/m³!

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