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15/12/2018 12h:25 CET | Actualisé 15/12/2018 12h:25 CET

Un billet pour le Yémen

"J’écris ce récit dans l’avion d’Egypt Air, alors que je me dirige vers un pays en guerre."

Anadolu Agency via Getty Images

INTERNATIONAL - Après un long périple pour obtenir le visa pour aller au Yémen en guerre, il fallait des incertitudes et des tractations de longues semaines pour obtenir un billet. Le Yémen, l’Arabie qui n’est plus du tout heureuse, est en proie à des troubles depuis les manifestations du printemps 2011. Le président ne souhaitait pas lâcher le pouvoir et assurer une transition pacifique comme le demandaient les manifestants d’alors. D’ailleurs, il a fini par être assassiné et a quitté ainsi la vie et l’histoire d’une piètre façon.

Ce destin funeste n’a hélas pas été capable de faire réfléchir les belligérants du moment ni les chefs de guerre. Ainsi, dans ce bourbier, il reste au Yémen un semblant de gouvernement avec un président exilé à Riyad après que sa ville de retranchement, Aden, est devenue trop étroite voire dangereuse. Quant à Sanaa, la capitale, elle est tombée depuis longtemps entre les mains des rebelles houtis. Et depuis, elle se fait bombarder avec sa population sans résultat apparent. Les perdants civils sont connus de tous et les enfants faméliques et moribonds crèvent nos écrans et ceux de la conscience du monde.

Il y a deux voies pour aller au Yémen par les airs. La voie maritime dangereuse ne m’a pas été conseillée. On peut y aller via Djibouti et de là, il faudrait acheter un billet sur place dans une petite compagnie locale pour aller à Aden, ou via le Caire pour aller cette fois-ci avec Al Yamania vers Aden toujours, ou une destination plus sécurisée et à quelques heures de route de la ville d’Al Jouf, dans la province du même nom au nord du pays, juste à la frontière sud de l’Arabie saoudite et à l’est de la province mère des Houtis, j’ai nommé Saada.

Saada où je devais aller lors de mon premier séjour au Yémen pour travailler dans un hôpital soutenu par Médecins Sans Frontières. D’ailleurs, MSF a dû partir du Yémen pour protester contre le ciblage par avions de son hôpital. Vu l’insécurité sur Aden, la multiplication des groupes armés et l’obligation de voyager en solitaire, j’ai décidé, avec l’ONG yéménite Al Amal qui m’a aidé à obtenir le visa, d’opter pour l’option de Al Yamania et de passer ainsi par le Caire. Comme ça, je serais peut-être attendu à Sayoun et protégé jusqu’à l’hôpital d’Al Jouf où je suis attendu pour opérer et enseigner l’obstétrique d’urgence.

Mais prendre un billet pour Al Yamania ne se fait pas avec la simplicité de quelques clics comme on a désormais pris l’habitude de faire, ni par transaction bancaire à l’aide d’une carte de crédit en devises. Il faut aller au bureau, payer cash et avoir de la chance de trouver un vol, qui reste tout de même à un prix qui frise les 1.000 dollars. Ce qui est excessif - disons que c’est le prix du risque.

Le correspondant d’une ONG humanitaire française, #Caravanesolidaire, m’a été d’une grande utilité pour cette affaire. Il a dû récupérer les dollars chez un ami sur place, réserver le billet, les changer en dinars égyptiens, pour qu’ensuite on lui demande de les convertir en dollars puisque le détenteur du passeport, moi, n’est pas égyptien. Bien entendu, on lui fait comprendre qu’on lui fait une fleur parce que le voyageur devrait être sur place, malgré les copies du passeport et du fameux visa humanitaire.

J’écris ce récit dans l’avion d’Egypt Air qui a, comme on me l’avait dit, pris 45 minutes de retard avant le décollage, et en espérant ne pas rater ma correspondance puisque je dois récupérer mon bagage et changer d’aéroport, afin d’arriver à temps. Trois heures sont nécessaires pour des raisons de sécurité évidentes, avant le décollage prévu à 2h du matin. Les atmosphères feutrées des aéroports et l’insouciance qui se lit sur le visage de la plupart des voyageurs me font remettre à l’arrière-plan que je me dirige vers un pays en guerre. Pour avancer, il vaut mieux ne pas trop y penser, et voyager le cœur léger. Puisqu’il n’adviendra que ce qui est écrit… dans le destin de chacun!

À suivre...