MAROC
03/01/2019 11h:35 CET

Un architecte espagnol accuse le Maroc d'usurpation pour son projet du nouveau grand stade de Tétouan

L'architecte marocain mis en cause dénonce une campagne de "diffamation".

Amush.org

ACCUSATIONS - Ce 2 janvier, le journal El Confidencial a révélé qu’un cabinet d’architecture espagnol accuse un Marocain d’usurpation et de plagiat pour le nouveau grand stade de Tétouan. Une affaire qui pourrait mettre à mal la possible candidature commune du Maroc, de l’Espagne et du Portugal pour l’organisation de la coupe du monde 2030, souligne le quotidien espagnol puisque le cabinet en question menace de rapporter cette histoire à la FIFA, durant la réunion du comité exécutif prévue à Marrakech à la mi-janvier.

Carlos Lamela et son cabinet du même nom sont connus à Madrid et dans le monde entier. “Surnommé ‘l’architecte du Real Madrid’, il est l’auteur du stade Santiago Bernabéu ou de la ville sportive de Valdebebas. Les tours Colón de Madrid ou le terminal 4 de Barajas (l’aéroport de Madrid, ndlr) sont également de lui”, rappelle El Confidencial

Aujourd’hui, il accuse l’architecte marocain Nawfal Bakhat d’usurpation, pour une histoire qui date de 2014. Carlos Lamela affirme qu’ils ont signé un accord professionnel il y a cinq ans pour participer, ensemble, à la construction du nouveau stade de Tétouan. Un projet se chiffrant à plus de 700 millions de dirhams. Mais l’architecte espagnol affirme n’avoir jamais vu la couleur de l’argent, alors qu’il avait participé à hauteur de 50% au projet qui est sorti gagnant du concours public lancé à l’occasion. Le cabinet “dénonce le fait que son ex-partenaire tente de cacher la participation de cette entreprise espagnole à un projet d’une telle ampleur après l’avoir ‘usurpé et plagié’ devant les autorités du pays voisin”, souligne El Confidencial.

Le projet sort gagnant, Lamela n’est pas au courant

Le journal a eu accès aux détails de cet accord, certifié conforme par le bureau municipal de Tanger. “Il y est envisagé que le bureau d’architecture de Nawfal Bakhat ait eu recours à Lamela pour la ‘gestion de projets en collaboration’ qui comprenait des travaux de consultation, de conseil et de sous-traitance pour ‘réaliser une offre et les services résultants’”, dévoile le journal espagnol. “Dans une première phase d’études, Lamela serait responsable de 32% des travaux (études préliminaires, avancement des résumés, autorisations et projet d’exécution) contre 18% pour Bakhat. En phase de développement, l’architecte marocain serait responsable de 32% des tâches (contrôle de l’exécution, réception provisoire du contrat et réception finale) contre 18% pour le bureau de Madrid”.

Quelques temps plus tard, le cabinet Lamela découvre que le projet est sorti gagnant quand les supporters du Mogreb de Tétouan partagent la nouvelle sur Facebook. La décision est confirmée lorsque l’architecte espagnol découvre les photos de l’inauguration: aux côté du roi, se tient Nawfal Bakhat, vu comme le seul à avoir créé ce nouveau stade. Carlos Lamela a tenté d’en informer le ministère des Affaires étrangères, l’ambassade d’Espagne au Maroc, les autorités marocaines, l’ambassade du Maroc à Madrid et les associations d’architectes de Tanger et de Tétouan. En vain, a-t-il affirmé.

L’architecte marocain dénonce une campagne de diffamation

“Après la publication de ces informations dans El Confidencial, l’avocat de l’architecte marocain a pris contact avec nos journalistes pour clarifier certains points”, précise le quotidien espagnol. Pour Nawfal Bakhat, la version de l’architecte espagnol est une campagne de “diffamation” et de “chantage”.

“L’architecte marocain a reconnu la participation de Lamela au développement technique du concept du stade du Grand Tétouan, mais seulement dans une première phase qui serait écartée avant le prétendu refus du bureau de Madrid d’assumer une série de modifications et de propositions faites par les autorités marocaines”, explique El Confidencial.

La proposition gagnante du concours public était une version du stade avec les modifications demandées par les autorités marocaines, a souligné l’avocat de l’architecte. “Le Marocain, quant à lui, affirme avoir offert 8.640 euros à Lamela en paiement de la collaboration technique au cours de la phase préliminaire susmentionnée du concours”, ajoute le journal.