MAROC
20/03/2018 18h:16 CET | Actualisé 20/03/2018 23h:19 CET

Un album produit par un Marocain bientôt saisi par le gouvernement américain?

L’album ne pourra être commercialisé qu’en l’an 2103.

Scluzay
Trois membres du groupe de hip-hop Wu-Tang Clan tenant l'unique exemplaire de leur double album "Once Upon a Time in Shaolin".

MUSIQUE - L’œuvre musicale la plus chère jamais vendue dans l’histoire de la musique, “Once Upon a Time in Shaolin”, adjugée à deux millions de dollars en octobre 2015, pourrait aujourd’hui se retrouver entre les mains du gouvernement américain. L’unique exemplaire de ce légendaire album du groupe Wu-Tang Clan, produit par le Hollandais d’origine marocaine Tarik Azzougarh, plus connu sous le nom de Cilvaringz, fait ainsi partie des biens réclamés par la justice américaine à l’entrepreneur en pharmaceutique, Martin Shkreli.

Ce dernier a été condamné le 9 mars dernier à 7 ans de prison pour fraude et détournement de fonds. Outre sa peine, celui que l’on surnomme “Pharma Boy” devra débourser une somme de 7,36 millions de dollars, que la justice américaine veut réunir en saisissant certains biens, notamment, un Picasso, un album jamais sorti de Lil Wayne intitulé “Tha Carter V”, et l’unique exemplaire de l’album “Once Upon a Time in Shaolin” du groupe de hip hop américain Wu-Tang Clan.

Amr Alfiky / Reuters

Lors de la vente aux enchères, les membres du Wu-Tang Clan ignoraient l’identité de l’acheteur, Martin Shkreli, soit “l’homme le plus détesté des États-Unis” après que celui-ci a élevé, en septembre 2015, de 13,50 à 750 dollars le prix unitaire du Daraprim, un médicament souvent utilisé par les personnes atteintes du Sida.

“Martin Shkreli est la meilleure chose qui soit arrivée à cet album”, confie pourtant au HuffPost Maroc Cilvaringz, qui a choisi de rester en Hollande loin de cette affaire qui a fait couler tant d’encre. “Quatre ans plus tard, on parle encore de l’album alors que personne ne l’a entendu. Ce projet a été créé pour répondre au futur dystopique de l’industrie musicale si nous ne faisons rien. Et quel meilleur symbole pour incarner cet avenir que l’homme le plus détesté aux États-Unis?”, poursuit-il, certain que si la musique n’est pas correctement soutenue, elle finira par être privatisée pour se retrouver entre les mains “de gens comme Martin Shkreli”.

Selon les termes de vente de l’album, Shkreli est autorisé à le revendre ou à le transférer à une personne de son choix dans les mêmes conditions que celles auxquelles le Wu-Tang Clan le lui a vendu, en observant notamment une restriction de commercialisation de 88 ans. L’album ne pourra donc être commercialisé qu’en l’an 2103. 

L’idée derrière ce projet était de rétablir la valeur de la musique.

“J’ai imposé ces conditions d’abord pour faire parler du groupe, qui avait besoin à l’époque d’un peu de publicité”, raconte Cilvaringz. “Quand vous voulez vendre un objet très cher, il ne faut pas baisser le prix, au contraire. Et puisqu’il s’agissait d’une vente aux enchères, il n’y avait pas vraiment de prix attribué à l’album. J’ai donc utilisé cette restriction et j’ai choisi de n’en faire qu’une seule copie pour augmenter encore plus sa valeur aux enchères”, explique encore Tarik Azzougarh.

Le producteur marocain conserve cependant la moitié des droits d’auteur sur la musique de l’album et devra discuter avec le gouvernement américain dans les prochains mois, une fois que Shkreli aura annoncé son choix de faire appel ou non de la décision du gouvernement relative à l’amende. Une démarche qui pourrait “prendre des années”, à en croire Cilvaringz.

Au-delà de l’album

“L’idée derrière ce projet était de rétablir la valeur de la musique”, poursuit Cilvaringz. “À cause du monopole d’iTunes dans l’industrie de la musique numérique, les chansons sont aujourd’hui vendues à 0,99 cents alors que d’autres œuvres d’art sont vendues à des centaines de millions de dollars”, regrette-t-il, rappelant que la musique est également un art.

“Avec le piratage, il est extrêmement difficile pour les artistes de survivre, car cela coûte cher de faire de la musique”, signale Cilvaringz. “Les gens sont prêts à dépenser de l’argent pour des vêtements, des voitures, des maisons, même des téléphones ou des écouteurs. Mais ils ne sont pas prêts à mettre la main à la poche pour la musique qui passe par ces écouteurs. Parce que la musique est numérique, tout le monde peut l’obtenir sans payer, et il n’y a donc pas de conséquences pour ‘voler’ la musique”.

D’où le choix de Cilvaringz de vendre “Once Upon a Time in Shaolin”, démarré en 2007 et dont la production sera bouclée fin 2013, comme une véritable œuvre d’art contemporaine, en ne créant qu’une seule copie, tout comme une peinture.

Scluzay

En attendant 2103

“Cet album est un voyage sonore à travers le Wu-Tang Clan tel que nous le connaissons de 1993 à 1998. Il est ambitieux, sombre, agressif, mélodique et inspiré des classiques du Hip-Hop. Une combinaison de cet sensation acoustique qui a fait de Wu-Tang Clan les Rolling Stones du Hip Hop”, poursuit Cilvaringz.

En plus de quelques featuring, l’album contient aussi des apparitions de plusieurs invités à l’instar de la chanteuse Cher, du rappeur Redman, de la chanteuse et actrice de Game Of Thrones, Carice Van Houten, ou encore des joueurs du FC Barcelone.

Une boîte en argent élaborée par l’artiste britannique d’origine marocaine Yahya et taillée à la main renferme l’unique copie de l’album, accompagné d’un  certificat d’authenticité. Le propriétaire de l’album a aussi droit à des hauts-parleurs PMC MB2-XBD d’une valeur de 55.000 dollars et un livre de 174 pages contenant les paroles des chansons de l’album, les crédits et quelques anecdotes sur la production et l’enregistrement de chaque titre.

 

LIRE AUSSI: