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15/09/2018 11h:48 CET | Actualisé 15/09/2018 11h:48 CET

Ulysse à Bagdad

Facebook/myriamkends

Le 20 mars 2003, les USA déclenche la guerre contre l’Irak et un orage de pierres que rien ne pourra changer, rien dans cette région pour relever l’espoir et la pluie ne lavera pas les sols souillés. La mort s’est étendue sur les ventres et le temps élargira la plaie avec des médias qui déplieront leurs mensonges.

Akram Belkaïd journaliste, essayiste, auteur, entre autres, d’Etre arabe aujourd’hui nous livre, de mon point de vue, la version littéraire de l’essai avec Pleine Lune sur Bagdad ; version littéraire, poétique et désespérée là où Etre arabe aujourd’hui était plein d’espoir, parce qu’écrit juste au moment des Printemps arabes.

Pleine lune sur Bagdad est un recueil de nouvelles (édité chez Erick Bonnier) ou plutôt comme l’a écrit le journaliste Saïd Djaafer un roman-nouvelles où durant quinze lunes de répétitions du même récit, les dominés et dominants s’affronteront dans la même malédiction tragique.

La description de la situation géopolitique est journalistique et Akram Belkaid connait son sujet, c’est un sillon qu’il laboure depuis des années, livre après livre, la colère et l’indignation au ventre. Son regard est lucide, exigeant, sans concession et le seul répit qu’il s’autorise c’est la poésie, celle de Nazik al-Malaïka, Jalal-al-Din Rümi Abdel-Amir Jaras, Nizar Qabbani ou Mohamed Dib. Leurs vers console la mémoire et cimente le désespoir.

Le style lié, fluide avec un rythme rapide et vif où l’auteur note avec précisions la succession des faits avec des paragraphes où les phrases soudain deviennent plus longues comme un écho de la langue arabe qui installerait l’émotion comme une voix de Faïrouz qui chanterait avec Nizar Qabbani cette polyphonie des destins. 

Akram Belkaïd utilise la répétions si chère à la musique arabe: le ciel et la lune, la nuit et sa lumière sont la pour nous rappeler le temps qui scande la tragédie . Sa révolte est grande mais sa mélancolie aussi, celle de la perte d’un royaume où la renaissance et l’espoir ont été piétinés, détruits pour des décennies, où la lune a été masquée par le tamis qui n’a pas su protégé de la poussière des empires.

Le monde arabe est mort, assassiné et suicidé à la fois, seul reste son chant poétique qui guidera Ulysse et terrassera les dieux maléfiques. Alors la Madone de Benthala embrassera Nazik al-Malaïka.


Et si la poésie est la sueur de la perfection comme l’a écrit Christiane Taubira, alors nous recommencerons à rêver et, la lune sera à nouveau l’astre du Monde Arabe.

Au commencement était la calligraphie, une enfant écrit à Gaza, Akram Belkaïd nous raconte :

“Toutes deux sont assises en tailleur, la table entre elles. Devant la première, de grandes feuilles de papier, des roseaux taillés en calame et des pots d’encre de diverses couleurs. Le geste est lent, très lent. Le stylet gratte le papier et l’imprègne. Les lettres apparaissent, noires comme les flots, de facture classique, un naskh orthodoxe avec quelques nuances de mu- haqqaq.

La respiration accompagne le rythme de l’élancement, des courbures et des portées. Les pointes aiguisées en sont la suspension, la finesse des signes diacritiques témoignent de la maîtrise de l’énergie. C’est un ballet mené par la main droite. La main gauche, elle, est serrée, posée sur le coin inférieur de la feuille, le pouce emprisonné par les autres doigts... ”

Pleine lune sur Bagdag Erick Bonnier Editions.
Etre arabe aujourd’hui aux editions Carnets Nord 2011