TUNISIE
23/03/2016 12h:23 CET | Actualisé 23/03/2016 12h:29 CET

En Tunisie, deux associations se disputent pour signaler vos problèmes d'eau

ASSOCIATED PRESS
Ras Ajdir, Tunisie, le 6 mars 2011.

EAU - Redonner le pouvoir aux citoyens avec l'aide des outils numériques: l'idée était déjà derrière le lancement fin janvier du site SOS eau, plateforme citoyenne de signalement des problèmes d'eau en Tunisie (voir le site à soseau.net); le 22 mars, une nouvelle plateforme a été officiellement lancée, sous le nom d'Observatoire tunisien de l'eau (watchwater.tn/fr).

L'idée prend sa source dans la possibilité de recueillir des témoignages géolocalisés et de façon participative, qui se traduisent instantanément sur une carte de la Tunisie. De quoi répertorier les coupures d'eau, les cas de pollution des eaux douces et maritimes, de corruption dans la gestion de l'eau (sur le site SOS eau) ou, chez l'Observatoire tunisien de l'eau, toute "atteinte à l'eau potable".

La démarche ne vise pas nécessairement à dévaloriser la SONEDE, au contraire: dans les deux projets, les organisateurs expliquent vouloir travailler de concert avec l'entreprise publique en lui remontant ces informations.

A gauche, SOS eau, à droite, l'Observatoire tunisien de l'eau.

On peut notamment voir une association signaler via la plateforme SOS eau le défaut d'accès à l'eau potable dans une école à Sogmane, près de Bizerte. Le site, qui permet le suivi de chaque signalement, révèle que le cas est arrivé à une solution mais que celle-ci n'est encore que provisoire. "Il manque encore des financements pour que l'école bénéficie d'une solution définitive", précise au HuffPost Tunisie Samia Zayani, présidente de l'association Dynamique autour de l'eau, qui anime le projet SOS eau.

Une société civile divisée

Mais pourquoi deux plateformes aussi similaires, lancées à la même période? Alaa Marzougui, coordinateur de l'Observatoire tunisien de l'eau, et membre de l'association Nomad08 sise à Redeyef, assure au HuffPost Tunisie que les coordinateurs du projet SOS eau "ont reproduit notre travail", allant jusqu'à reprocher à l'association Dynamique autour de l'eau de ne pas exister en Tunisie, notamment parce que sa présidente, Samia Zayani, vit à Paris.

Cette dernière, contactée par le HuffPost Tunisie, déplore le "départ de l'un des membres du projet qui a décidé de reproduire l'initiative de son côté", retournant ainsi l'accusation de plagiat. L'association Dynamique autour de l'eau a même publié sur Facebook l'article du Journal officiel attestant de sa création par un panel de fondateurs ayant un siège à Kairouan, et assure que coordonner des membres en Tunisie avec des éléments de la diaspora tunisienne.

Le projet de signalement des problèmes d'eau en Tunisie semble donc s'élancer sous deux bannières distinctes, chacune ayant l'ambition d'associer une large partie de la société civile et des associations à son projet. Pour l'heure, aucun des deux projets ne mobilise de réseau important de bénévoles capables de se déplacer pour vérifier les problèmes signalés. Alaa Marzougui revendique une dizaine de personnes, certaines régions (Kebili, Médenine, Tozeur) étant encore, pour le moment, non couvertes. Samia Zayani ne donne pas de chiffre de bénévoles présent sur le terrain, mais plusieurs sessions de formations destinées à créer ce réseau, à Kairouan et Jendouba notamment, sont prévues en mars et avril. Au même moment, une caravane de sensibilisation de SOS eau doit parcourir le pays, ont annoncé les coordinateurs de l'Observatoire tunisien de l'eau, lors d'une conférence de presse le 22 mars.

L'eau, enjeu des années à venir

Ces initiatives sont encore balbutiantes mais pourraient offrir une meilleure visibilité sur l'état du réseau de distribution d'eau potable. Et la question de l'eau se rappelle régulièrement au souvenir des autorités, notamment en période de canicule. Certains habitants de Redeyef se rappellent ainsi avoir souffert de plusieurs jours de coupure durant l'été dernier.

Les trois quarts du territoire national sont considérés comme semi-arides ou arides, et les experts de l'UNESCO ont placé la Tunisie dans la catégorie des pays qui auront des problèmes sérieux d'eau à l'horizon 2025.

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