MAGHREB
08/03/2015 07h:46 CET | Actualisé 25/03/2015 10h:32 CET

Récit de Sarah, jeune Tunisienne violée par un inconnu

pixabay

Le 26 février 2015, Sarah a été victime d'un viol par un inconnu alors qu’elle rentrait en fin d’après-midi de sa faculté située dans les quartiers chics de Tunis.

Sarah est une jeune femme de 25 ans pleine de vie. Etudiante et activiste politique, elle a souhaité partager son expérience afin de défier la loi du silence qui règne sur les violences sexuelles faites aux femmes en Tunisie.

A l’occasion de la célébration de la Journée internationale pour les droits des femmes ce 8 mars, elle nous a courageusement livré son témoignage.

Sarah commence le récit en déballant les détails de sa récente agression. Inapte à donner une description précise de l’apparence de son violeur, elle se rappelle très bien de sa voix quand il a menacé de la tuer muni d’un couteau qu’il a appuyé contre son ventre.

"Je n’avais pas le choix. Je devais le suivre. On a marché longtemps dans les bois avant qu’il ne me mette à genoux. »

Plus tard cette même nuit, lorsqu’elle retourne sur les lieux avec les agents de police, les traces de ses genoux sont encore apparentes dans la boue".

Aucune inspection des lieux n’est alors faite, se rappelle Sarah. Pas de délimitation de la scène de crime et pas de police scientifique présente. On ne cherche pas de preuves sur le site.

Contacté par la rédaction du Huffpost Tunisie, la Ligue Tunisienne pour la Défense des Droits de l’Homme déclare au sujet de la collecte des éléments de preuves en matière pénale:

"Nous persistons à demander une réelle réforme de la police judiciaire. Les agents ont besoin de formations et de moyens modernes afin d’effectuer leur rôle correctement".

Même si Sarah ne se plaint pas de la prestation des agents de sécurité, elle décrit sa déception concernant les fonctionnaires hospitaliers.

"Dès que j’arrive à l’hôpital public Charles Nicoles vers minuit, je suis balancée d’un service à un autre alors que je suis épuisée. Aucune prise en charge, ni par les urgences ni par le service gynécologique. C’est le chaos et je dois me débrouiller seule dans l’indifférence générale".

En effet, le violeur n’a pas épargné le visage de Sarah, roué de coups de poings. A la demande des policiers, la jeune femme doit présenter un certificat médical pour appuyer sa plainte.

Avec ses amis et son avocat, elle hante les couloirs d’un service puis d’un autre en attendant des médecins absents.

Enfin vers 2 heures du matin, elle est examinée en quelques minutes et renvoyée chez elle sans aucun papier officiel, sommée de revenir le lendemain.

"Je me sentais mal car je ne pouvais pas me doucher. La médecine légale n’est disponible qu’en début de matinée et je devais demeurer dans le même état afin de ne pas altérer les preuves".

Interrogée sur l’existence d’un protocole précis en termes de cas d’agression sexuelle au sein de l’hôpital, Sarah nous répond qu’elle n’a reçu aucun conseil en rapport avec les soins prévus à l’avenir ou les examens nécessaires, concernant par exemple les infections sexuellement transmissibles.

Lorsque Sarah retourne le lendemain matin à l’hôpital, les médecins internes la font attendre pendant qu’ils prennent leur petit-déjeuner. Le médecin en charge lui promet une réponse au sujet de son certificat puis s’éclipse.

Environ deux heures plus tard et après plusieurs débats avec les cadres médicaux, Sarah finit dans une file d’attente parmi plusieurs patients, après avoir passé un autre examen médical pénible.

"De loin, je vois les infirmières sans aucune discrétion murmurer en parlant de ma situation. Je me sens littéralement comme un cas de faits divers!".

Le volet social est primordial dans les affaires ayant rapport avec les agressions sexuelles. L’association Tunisienne des Femmes Démocrates fait part d’une culpabilisation des victimes, de pression familiale, de tabou et de stigmatisation.

Comme beaucoup d’autres, Sarah a décidé de ne pas raconter son histoire à sa famille, non pas par crainte mais afin d’éviter toute répercussion sur son indépendance durement acquise.

En Tunisie, une femme sur deux est victime de violence physique, morale ou économique, selon l’ancienne Secrétaire d’Etat chargée des Affaires des femmes Neila Chabaane.

Néanmoins, le silence est encore de rigueur. En 2011, une enquête nationale de l’Office nationale de la famille et de la population faite sur près de 4000 femmes adultes a montré que 15,7 % des femmes interrogées disaient avoir été victimes de violence sexuelle.

D’un autre côté, la même source rapporte que seuls 5% des cas de violences sexuelles sont avouées.

Sarah, qui a refusé de se taire, déclare à la fin de notre discussion:

"Tout ce que je souhaite c’est que justice soit faite. Je ne souhaite pas que mon agresseur soit tabassé par les flics, ni torturé ou injustement incarcèré… Tout ce que je veux c’est le confronter lors d’un procès juste et équitable".

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