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06/06/2014 06h:43 CET | Actualisé 06/08/2014 06h:12 CET

Tunisie-Y'a-t-il un pilote à la tête du gouvernement?

Nous savons qu'il y a péril en la demeure et ce depuis deux ans, mais le conseil d'administration de la BCT nous informe que la situation va de pire en pire.Pendant ce temps, qu'est-ce que le gouvernement de compétences est en train de faire pour solutionner les vrais problèmes qui s'accumulent et se complexifient? Le gouvernement a mis en place une usine à gaz appelée Dialogue/Congrès Économique National.

Le communiqué de la BCT du 28 mai 2014 est passé presque inaperçu. Il a insisté sur la gravité de la situation des équilibres macroéconomiques, surtout au niveau du secteur extérieur et des finances publiques. Le communiqué nous annonce une décélération du taux de croissance, le maintien d'un taux de chômage élevé en particulier pour les diplômés de l'enseignement supérieur, l'élargissement du déficit courant, la contraction des flux des IDEs, la baisse des avoirs nets en devises, l'accélération de l'inflation, la dépréciation du Dinar... Bref, nous savons qu'il y a péril en la demeure et ce depuis deux ans, mais le conseil d'administration de la BCT nous informe que la situation va de pire en pire.

Pendant ce temps, qu'est-ce que le gouvernement de compétences est en train de faire pour solutionner les vrais problèmes qui s'accumulent et se complexifient? Le gouvernement a mis en place une usine à gaz appelée Dialogue/Congrès Économique National.

Croyez-vous que c'est un moyen efficace de gouvernance pour réunir une pléthore de partis politiques dont les idéologies économiques sont diverses et variées et n'ont presque aucun point de rencontre? Rappelez-vous que ces mêmes partis ont échoué sur tous les plans y compris économique, sinon ce gouvernement de compétences indépendantes ne sera pas formé pour pallier aux échecs cuisants des pseudos politiques de la troïka qui ont mené le pays au gouffre.

Croyez-vous que c'est un moyen efficace de gouvernance dans un pays dont l'État est en train de s'effriter de jour en jour?

Croyez-vous que c'est un moyen efficace de gouvernance alors que le pays est toujours en attente d'une loi de finances complémentaire, plus de 100 jours après la nomination du gouvernement?

Croyez-vous que c'est un moyen efficace de gouvernance dans un pays en attente d'un espoir : des projets concrets d'investissement et donc de création d'emplois?

Croyez-vous que c'est un moyen efficace de gouvernance pour redonner rapidement confiance aux investisseurs locaux et étrangers?

Croyez-vous que c'est un moyen efficace de gouvernance pour rassembler le pays, redonner aux citoyens le goût de l'effort et les inciter à travailler plus et mieux?

Croyez-vous que c'est un moyen efficace de gouvernance pour améliorer la productivité et la compétitivité de nos entreprises? ...

Beaucoup d'observateurs politiques et de spécialistes répondraient par la négative à ce questionnement. La mission de ce gouvernement n'est pas d'organiser un autre dialogue national inefficace et dont l'échec est prévisible. Ce gouvernement n'a pas besoin de ce pseudo dialogue pour agir sur beaucoup de thèmes et répondre aux urgences. Au contraire, ces discussions interminables avec et entre des sensibilités idéologiquement très opposées font perdre un temps précieux au pays pour retrouver un début de stabilité.

En urgence, il aurait fallu organiser des discussions avec des experts pour compléter la loi de finances selon des principes d'efficacité et d'efficience: justice fiscale, investissement productif, maîtrise de l'inflation, création d'emplois temporaires d'utilité publique, etc.

En parallèle, le gouvernement aurait dû organiser des assises de l'investissement, de l'emploi et du dialogue social avec le patronat, les syndicats et des experts en la matière, afin de dessiner une feuille de route de 24 mois permettant de faciliter la création d'emplois, soutenir la croissance, améliorer la productivité et la compétitivité, indexer les salaires sur la productivité, etc.

Dans un deuxième temps, le gouvernement aurait pu lancer un débat national sur le nouveau modèle de développement économique en créant des ateliers de réflexion sur des sujets structurels sous la direction d'un comité de pilotage qui en fera une synthèse pour le prochain gouvernement d'après les élections.

Mais il semblerait que rajouter la confusion, l'inefficacité et la perte de temps des dialogues stériles aux problèmes déjà très critiques, devient une spécialité tunisienne!

La dégradation de la situation économique, financière et sociale combinée avec l'attentat terroriste de Kasserine nous amène à se poser la question: y'a-t-il un pilote à la tête du gouvernement capable de diriger pour stabiliser le pays sur tous les plans?

Au rythme où la situation du pays se dégrade, le gouvernement de compétences se transformera très bientôt en un gouvernement d'incompétence, voire en troïka 3. Ce gouvernement avait un soutien très large même mesuré qui lui permet de mettre en œuvre les solutions qui s'imposent à condition qu'elles soient justes et équitables. Mais il a préféré inventer une usine à gaz et investir dans le champ de la communication stérile et des formules creuses. Et ce soutien est en train de fondre comme neige au soleil!

Il paraît que beaucoup de membres de ce gouvernement ont seulement une expertise pour conseiller mais pas l'expérience requise ni la méthode adéquate pour diriger. La Tunisie a plus que jamais besoin de leaders et d'hommes d'État.

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