TUNISIE
24/02/2016 12h:14 CET | Actualisé 29/02/2016 07h:55 CET

Tunisie: Les associations de lutte contre le VIH désormais privées du financement du Fonds Mondial

Facebook/Said Aidi

Saïd Aïdi fait encore une fois parler de lui. Ce n'est pas par une visite imprévue ou un communiqué de presse que le ministre de la Santé a réagi le 22 février à une polémique sur le dossier de la lutte contre le SIDA, mais par un commentaire sous une tribune l'interpelant à ce sujet, dans le journal électronique Tunisie Telegraph !

Les dessous de cette affaire n'ont pourtant rien d'anecdotique.

22 millions de dinars: c'est la somme que comptait donner le Fonds Mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme à la Tunisie avant que le comité juridique au sein du ministère de la Santé ne s'y oppose.

Présent en Tunisie, le Fonds Mondial est une institution financière qui apporte un soutien aux pays dans leur lutte contre les trois maladies, en partenariat avec les institutions publiques et la société civile.

"60% du financement du Fonds Mondial étaient destinés aux ministères qui travaillent sur ces thématiques, dont fait partie le ministère de la Santé. Les 40% restants étaient pour les associations", indique Issam Gritli, chargé de programme à l'association tunisienne de lutte contre les maladies sexuellement transmissibles et le sida (ATL MST/sida), au HuffPost Tunisie.

Le ministère de la Santé avait signé cette même convention, qui couvrait la période 2007-2015. Le ministre actuel refuse désormais de la renouveler pour les deux prochaines années, soit de 2016 à 2018.

"Ce sont les articles liés à l'impunité des membres du Fonds Mondial en Tunisie et à l'arbitrage en cas de détournement de fonds qui justifient la non-signature de l'accord et qui exigerait sa soumission à l'ARP pour approbation", explique Issam Gritli.

La convention exige que les membres du Fonds Mondial bénéficient des privilèges et des immunité en leur qualité de membres d'une organisation internationale. Pour l’arbitrage, la convention prévoit qu'en cas de différends, c'est le droit commercial international qui s'applique. Ces deux articles doivent être votés à l'Assemblée parce qu'ils relèvent de la compétence du pouvoir législatif conformément à la constitution.

Sur la même page, l'activiste politique Salah Zghidi a reproché au ministère de ne pas avoir soumis cette convention à l'ARP plus tôt, afin de respecter les délais. Saïd Aïdi lui répond:

Inquiètes, des associations de la société civile ont organisé un sit-in devant l'Assemblée des Représentants du Peuple (ARP) jeudi 18 février et ont lancé une pétition pour exiger la signature de cet accord.

"Monsieur le Ministre, voilà ce que l'on risque si l’accord-cadre ne se fait pas: Vous arrêterez le cofinancement du traitement antirétroviral, le suivi des patients, la prévention chez la population à risque, vous causerez le départ des éducateurs pairs, hommes de terrain et experts, la perte des données statistiques qui permettent d’établir les stratégies de lutte et la cartographie de la population à contrôler, bref, vous serez la cause directe d’une augmentation de la prévalence de l’infection voire sa généralisation", peut-on lire dans le communiqué accompagnant la pétition.

"Le ministère de la Santé nous explique que ces deux articles touchent à la souveraineté de l'État", a ajouté le représentant de ATL MST/Sida.

"Depuis décembre 2015, les associations n'ont plus de fonds pour continuer leurs actions de prévention et de prise en charge", s'alarme Issam Gritli.

"Entre-temps, dans un geste d'entêtement le ministre de la Santé ferme le centre de désintoxication à Sfax qui était financé par le Fonds Mondial pour ouvrir un autre à Jbel Ousset, comme s'il voulait nous défier et montrer qu'on n'avait pas besoin de cet accord. Or, ce qu'il faut c'est plus de centres, pas moins", a-t-il fustigé.

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