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12/03/2019 18h:21 CET | Actualisé 12/03/2019 18h:21 CET

Tunisie: Vers une Démocratie 4.0?

La parole publique, autrefois la propriété d’une caste politique, s’est aujourd’hui démocratisée et la Démocratie 4.0 s’installe dans nos vies avec des politiciens traditionnels devenant de plus en plus inaudibles.

Anadolu Agency via Getty Images

La Tunisie est actuellement la seule fleur du “Printemps Arabe” qui n’a pas encore fané malgré une crise économique majeure sur fond de tension sociale.

Depuis la révolution de 2011, le pays a connu l’Assemblée Nationale Constituante, la rédaction d’une nouvelle constitution, l’organisation d’élection présidentielle et législative. En huit ans, la transition politique fut longue et périlleuse, cependant elle occulta la réflexion économique qui s’impose à présent face à un pays qui croule sous les dettes et les déficits.

Or, paradoxalement, aujourd’hui plus que jamais, la démocratie semble bien fragile en terre de Tunisie et le désenchantement palpable parmi les citoyens.

En effet, malgré une révolution tunisienne menée avec enthousiasme par la jeunesse qui souhaitait pouvoir vivre dans un État de droit et jouir des libertés fondamentales, nous avons aujourd’hui plus de 75% des jeunes tunisiens et des femmes tunisiennes, qui ne souhaitent pas voter aux prochaines élections législatives et présidentielles de 2019.

Quel modèle de démocratie à l’ère des GAFA?

D’aucuns pensaient qu’il nous suffirait de copier le modèle de démocratie à l’occidentale pour transformer la Tunisie. Or, de par le monde, le modèle des démocraties est lui-même aujourd’hui à bout de souffle.

Les jeunes qui peuvent écrire des statuts sur Facebook ou publier des vidéos sur YouTube qui seront vus et relayés des milliers de fois, ne voient plus l’intérêt d’aller voter pour un porte-parole qui risque, une fois au pouvoir, de travestir leur volonté.

La dictature de l’instantané est en train de s’imposer contre la démocratie représentative.

Dans ce nouveau monde de l’instantané, il n’est plus compréhensible de ne pas avoir son mot à dire pendant les longues années qui séparent deux élections. Les parlements sont aujourd’hui des espaces en voie de disparition car les débats ont désormais lieu sur Facebook, Twitter, WhatsApp et touchent bien plus de monde que dans ces vieilles institutions closes réservées à une élite politique.

La parole publique, autrefois la propriété d’une caste politique, s’est aujourd’hui démocratisée et la Démocratie 4.0 s’installe dans nos vies avec des politiciens traditionnels devenant de plus en plus inaudibles.

Le modèle de la démocratie à l’occidentale est aujourd’hui sérieusement remis en cause. En effet, c’est grâce à la démocratie que les mouvements d’extrême droite sont en train de conquérir les parlements européens, c’est grâce à la démocratie que le Royaume-Uni est en train de quitter l’Union Européenne tout comme ce fût par les urnes que Adolf Hitler accéda au pouvoir en Allemagne.

La Démocratie -le pire des régimes à l’exception de tous les autres- semble aujourd’hui à bout de souffle et en proie à enfanter des “monstres démocratiques”.

Partout dans le monde, les démocraties constatent désabusées un désengagement citoyen des processus démocratiques institutionnels qui fragilise leur représentativité et leur légitimité.

Les cycles électoraux ne sont plus des facteurs de réconciliation du corps social ni de transformation réelles de la société.

C’est pourquoi, dans l’une des plus jeunes démocraties du monde que se veut être la Tunisie, il faudrait non pas simplement “copier-coller” un modèle existant et en fin de vie, mais plutôt réfléchir à de nouveaux moyens, à de nouvelles méthodes pour exprimer la souveraineté populaire.

Les GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon), la génération Z, l’intelligence artificielle et les nouvelles technologies ne semblent plus compatibles avec un modèle démocratique vieux de plus de 1600 ans et par un mécanisme “darwinien”. C’est une démocratie 4.0 qui sera forcément le modèle politique des années à venir.

La Tunisie, un laboratoire démocratique

L’année 2019 sera une année électorale charnière pour la “start-up démocratique tunisienne”.

La Tunisie, un pays à la croisée des chemins qui porte sur son dos l’espoir de toute une région du monde aspirant à la démocratie, aux respects des libertés fondamentales et des Droits de l’Homme.

Le plus grand défi pour les échéances à venir, sera de réussir à mobiliser la masse des jeunes tunisiens abstentionnistes qui croient désormais que voter, c’est choisir la forme de son aliénation.

En dépit de la permissivité morale et sociale que procure l’illusion de la liberté, la jeunesse tunisienne continue de subir l’esclavage de l’instant et de l’instinct. Elle est soumise à des heurts et des coincements successifs, ballotée dans tous les sens par une société hédoniste, marchande et technocrate.

En 2019, nous avons l’occasion de rompre avec le défaitisme ambiant en présentant un nouveau modèle de gouvernance et de démocratie où l’on ne gouverne plus les peuples avec la peur.

En réalité, de quoi devrions nous avoir peur, puisque tout ce que l’on craint est déjà là: la précarité, le chômage, la pauvreté, le terrorisme. L’avenir n’est pas à craindre, c’est le présent qui doit nous effrayer et nous interpeller pour agir ensemble et changer l’état des lieux en mettant le talent des uns au service du besoin des autres.

Pour cela, les politiques tunisiens devront élever le niveau des débats, sortir du populisme ambiant et des conflits idéologiques fratricides et proposer des programmes crédibles pour convaincre la jeunesse. 

Ensemble, pour une Démocratie 4.0!

Aujourd’hui, l’efficacité de l’action politique souffre de plus en plus des calculs électoraux, de l’influence des lobbies, du court-termisme et des intérêts partisans.

Face au désenchantement et à l’idée du “tous pourris”, c’est les populistes et les candidats “antisystème” qui élargissent leur audience. En gagnant les élections, ils parviennent à imposer leur autoritarisme dans un système pourtant démocratique.

Aujourd’hui, la démocratie doit se réinventer en marge des systèmes représentatifs et partisans à bout de souffle en substituant à la démocratie électorale représentative, une démocratie gouvernante, une démocratie d’exercice.

Un même constat doit nous fédérer: il ne peut plus y avoir de décision politique légitime sans débat préalable, sans transparence dans l’exécution, sans reddition de compte en cours de mandat.

Philosophe, intellectuel, politique, jeunes et moins jeunes, devront travailler ensemble pour construire un modèle démocratique tunisien performant et innovant, à même de s’adapter aux spécificités de notre pays et capable de s’exporter dans la région comme étant un modèle de réussite démocratique. Naître Tunisien, ne doit pas représenter une malédiction pour certains mais une chance pour tous et nous devons pour cela aller au-devant des défis à venir sans craindre d’avoir à les relever.

Transcender la réalité tunisienne en changeant nos méthodes de réflexions et en innovant dans les modalités de l’action politique, cela semble impossible ; donc c’est réalisable.

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