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27/08/2019 08h:51 CET | Actualisé 27/08/2019 08h:51 CET

Tunisie: Une injustice faite à un seul est une menace faite à tous

Hormis les vociférateurs, les “idiots en politique”, les envieux, ceux que Nabil Karoui dérange et les ennemis d’une Tunisie juste (...) personne ne peut aujourd’hui se réjouir de la situation.

Zoubeir Souissi / Reuters

Parce qu’ “une injustice faite à un seul est une menace faite à tous”, comme le disait si justement Montesquieu, l’affaire Karoui, qui se déroule actuellement en Tunisie, doit nous interpeller. 

Hormis les vociférateurs, les “idiots en politique”, les envieux, ceux que Nabil Karoui dérange et les ennemis d’une Tunisie juste qui pensent que les droits de l’Homme passent au second plan, personne ne peut aujourd’hui se réjouir de la situation.

Nous devons mettre de côté notre colère. Nabil Karoui et sa famille sont aujourd’hui les principales victimes — ou des coupables estimeront certains membre du tribunal médiatique — dans cette affaire. 

Mais l’autre victime dans cette affaire, c’est la Tunisie. 

L’autre victime de cette histoire, c’est une certaine idée de la Tunisie.

Ce n’est pas seulement le sort de Nabil Karoui que nous devons pleurer. C’est le sort de tout un pays, de cette Tunisie qui n’honore plus les principes post-janvier 2011. Cette Tunisie qui nous a ramenés à des temps anciens et douloureux, que l’on croyait passés, et qui repose encore sur un système qui n’est pas monté ce 14 janvier 2011 avec Ben Ali dans l’avion prenant la direction de l’Arabie saoudite.

Car Nabil Karoui n’est pas en prison pour ce qu’il a fait. Aujourd’hui, un minimum de décence voudrait que chaque Tunisien respecte un principe fondamental de toute République digne de ce nom: la présomption d’innocence.

Sans cette présomption d’innocence, personne ne pourra se projeter dans un quelconque avenir.

De quoi est-il coupable au juste? A ce jour, et c’est là le droit qui parle, de rien! Dans quelques journaux qui se sont érigés en juges, une condamnation rhétorique et des procès d’intention se font ressentir: Nabil Karoui serait “coupable” d’aider les plus démunis, d’être un affairiste, coupable d’être favori des sondages, “populiste” et “controversé”.

Mais dans un pays où la Justice est encore “en mains” — et cette affaire nous le prouve —, comment peut-on encore croire en elle?

Nabil Karoui est un ressortissant tunisien. Lui ne possède aucun autre passeport. En termes de droit, sa famille et son principal actif, sa chaîne de télévision, devraient suffire à réunir toutes les garanties de représentation.

Mieux encore, il est en tête de tous les sondages pour la course à la magistrature suprême. Mais on l’empêche quand même de voyager.

Pire encore, en territoire tunisien, on l’arrête tel Pablo Escobar ou Sonny Corleone à un péage d’autoroute, alors qu’il rentrait chez lui où il aurait été aussi simple que discret de venir le chercher. D’ailleurs, les ressources matérielles et humaines déployées pour l’arrêter ne représentent-elle par un abus en matière de dépenses des deniers publics?

Quant à ce mandat émis par la chambre d’instruction, il déroge aux règles élémentaires de droit. Un appel n’aurait jamais dû donner lieu à l’émission de mandats de dépôt. “Nemo admittitur sibi nocere”, dit un principe de droit connu de tous les juristes, c’est-à-dire : Nul n’est admis à exercer une action en justice pouvant lui nuire.

L’alinéa 2 de l’article 216 du code de procédure pénale tunisien vient confirmer ce principe clairement en ces termes ”on ne peut, sur le seul appel du prévenu ou du civilement responsable, aggraver le sort de l’appelant”. 

Parce que cette affaire est symptomatique des dysfonctionnements que nous avons le devoir de révéler et de déconstruire, faisons de cette affaire le symbole de notre engagement à restaurer une idée plus digne de la République.

L’histoire a déjà montré que, lorsque l’on s’en prenait à un bouc-émissaire pour diviser le corps de la nation, pour épancher ses peurs et exclure des citoyens, il y avait toujours des sursauts civiques pour rappeler à la République ses principes d’égalité et de justice, mais surtout d’égalité devant la justice. 

Et quand Londres était sous les bombardements durant la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement, inquiet, demandait à Churchill ce qu’il fallait faire. Il lui répondit: “Comment va la justice de notre pays?” Etonnés, les ministres lui répondirent: “Bien”. Et Churchill de leur rétorquer: “Si la justice de notre pays se porte bien, il ne peut RIEN lui arriver”.

La Tunisie n’est pas l’Angleterre de 39-45 mais un pays qui a besoin d’une résistance populaire pour une Justice forte.Et pour ce qui est de l’affaire Nabil Karoui cela pourrait se résumer a cette citation de Henry D. Thoreau: “Sous un gouvernement qui emprisonne injustement, la vraie place pour un homme juste est aussi en prison”.

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