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14/01/2019 13h:55 CET | Actualisé 14/01/2019 13h:55 CET

Tunisie: Un zoo pas comme les autres

Y-a-t-il une différence entre la migration des oiseaux et celle des députés qui changent de bloc parlementaire comme ils changent de chemise? Absolument aucune.

FETHI BELAID via Getty Images

Le monde des animaux m’a toujours fasciné.

Cette fascination venait surtout de cette ressemblance comportementale que nous avons avec des bêtes censées être non savantes. La transhumance — du latin ‘trans’ (de l’autre côté) et ‘humus’ (la terre, le pays) — est la migration périodique du bétail (bovidés, cervidés, et ovins) entre les pâturages d’hiver et les pâturages d’été. Elle a pour objectif l’engraissement du troupeau mais aussi sa reproduction.

Le mot “bête” (ou “animal”) politique, supposé être un qualificatif positif, m’a poussé à me poser cette question: Y-a-t-il une différence entre la migration des oiseaux et celle des députés qui changent de bloc parlementaire comme ils changent de chemise? Absolument aucune. Parce que, que ce soient nos “bêtes politiques” ou nos oiseaux, tous cherchent toujours un lieu paisible pour se nourrir et élever leurs enfants.

La transhumance politique est le plus grand problème de cette deuxième République, une “alliance” entre des ennemis sous le nom-valise d’Union Nationale. Une alliance qui amène un parti qui a gagné les élections à devenir, du jour au lendemain, une formation d’opposition qui demandera le démantèlement du gouvernement dont le chef est… le fils de ce parti!

On voit des “progressistes conservateurs” ou des islamistes qui jouent la carte du progressisme.

Le nouveau projet politique de Youssef Chahed est, lui, de rassembler les Destouriens —on se demande si cela veut encore dire quelque chose politiquement. Les gauchistes et démocrates veulent de leur côté créer un nouveau parti hybride qui sera une autre bombe à retardement. Car réunir les éternels ennemis dans un “projet d’avenir” est aussi efficace que de mélanger du lablebi au Ferrero Rocher.

Pour qui allons nous pouvoir voter? Nous, simples citoyens qui aimons notre pays. Nous, les artistes, boulangers, scientifiques, religieux, fonctionnaires, jeunes et moins jeunes? Allons-nous suivre des peoples qui pensent faire de l’analyse politique en se mettant en scène dans quelques vidéos sur Facebook? Allons-nous faire confiance à ceux qui nous ont déjà trahis? Des pages Facebook sponsorisées, des opérations de “black PR”, des débats télévisés plus que stériles… Nous sommes envahis par un contenu médiatique et digital qui ne nous concerne pas ou plus.

La démagogie des mots — ‘patriotisme’, ‘démocratie’ —, les projets de société, l’inflation, les chiffres, les images de “politiques costumés” nous souhaitant leurs vœux en calligraphie arabe des années 90… C’est avec tout cela que cette “classe politique” voudrait conquérir nos cœurs ou réformer notre pays?

Rabye Bouden, avec une bonne campagne, pourrait gagner contre un candidat sérieux à la présidence. Mohamed Abbou peut gagner face à une grande machine électorale. Une pomme de terre peut devenir présidente de la Tunisie.

C’est ça notre réalité: nous sommes un ensemble d’êtres humains réunis sur un bout de terre sans projet qui nous passionne. Et ça, c’est en grande partie la responsabilité de ceux qui nous gouvernent depuis... 1956.

On ne peut pas aimer un pays le ventre vide, on ne peut pas être “citoyen” quand on sent que la rue n’est pas la nôtre. J’espère que nos bêtes politiques apprendront quelques valeurs animales en ne mangeant plus qu’à leur faim, ne pas salir leur environnement et partager leurs gibiers.

Autrement, on aura un taux d’abstention historique. Et là, la Tunisie pourrait vraiment devenir une vraie jungle. Et ce jour-là, cette “classe politique” qui a relégué le débat d’idées au profit d’un débat de personnes, voire d’égos, pourrait le regretter amèrement… Car le peuple ne lui pardonnera jamais.

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