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09/05/2018 16h:54 CET | Actualisé 09/05/2018 16h:54 CET

Tunisie: Ultime espoir

La monté massive des listes indépendantes est un ultime espoir pour les personnes comme moi. Leur responsabilité est grande.

Anadolu Agency via Getty Images

Dimanche 6 mai était un triste jour pour moi. Le moral effrité, j’ai été au plus profond de moi-même pour puiser un semblant de force me permettant de me déplacer vers le centre de vote que j’ai trouvé presque vide et désolant. Sans trop de conviction, j’ai mis une croix devant une liste quasi inconnue, qui se dit indépendante chose que je m’efforce de croire. Pourtant je l’ai mise cette malheureuse croix. Sorte de pari, probablement perdu d’avance. Car dans l’abstention quasiment générale, je sais que presque la totalité de ceux qui iront voter sans états d’âmes, font parti de deux catégories. Ceux qui croient voter pour Dieu et ceux qui ont encore la certitude que le “Nida” peut vaincre les émissaires de Dieu en Tunisie. Cette croix que j’ai marquée est sans doute la manifestation d’un ultime espoir. Très minime certes, mais c’est le dernier que je donne à moi-même surtout, avant de tirer un trait définitif sur toute vie citoyenne dans un pays trahi par ses enfants.

Une question ne cesse d’être posée depuis dimanche par les journalistes: “Pourquoi les Tunisiens ont banni les élections?”. Certains veulent même prendre l’avis de sociologues. Vous n’avez pas besoin de sociologues.

Regardez au fond de vous-même, vous allez la trouver la réponse. Désolante, douloureuse mais aussi culpabilisante. Combien de couches de politiciens avons-nous vu jaillir du trou noir politique depuis 2011. De différentes tendances, de différentes régions, de divers niveaux intellectuels et sociaux, nous les avons presque tous empilés strate par strate dans les sédiments de l’histoire. Nous les avons enfouis au fin fond de notre inconscient collectif. Le constat était le même pour la quasi totalité: agressivité, manque d’honnêteté et d’intégrité, arrivisme et cupidité.

À chaque fois qu’une nouvelle classe monte sur la scène politique avec nos espoirs (ou du moins ce qui en restait) dans ses mains, elle ne tarde pas à enfoncer encore nos têtes sous les eaux de la déprime nationale. Dans cette morosité économique, sociale et psychologique, dans cette agressivité collective et cette haine de l’autre, croire en quelqu’un, en quelque chose devient un luxe inaccessible. On survit c’est tout. Et on rêve de partir, de quitter tout ça vers des lieux où on peut sentir qu’on est encore digne.

Mais au risque de me répéter (voir mon article “Tunisie: l’étape de survie”), nous sommes tous responsables de ce qui arrive, on doit cesser de n’accuser que la classe politique, elle est globalement représentative de ce que nous sommes. Il faut s’accuser soi même de ses défaillances à son propre niveau: dans son travail, dans sa responsabilité citoyenne et dans sa relation à l’autre. Nous devons changer nos modes de fonctionnement collectif et essayer de retrouver des valeurs ascendantes et prohiber celles qui disloquent notre pays.

La monté massive des listes indépendantes est un ultime espoir pour les personnes comme moi. Leur responsabilité est grande. Si leurs représentants arrivent à réaliser ne serait-ce que le quart de leurs promesses, s’ils s’avèrent patriotes et sincères, je crois que ça sera le début d’une nouvelle étape prometteuse pour le pays. Prière, ne nous décevez pas!

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