TUNISIE
03/07/2018 17h:36 CET | Actualisé 03/07/2018 17h:39 CET

Tunisie - Royaume-Uni: Manipulation de l'opinion publique, ingérence étrangère... les révélations du journal britannique The Guardian font polémique

D'après The Guardian, le Royaume-Uni aurait engagé une agence pour promouvoir les réformes du gouvernement en Tunisie, dictées par le FMI.

Zoubeir Souissi / Reuters

D’après le quotidien londonien “The Guardian”, le gouvernement britannique aurait sollicité la célèbre agence de publicité “Saatchi & Saatchi”, connue pour ses projets provocateurs, pour mener une campagne médiatique en faveur du gouvernement tunisien.

L’objectif serait de séduire les électeurs tunisiens en les poussant à digérer les réformes, dictées par le Fonds Monétaire International (FMI), à savoir une politique de rigueur, basée sur des mesures d’austérité ferme. Ces réformes controversées auraient, en effet, “déclenché une vague de protestations dans le pays depuis le printemps arabe”, rapporte The Guardian dans un article publié lundi.

D’après la même source, “l’agence de publicité - connue pour sa publicité politique percutante pour le parti conservateur- a été engagée pour mener une campagne ciblée”, visant en premier lieu les jeunes tunisiens âgés entre 18 et 35 ans, et ce afin de “sensibiliser davantage le public tunisien au rôle du gouvernement dans la planification et la mise en œuvre des réformes économiques, entreprises dans le cadre d’un plan soutenu par le FMI et visant à réduire son déficit budgétaire et stimuler la croissance”.

Documents à l’appui, The Guardian précise que le choix de cibler la jeunesse tunisienne n’est pas anodin. En effet, se focaliser davantage sur cette catégorie, comme étant une première phase du plan Saatchi, est purement stratégique. Les jeunes du pays ont été à l’avant-garde des protestations qui se sont intensifiées depuis le début de l’année, notamment avec la hausse des taxes qui ont fait bondir les prix et suscité une vague de grogne contre la mise en place de ces réformes, note le quotidien britannique. 

Selon The Guardian, les financements destinés à Saatchi proviennent d’un fonds secret du gouvernement britannique pour les conflits (CSSF), la sécurité et la stabilité. Ce dernier “est créé sous les auspices de plusieurs départements gouvernementaux clés, dont le ministère des Affaires étrangères et le ministère du Développement international”, souligne-t-il en soulevant les soupçons qui planent sur ce fonds. “Il a suscité de vives inquiétudes parmi les députés par rapport au manque de transparence, de responsabilité et de leadership”, révèle l’article.

Ainsi, s’intéresser à la Tunisie s’inscrit dans la politique du Royaume-Uni à vouloir couper court au terrorisme et à la vague d’immigration. En effet, “le royaume vise à concentrer davantage de ressources sur le Sahel, jugé comme étant un terreau fertile pour l’extrémisme et la source de migrants vers l’Europe” argue The Guardian.

D’ailleurs, pour enfoncer le clou, le quotidien londonien s’est référé aux propos d’un député travailliste au comité de développement international du Parlement, Lloyd Russell-Moyle, qui a annoncé qu’il “ne voit pas de meilleur exemple du cynisme de ce gouvernement que de financer une campagne de relations publiques pour soutenir l’État tunisien”.

“Le gouvernement ne dira pas au public ou au parlement en quoi ce fonds, qui vaut plus de 1 milliard de livres sterling, est dépensé” ajoute-t-il en estimant qu’il serait plus judicieux de bloquer temporairement le fonds, le temps d’apaiser les tensions.

De son côté Asad Rehman, directeur exécutif de l’organisation caritative War on Want, a déclaré au Guardian que les projets du genre entrepris en Tunisie “semblent plus concerner les gouvernements avec leurs relations publiques que les causes des protestations, qui sont enracinées dans des problèmes économiques profonds”.

Face à ces révélations levant le voile sur une ingérence britannique dans les affaires internes de la Tunisie, les autorités britanniques ont répliqué aux accusations et ont donné des clarifications relatives à ces financements suspects.

En effet, d’après le porte-parole du gouvernement britannique, “en Tunisie, les programmes de la CSSF renforcent la gouvernance démocratique, la sécurité et la réforme économique. Ce projet aide la fonction publique tunisienne à communiquer de manière transparente avec les citoyens, les premiers résultats montrant une augmentation de 18% du nombre de citoyens qui veulent en savoir plus sur les questions économiques et les réformes” explique-t-il au média britannique.

En outre, le Foreign Office a révélé que le cabinet M&C Saatchi a été nommé “pour fournir des services uniquement à son bureau et ne travaille pas directement avec le gouvernement tunisien sur ce projet. Il a, d’ailleurs, souligné que le rapport de l’ICAI (Independent Commission for Aid Impact), bien que critiquable en partie, met en évidence un certain nombre de succès des programmes du fonds”, rapporte The Guardian. 

L’information est tombée comme un coup de tonnerre suscitant beaucoup d’interrogations. La question à propos de la véracité de l’information demeure en suspens laissant place aux multiples interprétations. 

Certains ont d’ailleurs estimé qu’en cas de confirmation des révélations rapportées par The Guardian, la Tunisie serait accusée de tramer un complot en s’appuyant sur une alliance étrangère et des fonds douteux afin de manipuler l’opinion publique.   

En réponse à ces graves accusations, le porte-parole du gouvernement, Iyed Dahmani, est intervenu afin de donner des explications à ce sujet. Il a formellement nié les révélations du quotidien britannique et a souligné qu’aucun accord n’a été formulé avec une agence de publicité pour contrecarrer les protestations sociales qui ont eu lieu au début de l’année, comme le prétend The Guardian.

“La coopération avec le Royaume-Uni fait partie des accords de coopération et des mémorandums d’accord entre le gouvernement tunisien et le gouvernement britannique”, a fait savoir Dahmani dans un communiqué publié mardi par la présidence du gouvernement.

“Ces accords touchent de nombreux domaines mais ils n’ont aucun lien avec des protestations sociales dans le pays” a-t-il martelé.

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