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18/07/2019 11h:57 CET | Actualisé 18/07/2019 11h:57 CET

Tunisie: Relever le défi économique pour réussir la transition politique

La transition politique a eu un coût économique et social considérable.

Golden_Brown via Getty Images

La question économique a été longtemps marginalisée dans le débat politique, est-ce par choix ou par incompétence de la classe politique? Peu importe la réponse, la conséquence a été désastreuse pour la Tunisie. Voilà maintenant plus de cinq ans que le pays vit une crise profonde. Une crise qui s’est traduite par une dégradation du pouvoir d’achat du citoyen tunisien et par une détérioration des indicateurs macroéconomiques.

Détérioration de la situation économique après la révolution

Cette crise trouve son origine dans les événements qui ont suivis la révolution. En 2011, les revendications sociales, les sit-in et les manifestations se sont multipliés, rajouté à cela l’absence d’une stratégie de développement, cela s’est traduit par un ralentissement de la croissance économique. Face à cette crise qui au départ était conjoncturelle, le gouvernement a mis en place une politique économique expansionniste. il avait une marge de manœuvre pour mener ce type de politique vu le faible taux d’endettement public (40,7%[1] du PIB en 2010) et les recettes de privatisation d’avant la révolution (Tunisie Télécom).

Cependant, la crise sociale a perduré et des secteurs vitaux ont été touchés. En effet, ces dernières années les secteurs de l’énergie et du phosphate ont connu plusieurs baisses de régime voir des interruptions totales. La fréquentation touristique a aussi connu un coup dur accentué par les attentats du Bardo et de Sousse. Cela a eu un impact direct sur l’activité économique et la balance courante. La réponse des gouvernements en place a été de continuer dans une politique budgétaire expansionniste ignorant ainsi le danger dans lequel ils embarquent la Tunisie. Le taux d’endettement a progressé d’environ 15 points entre 2010-2015 pour atteindre 55,4%[2] du PIB, le déficit budgétaire moyen durant cette même période a été de 5,1%[3] du PIB. Cette politique n’a même pas eu les effets escomptés sur la croissance économique. En effet, la Tunisie a connu une croissance très molle durant ces cinq années soit en moyenne 1,6%[4]. Cette croissance économique n’a pas été suffisante pour créer de l’emploi, le taux de chômage a ainsi augmenté entre 2010-2015 pour atteindre 15,4%. Quant à l’inflation, elle a été maîtrisée autour des 4% durant cette période.

Depuis mi-2016 et l’avènement du gouvernement de Youssef Chahed, la situation économique du pays ne s’est pas améliorée. L’inflation s’est accélérée ces trois dernières années pour atteindre 6,9%[5] au mois de juin 2019. Cette accélération soudaine résulte d’une part de la politique monétaire accommodante mise en place entre 2011 et 2015 et d’autre part de l’inflation importée, causée par la dépréciation du dinar.  Le taux d’endettement publique s’est aggravé atteignant plus de 71%[6] du PIB en 2018. La croissance économique connait néanmoins une bonne dynamique, passant de 1,1% en 2016 à 2,5%[7] en 2018.

Les réformes à instaurer

Il faudra tout d’abord assainir les finances publiques et limiter le déficit budgétaire. Pour ce faire, il sera impératif d’arrêter les augmentations salariales anarchiques dans le secteur public, cela permettra en plus de soutenir la politique monétaire restrictive dans la lutte contre l’inflation. Il faudra aussi geler les recrutements dans la fonction publique sauf pour les corps de métier ou il y a un réel besoin (forces de l’ordre, contrôleur fiscal…).

La dette publique devra rester soutenable. Pour cela pas de secret, il faudra créer de la croissance économique. La Tunisie pourra également engager des pourparlers avec ses partenaires pour mettre en place un moratoire sur la dette, cette ressource sera ainsi réallouée vers l’économie réelle.   

La Tunisie devra atteindre progressivement une croissance au moins égale à celle réalisée avant la révolution. Cette croissance du PIB pourra être drainée par le secteur privé. Pour cela, l’Etat sera tenu de mettre en place un cadre propice à l’investissement à travers la modernisation de l’administration, l’octroi de concessions pour le développement d’infrastructures, et la mise en place de partenariats public-privé pour la construction de projets à utilité publique.  

Il sera nécessaire de céder totalement ou partiellement les participations de l’Etat dans les entreprises non stratégiques et déficitaires. Cela permettra de dégager des ressources qui serviront à financer un fonds dont le but sera d’investir dans des PME avec une dominante technologique.

Le prochain gouvernement devra engager des réformes structurelles comme ce fut le cas avec la réforme des retraites du secteur public au mois d’avril 2019. En effet, plusieurs problèmes structurels subsistent comme les inégalités régionales, l’inadéquation entre l’enseignement supérieur et le monde du travail, le déficit des caisses nationales de sécurité sociale… auxquels des solutions devront être trouvées.  

Pour conclure

La transition politique a eu un coût économique et social considérable. Cependant, nous avons réalisé des acquis en matière de démocratie, de liberté d’expression et d’opinion qu’il faudra renforcer. Le prochain défi sera d’ordre économique, il faudra absolument assainir les finances publiques, améliorer les équilibres macroéconomiques, sortir de la spirale inflationniste et renouer avec la croissance.

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[1] Source : site du ministère des finances de la Tunisie

[2] Source : site du ministère des finances de la Tunisie

[3] Source : site du ministère des finances de la Tunisie (moyenne arithmétique 2011-2015)

[4] Source : site de l’institut national de la statistique (moyenne arithmétique 2011-2015)

[5] Source : site de l’institut national de la statistique

[6] Source : site du ministère des finances de la Tunisie

[7] Source : site du ministère des finances de la Tunisie

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