TUNISIE
17/10/2018 19h:29 CET

Tunisie: Pourquoi refuse-t-on de faire le don d'organes? Entre souffrance des uns et craintes des autres

Le 17 octobre est la journée mondiale du don d'organes et de la greffe.

Bernard Weil via Getty Images

“Ils viennent en phase d’insuffisance rénale ou hépatique terminale, ils souffrent de cancer ou autres. Certains meurent après une longue attente d’un don d’organes. C’est très fréquent”, explique Zied, infirmier dans un service de réanimation, au HuffPost Tunisie.

Pas loin, dans ce même service, se trouvent des personnes en état de mort cérébrale. Il suffit que la famille du défunt accepte de prélever un de ses organes pour en faire un don pour sauver une vie. Mais “les familles refusent généralement”, explique l’infirmer.

“On a beau leur expliquer les procédures, qu’il y a une liste d’attente, que le protocole est bien encadré, qu’il y a des malades dont la vie est suspendue à ce don, les familles refusent quand même”, ajoute-il. 

Le refus des familles est souvent motivé par des craintes que l’opération dénaturer le corps du défunt, ou un trafic d’organes ou par convictions religieuses autour la sacralité du corps humain. 

La peur de l’inconnu

Pourquoi, les Tunisiens ayant exprimé de leur vivant la volonté de faire un don d’organes ne sont pas nombreux (10 mille seulement, selon Centre National pour la Promotion de la Transplantation d’Organes)? Derrière ce chiffre, des craintes se greffent au manque d’information.

C’est le cas d’Ines, 24 ans, la jeune femme ne se dit pas contre le don d’organes, mais exprime une peur de “se faire charcuter” après sa mort, dit-elle.

“Je n’ai pas confiance en les hôpitaux tunisiens. Si j’exprime mon consentement de mon vivant, qu’est ce qu’ils peuvent faire subir à mon corps après ma mort?”, s’interroge-t-elle craintive.

C’est aussi l’avis de Marwa, 34 ans: “On entend tellement de choses sur les trafics d’organes. J’imagine les familles de personnes malades, être capables de payer beaucoup pour sauver les leurs, donc les rumeurs sur le marché juteux derrière cette détresse me semble fort probable”, affirme-t-elle.

“J’ai failli demander à ce que la mention ‘donneur d’organes’ soit inscrite sur ma carte d’identité mais je me suis rétractée finalement après les rumeurs sur les trafics en Tunisie. Je serais prête à le faire à l’étranger”, affirme Salima, 28 ans. 

Les rumeurs sur les trafics d’organes, le manque de confiance dans les établissements hospitaliers tunisiens reviennent souvent chez les personnes interrogées. La question sur le don d’organes tourne souvent vers des discussions sur l’après la mort, les expériences de mort imminente, les croyances religieuses, etc, signe que la question est complexe chez certains.

Sami, 40 ans, se dit favorable au don d’organes mais explique le fait de ne pas le mentionner dans sa carte d’identité par “les paperasses administratives à suivre”, explique-t-il. 

Amel, 28 ans, avance son intention de le faire lors du renouvellement de sa carte d’identité. La jeune femme explique toutefois qu’il n’y a pas assez de campagne de sensibilisation sur le sujet: “On aimerait trouver des documents sur le sujet dans les postes de police par exemple”, suggère-t-elle.

Quant à Bassem, 38 ans, il n’est pas contre le principe, mais hésite encore à franchir le pas. Comme lui, 77% des Tunisiens se disent prêts à faire don de leurs organes à leur décès, selon un sondage réalisé en 2017. Pourtant, quand l’occasion se présente pour le faire, 90% refusent.

Entre temps, 1700 malades attendent un don d’organes, 10 mille subissent des dialyses et risquent de rejoindre la longue liste d’attente de don. 

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