TUNISIE
31/10/2018 15h:34 CET

"Tunisie, pays de destination et de transit pour les migrants d'Afrique subsaharienne": Les principaux chiffres à retenir

REACH et Mercy Corps ont mené cette étude sur la migration de l'Afrique subsaharienne vers la Tunisie et ses dynamiques les plus récentes.

SOPA Images via Getty Images

Alors que l’Europe se barricade en forteresse qui se veut impénétrable face aux migrants africains, une nouvelle donne migratoire se dessine en Tunisie. Longtemps considérée comme pays de transit, la Tunisie se transforme peu à peu en terre d’immigration en se retrouvant au cœur de la crise migratoire. 

Selon une étude “La Tunisie, pays de transit et de destination des migrants de l’Afrique subsaharienne” élaborée par REACH et Mercy Corps, c’est à l’aube des années 2000 que le nombre de migrants subsahariens en Tunisie a fortement augmenté. En effet, entre les années 2004 et 2014, le nombre de ressortissants non tunisiens résidant en Tunisie a évolué de 66%, passant de 35192 à 53490 personnes. Cela exclut toutefois les plus de 10 000 migrants subsahariens en situation irrégulière qui vivraient dans le pays et pour lesquels aucune statistique fiable et à jour n’est disponible, révèle la source.

En réponse au manque d’informations sur la migration de l’Afrique subsaharienne vers la Tunisie et ses dynamiques les plus récentes, REACH et Mercy Corps ont voulu creuser la question et ont collecté entre le 9 août et le 2 septembre 2018 des données auprès des trois principaux centres de migration en Tunisie pour les migrants subsahariens à savoir Tunis, Sfax et Medenine. 

Pour ce faire, ils ont mené 62 entretiens individuels qualitatifs en profondeur avec des migrants hommes et femmes subsahariens, 18 entretiens avec des chercheurs, des membres du personnel d’ONG et d’IGO et 7 discussions de groupe dirigées avec des hommes et des femmes venant d’Afrique subsaharienne.  

Le HuffPost Tunisie vous livre les principaux chiffres à retenir de cette étude:

Plus de 83% d’entre eux ont prévu de se rendre vers la Tunisie dès leur départ

Sur les 62 répondants interrogés, la grande majorité soit près de 83% d’entre eux ont indiqué qu’ils ont prévu de se rendre en Tunisie dès leur départ de leur pays d’origine. Même si les raisons pour lesquelles ils ont quitté leur pays d’origine étaient multiples, leur choix a été dicté par des facteurs institutionnels tels que les exemptions de visa. Ces derniers ont affirmé que la Tunisie était une destination accessible, tandis que les informations sur les conditions de vie dans ce pays, transmises via des réseaux personnels, ont permis aux migrants interrogés de forger leur image de la Tunisie en tant que destination attrayante. 

D’après l’étude, les informations reçues avant le départ ont eu un impact important sur la décision des migrants de venir en Tunisie, même si les informations partagées ne correspondraient souvent pas à la situation constatée une fois arrivés.

Environ 14% entre d’eux sont motivés par les facilités de visas 

Parmi les 62 interrogés, neuf d’entre eux ont noté que leur choix a été effectué sur la base des exemptions et des facilités de visa, comparé au Maroc et à l’Algérie. En outre, un plus petit nombre de répondants (6/62) ont fait savoir qu’avant de quitter leurs pays d’origine, ils ont été attirés par l’ouverture de la société tunisienne, comparé à ses voisins. 

1/3 des migrants subsahariens considèrent la Tunisie comme étant un tremplin

Pour un tiers des interrogés (18/62), la Tunisie figure comme étant un tremplin pour améliorer leurs chances d’atteindre légalement l’Europe.  
Étudier ou travailler en Tunisie a également été perçu par un sondé sur dix comme facilitant la poursuite de ses activités, en lui fournissant les compétences ou les moyens financiers adéquats, ce qui augmenterait ses chances d’obtenir un visa pour d’autres pays plus particulièrement francophones comme la Belgique ou la France, mais aussi l’Amérique du Nord (le Canada et les Etats-Unis).

Les principales motivations des migrants ayant quitté leurs pays se trouvent associés à la perception de ne pas être en mesure d’atteindre leurs objectifs dans leur pays d’origine, que ce soit en terme de moyens de subsistance durables, d’enseignement supérieur ou autres aspirations. 

1/3 des travailleurs subsahariens estime trouver des emplois plus attractifs que dans leur pays d’origine

L’étude révèle qu’un tiers des travailleurs subsahariens interrogés ont déclaré avoir décidé de venir en Tunisie, car ils espéraient trouver des emplois plus attractifs et des salaires plus élevés par rapport à leurs pays d’origine (11/33).

Près de la moitié des étudiants subsahariens estiment que l’éducation est de qualité

D’après l’étude, près de la moitié des étudiants subsahariens interrogés (10/23) ont déclaré que l’offre éducative était un puissant moteur pour choisir la Tunisie. Ils estiment que les facultés et les universités tunisiennes offrent un niveau d’éducation comparable à l’Europe. 

Ils sont peu nombreux ceux qui ont l’intention de rejoindre l’Europe clandestinement 

Seuls trois migrants subsahariens interrogés seraient venus en Tunisie avec l’intention de traverser irrégulièrement par bateau vers l’Europe. Plusieurs ont dit avoir quitté la Libye pour des raisons sécuritaires avant de rejoindre la Tunisie. Ils jurent avoir connu des périodes de détention prolongée et souvent répétée et subi des traitements inhumains. 

Plus de 90% des interrogés sont venus en Tunisie par avion  

En raison des avantages et des facilités d’obtention de visa pour les pays subsahariens, la majorité des interrogés a indiqué que son choix était de prendre des vols directs vers la Tunisie pour arriver à destination.

capture d'écran

D’après l’étude, seule une poignée d’interrogés ont emprunté des trajets fragmentés ou terrestres pour rejoindre la Tunisie. 

La grande majorité d’entre eux est arrivée en Tunisie par avion à l’aéroport international de Tunis Carthage (60/62).

À leur arrivée, la majorité des répondants avaient l’intention de s’établir à Tunis, comme l’ont indiqué 37 personnes interrogées, 21 à Sfax et deux autres à Sousse.

50% ont décidé de résider sur le Grand Tunis

Selon l’étude, la plupart des migrants subsahariens en Tunisie sont concentrés dans les zones urbaines principalement à Tunis et à Sfax.

Capture d'écran

D’après les chiffres, 50% d’entre eux ont déclaré résider dans la région du Grand Tunis (y compris Ariana), 46% à Sfax et 3% à Médenine.  

Ils sont en majorité soit employés (53%), soit étudiants (35%).

3/4 des migrants subsahariens ont des difficultés d’accès au permis de séjour

Des difficultés d’accès aux permis de séjour ont été signalées par trois
interrogés sur quatre comme un défi majeur auquel ils ont été confrontés en
Tunisie (48/62). 

Nombreux ont signalé la complexité des procédures administratives à suivre pour obtenir le permis, ainsi que les impossibilité de voyager en dehors de la Tunisie, dans l’attente de la délivrance du titre de séjour permanent.

Ils ont également soulevé la question de l’enregistrement des nouveaux-nés et les difficultés rencontrées pour l’obtention d’un extrait de naissance.

Ils ont d’autre part dénoncé la pénalité de dépassement des délais de permis d’entrée en Tunisie qui est de 20 dinars/semaine. Ces derniers, au-delà du permis d’entrée de trois mois, sont souvent contraints de rester en Tunisie, cumulant les pénalités pouvant atteindre jusqu’à 3 000 TND, ce qui rend de plus en plus difficile pour eux la possibilité de quitter le pays à mesure que le temps passe.

La majorité des migrants subsahariens envisagent de rester en Tunisie

La majorité des migrants subsahariens interrogés (34/62) ont déclaré qu’ils envisageaient de rester en Tunisie à l’avenir proche (six mois). Un sur six a déclaré qu’il estimait ne pas avoir le choix de rester ou de partir. Dix autres personnes interrogées ne seraient pas sûres de vouloir ou non
continuer à séjourner en Tunisie alors que huit personnes ont indiqué vouloir quitter la Tunisie au cours des six prochains mois.

Capture d'écran

Selon l’étude, lorsqu’il s’agit de leur plan pour les 12 mois à venir, l’attitude des migrants subsahariens interrogés ayant l’intention de rester en Tunisie pour un délai de 6 mois est relativement constante (31 contre 34 dans un délai de 6
mois). En revanche, la proportion de migrants subsahariens ayant l’intention de quitter la Tunisie a augmenté de 10 à 22 personnes de 6 à 12 mois. La majorité d’entre eux préfère rentrer chez elle, alors que les autres préfèrent continuer l’aventure dans un pays tiers.

 

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Twitter.

Retrouvez le HuffPost Tunisie sur notre page Instagram.