TUNISIE
25/03/2016 10h:32 CET | Actualisé 25/03/2016 11h:14 CET

Tunisie: Quand la proposition de loi pour interdire le niqab fait du copié-collé sur une loi française

ASSOCIATED PRESS
This Friday, May 1, 2015 shows a 32-year old Lebanese woman, whose father is a Shiite Muslim and mother is a Sunni Muslim, posing for a photograph, on the roof of her home in Beirut, Lebanon. For most, the niqab is a choice. They do so out of their own interpretation of the Quran and the hadith, a collection of traditions and anecdotes about the Prophet Muhammad, believing that a woman’s body should be covered out of modesty. (AP Photo/Hassan Ammar)

NIQAB - L'interdiction du Niqab dans les lieux publics sera-t-elle votée? Une proposition de loi a été déposée à l'Assemblée par "Al Horra", un bloc parlementaire composé d'anciens députés de Nida Tounes, le parti vainqueur aux législatives de 2014. Mais plusieurs parties du texte de cette proposition de loi se révèlent être un copié-collé d'une loi française en vigueur depuis 2011.

D'abord une similitude dans le titre, les deux textes utilisant presque la même description du niqab, qu'ils considèrent comme une "tenue" destinée à " la dissimulation du visage dans l'espace public". Une similitude existant aussi dans le premier article de chaque texte: "Nul ne peut, dans l'espace public, porter une tenue destinée à dissimuler son visage".

Ensuite, c'est le deuxième article du bloc "Al Horra" qui présente une ressemblance frappante avec celui voté en 2010 sous le gouvernement de Nicolas Sarkozy. Il s'agit d'une traduction en bonne et due forme, du français à l'arabe:

"L'interdiction prévue à l'article 1er ne s'applique pas si la tenue est prescrite ou autorisée par des dispositions législatives ou réglementaires, si elle est justifiée par des raisons de santé ou des motifs professionnels, ou si elle s'inscrit dans le cadre de pratiques sportives, de fêtes ou de manifestations artistiques ou traditionnelles".

Même fidélité dans la traduction de l'article 4 de la loi française, sauf pour le montant de l'amende fixé à 10.000 dt par le texte tunisien:

"Le fait pour toute personne d'imposer à une ou plusieurs autres personnes de dissimuler leur visage par menace, violence, contrainte, abus d'autorité ou abus de pouvoir, en raison de leur sexe, est puni d'un an d'emprisonnement et de 30.000 € d'amende. Lorsque le fait est commis au préjudice d'un mineur, les peines sont portées à deux ans d'emprisonnement et à 60.000 € d'amende".

Une proposition de loi polémique

Le député "Al Horra", Walid Jalled, a défendu jeudi sur le plateau de "Al Yawm Athamen" (Le huitième jour) le texte de son groupe parlementaire, invoquant des raisons "sécuritaires", après les affrontements qui ont secoué Ben Guerdane début mars:

"Nous ne voulions pas lancer ce sujet, sauf que nous avons vécu de grosses opérations terroristes dernièrement en Tunisie, ainsi qu'une tentative de confiscation d'une partie de notre chère patrie", a-t-il affirmé.

Pour lui, le niqab est un frein à l'effort des forces de sécurité: "Plusieurs personnes ont franchi les frontières en se cachant derrière cette tenue", a-t-il argué.

Nécessité sécuritaire ou restriction des libertés individuelles? Chaker Charfi, un professeur universitaire invité dans la même émission, a estimé que le texte est contraire à la constitution: "La dictature commence à travers l'atteinte à la constitution", a-t-il accusé, déplorant une absence de statistique sur le nombre exact des femmes portant le niqab en Tunisie.

Nadia Kanoun, une femme portant le niqab présente dans la même émission, a vivement critiqué cette proposition qui "restreint les libertés individuelles"

"Celles (les femmes en niqab) qui travaillent (...) comment vont-elles faire? Rester à la maison?", s'est-elle interrogée. "Cela va créer un conflit psychologique et social que vous n'imaginez pas", a-t-elle ajouté.

Jeudi, plusieurs femmes ont tenu une conférence de presse à Tunis pour revendiquer leur droit à porter le voile intégral.

Quoi qu'il en soit le débat sur les réseaux sociaux prend de plus en plus d'ampleur, avant même que la proposition de loi ne soit débattue à l'Assemblée.

Galerie photo Débats sur l'interdiction du port du niqab en Tunisie Voyez les images
Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.
Retrouvez les articles du HuffPost Maghreb sur notre page Facebook.