TUNISIE
07/11/2018 14h:54 CET | Actualisé 08/11/2018 15h:13 CET

Ces chercheurs américains mettent en garde contre le projet de loi relatif à la répression des atteintes contre les forces armées

Il faudra selon eux renforcer la sécurité tout en se mobilisant contre les dépassements policiers.

FETHI BELAID via Getty Images

Sharan Grewal et Shadi Hamid, deux chercheurs au Center for Middle East Policy, ont expliqué, dans une analyse publiée par le Washington Post, que la Tunisie prend la mauvaise direction dans sa lutte contre le terrorisme.

Les deux chercheurs mettent en garde contre les conséquences politiques que pourrait avoir la dernière attaque terroriste survenue le 29 octobre 2018 au centre-ville, et qui avait visé des agents des forces de l’ordre. Cet incident, qui n’a fait aucune victime mis à part la Kamikaze, et qui avait remis en avant le projet de loi n°25/2015 relatif à la répression des atteintes contre les forces armées, constituerait selon les deux experts une menace à la lutte contre le terrorisme, et donc à la transition démocratique du pays.

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Un abus policier qui mènerait au terrorisme

Pour eux, la Tunisie ne doit pas céder à la pression et éviter d’adopter ladite loi.

Ils estiment que celle-ci, offrant plus de protection aux forces armées, mènera à un abus policier qui, pour eux, “représente une cause du terrorisme, et non la solution”.

A ce sujet, ils citent une étude faite par l’Institut Tunisien des Etudes Stratégiques sur 83 terroristes détenus dans des prisons tunisiennes, laquelle avait démontré que la répression policière est à l’origine de la radicalisation de 90% d’entre eux.

Les deux chercheurs appuient également leur argumentaire sur les mises en garde de l’Organisation mondiale contre la torture, ainsi qu’Amnesty international qui ont pointé du doigt des abus policiers lors des manifestations contre la loi des Finances en janvier 2018.

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Sharan Grewal et Shadi Hamid critiquent également la mise en deuxième plan du ministère de l’Intérieur dans le budget de l’Etat 2019, en faveur d’autres ministères, un choix qu’ils qualifient d’erreur.

Pour les deux chercheurs, le gouvernement tunisien aurait dû s’y prendre autrement après la dernière attaque terroriste, en renforçant la sécurité tout en se mobilisant contre les dépassements policiers. Pour cela, une réforme est indispensable.

Agissant de la sorte, le gouvernement serait allé contre les aspirations démocratiques du pays, qui peine à les atteindre durant plus de 7 ans.

Des points de vue différents

De leur côté, Elie Abouaoun et Molly Gallagher, experts politiques à l’International Peace Institute, Middle East and North Africa, ont estimé dans une analyse publiée par The Brief, que la décentralisation accompagnée par une transparence dans la communication, sont la clé pour que la Tunisie puisse sortir de la crise générale qu’elle traverse.

Les deux experts décrivent le peuple tunisien comme un peuple qui est passé de l’optimisme à l’apathie, et que seul le dialogue, aussi bien national qu’à l’échelle communautaire pourrait leur rendre confiance en leur gouvernement.

Pour eux, sans ces deux facteurs, la frustration des Tunisiens, et la régression du pays, pourront bien durer.

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