TUNISIE
29/02/2016 13h:20 CET | Actualisé 29/02/2016 16h:24 CET

Polémique autour d'un rapport économique prétendument plagié: le vrai du faux

Getty Images

PLAGIAT - Le rapport du Conseil des analyses économiques (CAE), instance consultative composée d'universitaires et de chercheurs, qui avance un programme national de réformes économiques pour la période 2016-2020 a-t-il été plagié sur un rapport de 2011 de la Banque africaine de développement (BAD) qui parlait du Maroc? Vendredi 26 février, la semaine s'est terminée sur ce que le quotidien Al Chourouk présentait comme un "scandale d'Etat".

Contacté par le HuffPost Tunisie, Taoufik Rajhi, président du CAE, indique que cette polémique "n'a pas de sens", étant donné que le rapport du CAE en question comportait seulement dans sa version interne une annexe comparative (un "benchmark") d'une dizaine de pages qui évoquait le marché des capitaux au Maroc, sujet sur lequel l'auteur - Hatem Salah - avait déjà travaillé précédemment lors de missions pour la BAD. "Il nous a fait une note interne pour comprendre ce qui a été fait au Maroc, mais ce document n'a pas été intégré au rapport", explique Taoufik Rajhi, qui ne comprend pas l'ampleur qu'a pu prendre cette annexe comparative.

Ennahdha pointée du doigt

Car les réactions consternées sur les réseaux sociaux ont été bon train durant le week-end, après une charge virulente notamment de Moez Joudi, qui est un habitué des médias et le président depuis 2011 de l'association tunisienne de gouvernance.

Le démenti radiophonique sur Mosaïque FM de Taoufik Rajhi dès vendredi n'a guère éteint l'incendie, lequel a même grossi lorsque la presse marocaine s'est emparée du sujet. Malgré la présence en ligne des deux rapports, très largement différents (d'autant plus que l'annexe en question n'y figure pas), le site Le Desk a qualifié la défense de Taoufik Rajhi de fragile, lui faisant dire - à tort - qu'il avait reconnu le plagiat sur les ondes de Mosaïque FM, tandis que son confrère Yabiladi en a profité pour remettre en cause "la capacité des islamistes tunisiens à gouverner le pays".

Car la charge virulente de Moez Joudi est assortie de piques acerbes à l'égard d'Ennahdha, tenu pour responsable de ce manquement:

"[Taoufik Rajhi] est un nahdhaoui pur jus et [il] conduit un Conseil d'analyse économique troïka pur jus! C'est ce Conseil qui a fait un plagiat du rapport marocain! "

Rivalités universitaires et politiques

Au fil des publications sur le mur Facebook de Moez Joudi, ses critiques du CAE laissent transparaître un procès en légitimité de longue date:

La honte, la honte, la honte!! En plus, ce Conseil parachuté est composé d'universitaires qui encadrent normalement des...

Posté par Moez Joudi sur samedi 27 février 2016

Selon le journal électronique Réalités, ce même vendredi 26 février, Moez Joudi a été cité par le député Al Horra (démissionnaire de Nida Tounes) Walid Jalled sur radio Kelma parmi les personnalités en vue pour rejoindre le nouveau parti politique qui doit naître de la scission de Nida Tounes hostile à Ennahdha.

Pour Taoufik Rajhi, cette polémique "cache des rivalités entre universitaires assorties d'inimitiés politiques": "le document complet avec l'annexe circulait en interne, il a fuité et a été amalgamé avec le rapport", remarque celui qui relève que du fait de cette polémique, "personne ne parle du programme économique lui-même".

Contactés par le HuffPost Tunisie, ni Moez Joudi ni le journal Alchourouk n'ont répondu à nos sollicitations.

LIRE AUSSI:

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.