TUNISIE
17/12/2018 21h:41 CET | Actualisé 17/12/2018 21h:43 CET

Tunisie: "Les mouvements de protestations, une soupape de sécurité contre l'émergence de Daech", révèle une analyse publiée par le Washington Post

Cette étude se penche sur les facteurs poussant les jeunes tunisiens à rejoindre les rangs de Daech.

Rodi Said / Reuters

Selon les statistiques, la Tunisie est parmi les principaux pays exportateurs de djihadistes en Irak et en Syrie.

“Qu’est-ce qui pousse des jeunes à la fleur de l’âge à quitter leur pays, la seule démocratie arabe,et à parcourir des milliers de kilomètres pour participer à une guerre violente, sans répit?” se demande The Washington Post dans un article publié le 10 décembre 2018.

Pour creuser la question, les auteurs de l’article Christopher Barrie, candidat au doctorat en sociologie au Nuffield College de l’Université d’Oxford, et Neil Ketchley, chargé de cours en politique du Moyen-Orient au département d’économie politique du King’s College de Londres, ont mené une enquête minutieuse à ce sujet. Ils se sont focalisés sur les régions tunisiennes, les plus susceptibles de produire les combattants de Daech afin de comprendre le phénomène.

Pour eux, la marginalisation économique figure parmi les principaux facteurs derrière l’engagement de ces jeunes dans les rangs Daech. Fortement contesté, ce facteur reste tout de même un indicateur important expliquant le flux des Tunisiens partant au Jihad. 

Selon les analystes, au cours de la période post-révolutionnaire, “les chômeurs diplômés sont devenus les ‘premiers candidats pour le djihad’ ”, révèle l’article. Un examen attentif des procédures judiciaires relatives aux terroristes présumés islamistes en Tunisie, permet de montrer que près de 40% des accusés étaient titulaires d’un diplôme universitaire, ajoute la même source en précisant que 34% des recrues de Daech ont suivi une formation universitaire.

Pour mieux comprendre la tentation du Jihad chez les jeunes tunisiens, les deux auteurs ont voulu se focaliser sur l’impact des manifestations sur l’amortissement de la radicalisation issue de la marginalisation économique. 

“Nous nous sommes demandés si la possibilité de manifester en tant que forme de participation politique modérerait l’effet radicalisant de la marginalisation économique. Nous avons donc saisi le nombre de manifestations d’une délégation pendant la révolution tunisienne et l’année suivante. Notre intuition est que, même si le manque d’opportunités pour les Tunisiens diplômés peut expliquer en partie le penchant vers Daech, il se peut que l’existence de moyens alternatifs pour canaliser le mécontentement puisse le contenir” expliquent-ils.

D’autre part, ils se sont intéressés à deux autres facteurs à savoir le niveaux de scolarité (pourcentage d’études supérieures) et d’urbanisation (densité de population) dans chaque délégation. “Des études précédentes avaient suggéré que Daech avait profité du chaos qui avait suivi la chute de Mouammar Kadhafi en 2011 pour recruter dans les délégations voisines de la Libye” constatent-ils.

Les résultats de leur étude semblent surprenants. Ils ont trouvé que “les combattants de Daech étaient beaucoup plus susceptibles de provenir de délégations comptant plus d’hommes diplômés au chômage”. 

“Cependant, dans les régions où le taux de chômage des diplômés est élevé et le niveau de protestation est également élevé, cet effet est inversé” notent-ils.

D’après leur interprétation, le mécontentement vis-à-vis de la marginalisation économique peut être canalisée dans la protestation. Selon eux, Daech, trouve moins de succès pour attirer des recrues des régions où se multiplient les manifestations. “Cette lecture trouve un appui dans des études récentes démontrant que les villes défavorisées de la Tunisie avec un historique d’activisme syndical avaient peu de tendance vers Daech”, précisent les auteurs.

L’étude démontre également que les combattants tunisiens morts en Syrie étaient beaucoup plus susceptibles de venir de délégations limitrophes à la frontière libyenne. “Cela pourrait suggérer que les Tunisiens recrutés dans ces régions ont été placés dans des rôles de combat de première ligne et risquent donc davantage d’être tués” estiment-ils.

Dans leur conclusion, Barrie et Ketchley ont démontré que “les griefs découlant de la marginalisation économique ont joué un rôle dans la capacité de Daech à recruter autant de Tunisiens diplômés”. 

“Si la contestation peut conduire à la percée démocratique de la Tunisie, elle pourrait également aider à se défendre contre la menace de Daech” conclut le rapport. 

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