TUNISIE
16/10/2019 14h:36 CET

Tunisie: "Le succès démocratique dont personne ne parle" selon le Washington Post

"Il y avait une bonne nouvelle éblouissante qui a émergé de l’obscurité ce week-end: la Tunisie vient de tenir le deuxième tour de son élection présidentielle et le peuple a gagné"

NurPhoto via Getty Images
Supporters raise up flags of Tunisia and a giant flag of Palestine as they took part in the celebration of Kais Saied victory in Tunisia presidential election after an exit poll, on avenue Habib Bourguiba in the capital Tunis, on October 13, 2019. (Photo by Chedly Ben Ibrahim/NurPhoto via Getty Images)

Dans une opinion publiée sur le Washington Post, journaliste américain et contributeur au journal Christian Caryl est revenu sur l’élection de Kais Saied au second tour de la présidentielle qualifiant la Tunisie de “succès démocratique dont personne ne parle”.

Dans son analyse, le journaliste revient sur les revers des “démocraties libérales” dans le monde citant l’exemple des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne ou encore la victoire des conservateurs en Pologne: “Ce n’est pas un moment heureux pour les partisans de la démocratie libérale” assure-t-il avant de poursuivre: Et pourtant, il y avait une bonne nouvelle éblouissante qui a émergé de l’obscurité ce week-end: la Tunisie vient de tenir le deuxième tour de son élection présidentielle et le peuple a gagné”.

Revenant sur la victoire de Kais Saied contre “le populiste” et “puissant” Nabil Karoui, qu’il compare à au philippin Duterte ou Erdogan, Christian Caryl compare cette montée en puissance du professeur universitaire à celle de Volodymyr Zelensky, le président ukrainien, outsider élu après avoir promis à son peuple “un nouveau départ”.

“Ne vous y méprenez pas, les Tunisiens voulaient du changement. Le novice politique Saied représente une rupture radicale avec le statu quo” indique-t-il.

Selon lui, depuis la révolution, le peuple tunisien a montré sa persévérance dans le maintien de “leur remarquable expérience démocratique” se rendant aux urnes à chaque fois qu’il en était possible ou encore en descendant dans la rue.

“Oui, je connais les objections. Les Tunisiens ne sont pas contents. La prospérité et la bonne gouvernance restent un mirage. Les jeunes institutions démocratiques du pays sont fragiles. Et regardons les choses en face - c’est un petit pays (12 millions d’habitants), plus une aberration qu’un représentant pour les autres pays de la région” décrit le journaliste du Washington Post.

Malgré toutes ces réalisations, Christian Caryl assure que les Européens et les Américains continuent “leurs réflexions négligentes” sur le monde arabo-musulman dans son ensemble: “On pourrait vous dire que les musulmans et les Arabes (souvent considérés comme identiques) sont intrinsèquement autoritaires. Vous pourriez être informé que les Africains sont trop ‘sous-développés’ (lire: ‘primitifs’) pour gérer des institutions démocratiques” dit-il regrettant que les pays occidentaux ne sont pas en train de voir les changements s’opérer dans la région avec notamment le soulèvement au Soudan ou encore les manifestations en Algérie.

Mettant au même plan ce qui se passe en Tunisie et dans certains pays asiatiques, il conclut: “Quand je regarde la Tunisie - ou Hong Kong , Taiwan ou l’Indonésie - je ne peux pas m’empêcher de me demander si l’avenir de la démocratie ne se situe-t-il pas vraiment en dehors de l’Occident. De nos jours, il peut parfois être difficile d’échapper à l’impression que les Européens et les Américains sont trop complaisants, trop absorbés par eux-mêmes pour se défendre et défendre leurs libertés. Après tout, la liberté est un travail difficile, surtout si vous le prenez pour acquis. Les Tunisiens et les Hongkongais ne la considèrent clairement pas comme tel. Je leur souhaite la force de continuer à combattre le bon combat”.

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