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10/07/2015 05h:57 CET | Actualisé 10/07/2016 06h:12 CET

Tunisie: La lutte acharnée?

TERRORISME - La Tunisie est coincée dans une lutte acharnée, entre ceux qui lui veulent du bien, et les autres qui lui souhaitent l'enfer. En assassinant des touristes innocents, Seifeddine Rezgui a cherché à éteindre les flammes d'espoir et d'optimisme qui ont été mises à feu il y a plus de quatre ans. Nous ne devons pas permettre que cela arrive.

ASSOCIATED PRESS

Lorsque Mohammed Bouazizi s'est immolé par le feu en ce jour fatidique de décembre 2010, il ne se doutait pas que son acte aurait amené toute une région à des manifestations de grande envergure. Pourtant, quatre ans et demi plus tard, alors que Seifeddine Rezgui a calmement et méticuleusement abattu ses victimes sur une plage de Sousse, nous pouvons supposer que les conséquences de son action ne se sont pas arrêtées à sa mort.

L'attaque sur la plage de Sousse, dans laquelle 38 touristes ont tragiquement perdu la vie, ne fut pas seulement une attaque concernant la visite des Occidentaux. C'était également une attaque contre les braves travailleurs de l'hôtellerie et de l'industrie, qui tentaient désespérément de protéger leurs clients contre les balles de rage provenant du meurtrier. C'était une attaque contre un constructeur, qui a courageusement lancé des tuiles et des briques comme missiles vers le sol pour permettre aux forces de sécurité de le rattraper. C'était aussi une attaque contre la Tunisie et son ensemble, orchestrée dans le but de faire des ravages sur un pays qui revient de loin, après le renversement de décennies de dictature.

Depuis 2011, la Tunisie a émergé comme le seul succès du Printemps arabe. Nous avons attendu avec impatience que l'Egypte flirte avec la démocratique, avant de retourner sans récompense au traditionnel et dur régime militaire. Nous avons regardé la Libye succomber aux violentes luttes de pouvoir; la combinaison d'armes et d'un manque d'autorité étant un cocktail mortel pour un pays autrefois prometteur. Et nous avons vu la Syrie et le Yémen glisser plus profondément dans les affres de la guerre civile, fournissant un terrain fertile où les éléments extrémistes peuvent prospérer. Grâce à tout cela, la Tunisie a brillé comme la lueur d'espoir du monde arabe, principalement guidée au-delà des pièges par la volonté du parti islamiste Ennahdha de faire des compromis et de concilier tout le spectre politique.

En janvier 2014, la Tunisie a reçu des éloges pour l'adoption d'une constitution progressive, consacrant les droits qui ont été bafoués par la révolution du jasmin. Le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-Moon, a exhorté le peuple tunisien "de continuer à inspirer le monde comme il le faisait il y a trois ans, et de servir d'exemple pour le dialogue et le compromis afin de résoudre les différends politiques dans la région et au-delà".

La Tunisie a prouvé au monde qu'il n'y a pas de contradiction entre l'islam et la démocratie, marquant la réussite de la transition du despotisme à travers deux élections libres et équitables. Les Tunisiens ont placé leur foi dans la boîte du scrutin, malgré les tentatives de les orienter dans un sentier battu bien connu de ses voisins. Ils ont fait face à des assassinats politiques, la stagnation du nombre de touristes et les impasses politiques. Tous ont menacé de faire dérailler la transition démocratique en Tunisie, mais aucun autant que cette récente tragédie.

Selon le Conseil Mondial du voyage et du tourisme, le tourisme a contribué à 15,2 % du PIB de la Tunisie en 2014, soutenant directement 230.500 emplois et ayant recours à 6,8 % de la main-d'oeuvre totale. Cette attaque visait à détruire l'économie tunisienne, laissant de manière délibérée une Tunisie vulnérable aux tentacules des extrémistes qui se nourrissent de ceux qui n'ont rien.

La Tunisie se trouve aujourd'hui à un carrefour, face au plus grand défi de sa transition démocratique en cours. Comment devrait-elle répondre à une telle atrocité sans porter atteinte aux droits et libertés qui ont bénéficié d'un si grand combat pour leur obtention? La Tunisie peut-elle maintenant négocier la mince ligne entre la liberté et la sécurité sans avoir à recourir à des méthodes qui caractérisent l'ancien régime?

L'horreur à laquelle nous avons assistée s'est révélée être non seulement confinée à l'étendue d'un banc de sable à Sousse, mais elle est également le symptôme d'une menace terroriste qui sévit dans le monde. C'est un phénomène international qui nécessite une réponse internationale, et cela inclut le soutien et le renforcement de la sécurité et de la stabilité de la Tunisie.

La Tunisie est coincée dans une lutte acharnée, entre ceux qui lui veulent du bien, et les autres qui lui souhaitent l'enfer. Si nous, en Occident, sommes vraiment les champions de la liberté, alors nous devons soutenir ceux qui ont manifesté leur volonté de voyager sur le chemin de la démocratie. En assassinant des touristes innocents, Seifeddine Rezgui a cherché à éteindre les flammes d'espoir et d'optimisme qui ont été mises à feu il y a plus de quatre ans. Nous ne devons pas permettre que cela arrive.

Ce blog a été traduit de l'anglais au français.

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Galerie photo Des images de Sousse après l'attentat Voyez les images