MAGHREB
20/03/2015 08h:33 CET | Actualisé 20/03/2015 08h:33 CET

La Tunisie endeuillée commémore son indépendance après l'attentat du Bardo

AFP
Le président tunisien Beji Caid Essebsi lors de la commémoration de l'indépendance le 20 mars 2015 à Tunis

La Tunisie commémore vendredi son indépendance dans le deuil deux jours après l'attentat sanglant contre des touristes au musée du Bardo à Tunis, dont les auteurs du groupe jihadiste Etat islamique se sont entraînés en Libye voisine selon les autorités.

Le président Béji Caïd Essebsi doit de nouveau s'adresser à la nation à l'occasion du 59e anniversaire de l'indépendance, après avoir promis une lutte "sans pitié contre le terrorisme" et assuré que le système démocratique était "bien ancré" dans son pays.

Des marches "contre le terrorisme" sont en outre prévues dans la journée à Tunis et à Djerba (sud), haut lieu du tourisme balnéaire, alors que l'attaque contre le plus prestigieux musée du pays a porté un coup au tourisme en Tunisie.

Revendiquée par l'EI, l'attaque sans précédent depuis la révolution de janvier 2001 qui chassa du pouvoir le dictateur Zine El Abidine Ben Ali a coûté la vie mercredi à 20 touristes étrangers de différentes nationalités, dont trois Français et deux Espagnols, ainsi qu'à un policier tunisien.

Les deux assaillants, qui ont tiré à la Kalachnikov sur les touristes alors qu'ils descendaient de leurs autocars à l'entrée du musée, se sont formés au maniement des armes en Libye, selon le secrétaire d'Etat tunisien aux affaires sécuritaires Rafik Chelly.

"Cellules dormantes"

Il s'agit de "deux éléments extrémistes salafistes takfiris. Ils ont quitté clandestinement le pays en décembre dernier pour la Libye et y ont pu se former aux armes" avant de regagner la Tunisie, a-t-il dit à la chaîne privée AlHiwar Ettounsi.

Le terme "takfiri" signifie littéralement "celui qui lance des anathèmes" contre les personnes ne partageant pas ses croyances, mais est en général utilisé pour désigner les groupes jihadistes ou islamistes radicaux sunnites.

Ces nouvelles informations viennent appuyer les craintes de nombreux observateurs pour qui le chaos en Libye, qui partage une longue frontière poreuse avec la Tunisie, est une menace grandissante pour la sécurité de ce pays et du Maghreb en général.

Les deux assaillants, tués par les forces de sécurité durant l'attaque, étaient "des éléments suspects" faisant partie "de ce qu'on appelle les cellules dormantes, formées d'éléments présents dans les villes, connus (...) et dont nous savons qu'ils peuvent mener des opérations mais il faut rassembler les indices pour pouvoir mener une arrestation", selon M. Chelly.

L'un d'eux, Yassine Abidi, avait été arrêté avant son départ en Libye, a-t-il ajouté sans plus.

"Pas de retour" à la dictature

Les autorités ont fait état jeudi de l'arrestation de neuf suspects dans l'attaque et annoncé le déploiement de soldats pour participer à la sécurisation des accès des grandes villes.

En revendiquant l'attentat jeudi dans un message sonore mis en ligne, l'EI a menacé la Tunisie de nouvelles attaques. "Ce n'est que le début", a affirmé le groupe jihadiste fort de dizaines de milliers d'homme, qui sévit en Syrie, en Irak, en Libye et dans le Sinaï égyptien.

Répondant à des interrogations sur un éventuel retour à l'autoritarisme que pourrait entraîner la lutte antiterroriste, le président Essebsi a assuré jeudi que "le processus de mise en place du système démocratique est déjà bien en place, bien ancré... Il n'y aura jamais de mouvement retour".

Il a aussi salué "la promptitude avec laquelle les forces de l'ordre se sont dépêchées sur les lieux et ont évité une catastrophe. On a trouvé sur (les assaillants) des explosifs terribles qu'ils n'ont pas eu le temps" d'utiliser.

"La Tunisie vaincra"

Mais dans le même temps, le chef du gouvernement Habib Essid a reconnu des "failles dans tout le système sécuritaire", alors que quelques mètres séparent le musée du siège du Parlement où se tenait, au moment de l'attaque, une réunion sur la réforme de la loi antiterroriste.

C'est la première opération à être revendiquée par l'EI en Tunisie, mais ce groupe compte des centaines de combattants tunisiens dans ses rangs.

Au moins 500 Tunisiens ayant combattu en Irak, en Syrie ou dans la Libye voisine dans les rangs d'organisations jihadistes comme l'EI sont rentrés dans leur pays. La police les considère comme l'une des principales menaces à la sécurité nationale.

Depuis 2011, la Tunisie lutte contre un groupe jihadiste lié au réseau Al-Qaïda au Maghreb islamique, la Phalange Okba Ibn Nafaâ, mais les attaques de cette organisation étaient limitées aux forces de sécurité à la frontière algérienne.

La presse tunisienne se montrait pleine de défi vendredi. "La Tunisie vaincra", titrait ainsi le quotidien La Presse en Une, tandis qu'Assabah proclamait: "La Deuxième République l'emportera".

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