MAGHREB
07/07/2015 12h:14 CET | Actualisé 13/07/2015 07h:43 CET

Tunisie: La nomination de Hatem Ben Salem, l'ancien RCD, à la tête de l'Institut Tunisien des Etudes Stratégiques fait polémique

FETHI BELAID via Getty Images
Tunisian Foreign secretary of state Hatem ben Salem(R) meets Greek Foreign minister Dora Bakoyannis upon her arrival in Tunis on February 26, 2008. Bakoyannis is on a two day official visit in Tunisia. AFP PHOTO FETHI BELAID (Photo credit should read FETHI BELAID/AFP/Getty Images)

La nomination de Hatem Ben Salem, ce lundi 6 juillet 2015, à la tête de l’Institut Tunisien des Etudes Stratégiques n’est pas passée inaperçue. En effet, suite à une décision de la Présidence de la République, cet ex ministre de Zine el-Abidine Ben Ali, assure désormais la mission d’analyse des divers projets de développement en Tunisie.

Ben Salem, un "collaborateur de Ben Ali"

Hatem Ben Salem a occupé, au cours de sa carrière, de nombreux postes sous le régime de Zine el-Abidine Ben Ali. Il a d’abord été ambassadeur de Tunisie dans différents pays en Afrique et au Moyen-Orient en commençant par le Sénégal, suivi de la Guinée, de la Gambie, du Cap Vert et pour finir en Turquie, entre 1996 et 2000. Sa carrière diplomatique s’est soldée par deux années, à la représentation permanente de la Tunisie, aux Nations unis à Genève.

Hatem Ben Salem a ensuite enchaîné les postes au sein des différents gouvernements de Mohamed Ghannouchi.

Il a été nommé en tant que coordinateur général des Droits de l’Homme au ministère de la Justice et des Droits de l’Homme en 2002, secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires étrangères de l’époque, Habib Ben Yahia, puis chargé des Affaires maghrébines et africaines en 2003, ensuite secrétaire d’Etat chargé des Affaires Européenne en 2004.

Le dernier poste occupé par Hatem Ben Salem sous le régime de Zine el-Abidine Ben Ali, a été celui de ministre de l’Education, poste qu’il a occupé de 2008 jusqu’à la chute du régime en janvier 2011.

Si certains estiment sa carrière, notamment à l’internationale, suffisante pour justifier son nouveau poste de directeur, sa nomination est loin de faire l’unanimité, notamment sur la toile.

"Les libertés fondamentales sont respectées en Tunisie"

Les nombreux services rendus au RCD suffisent pour les internautes à déclarer Hatem Ben Salem "persona non grata", au sein de la gouvernance tunisienne. La compétence n’étant pas jugée suffisante pour excuser un lourd passé RCDiste, surtout dans un secteur aussi sensible que les droits de l’Homme. A cet effet, de nombreux internautes ont diffusé une ancienne interview de Hatem Ben Salem, publiée sur le site "Tunezine", alors qu’il était représentant permanent de la Tunisie auprès des Nations Unis à Genève.

L’ex-ambassadeur s’applique au cours de cet entretien à démentir toutes les accusations portées au régime de Zine el-Abidine Ben Ali. Tunezine décrit même l’ex ambassadeur comme négationniste suite à ces propos. La torture policière sous le régime du président déchu a été catégoriquement niée par Hatem Ben Salem, "Il n’y a pas de torture, c’est un phénomène inacceptable que la Tunisie a toujours condamné" avait-il déclaré à l’époque. Il en est même arrivé à démentir la mort des prisonniers Abdelwahab Bousaa et Lakhdar Essidiri, faute de soins. "Quant à ces deux personnes, elles ne sont pas mortes", "on ne meurt pas comme ça en Tunisie", avait-il affirmé.

Plus encore, il a assuré que la liberté de la presse prévalait dans un régime accusé de censure en déclarant "en Tunisie, la presse est libre dans le cadre d’une loi qui ne prévoit aucune restriction".

Il a également suscité des critiques en qualifiant l’attentat de Djerba du 11 avril 2002 comme "un accident ordinaire", ou encore en accusant le parti de Hamma Hammami d’être "un groupuscule trotskiste" qui "a voulu recourir à la lutte armée", justifiant ainsi son emprisonnement.

En Mai 2015, Hatem Ben Salem, a déclaré au micro de Cap FM, ne pas regretter le travail qu’il a accompli sous la gouvernance de Zine el-Abidine Ben Ali.

Regardez l'intégralité de l'entretien au micro de CAP FM

De nombreux internautes l’accusent donc d’avoir contribué à maquiller le régime de Zine el-Abidine Ben Ali auprès de l’opinion internationale. Certains le considèrent comme un acteur dans la construction de cette fausse image d’une Tunisie ouverte et moderne, respectueuse des droits de l’Homme, relayée par le régime. Certains internautes vont même jusqu’à lui reprocher l’état actuel de l’éducation tunisienne.

La nomination par Béji Caïd Essebsi d’un "ex-ministre", "ex-ambassadeur", "ex-secrétaire d’Etat", "ex coordinateur général des droits de l’Homme", sous l’ancien régime, à la tête d’un Institut tel que l’Institut Tunisien des Etudes Stratégiques, ne plait donc pas à tout le monde.

Galerie photo Les réactions sur la toile après la nomination de Hatem Ben Salem Voyez les images
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