TUNISIE
16/02/2016 13h:27 CET | Actualisé 16/02/2016 15h:04 CET

L'Institut des cultures d'Islam à Paris met à l'honneur les hammams de la Médina

Jacques Pion

L'évènement "TunICIe" en hommage au patrimoine tunisien, c'est tout un cycle qui s'étend sur sept mois, de février à aout, à l'Institut des Cultures d'Islam à Paris, dans le 18ème arrondissement.

"Parce que dans ce pays si proche, un peuple se bat pour trouver les voies de sa démocratie, parce que des femmes et des hommes y combattent au quotidien pour construire une société où le choix ne se résume pas à la dictature islamiste ou la dictature mafieuse..", peut-on lire entre autres dans le dossier de presse de l’événement.

La première partie du cycle français, du 11 février au 3 avril, tourne autour des hammams avec entre autres "une expérience visuelle et sonore unique dans le hammam de l’Institut des Cultures d’Islam". Evénement central: l’exposition photographique "Regards posés. Hammams de la Médina de Tunis", avec la participation de 19 photographes.

Les hammams de la Médina, ces lieux qui "disparaissent, et avec eux un ensemble de rites sociaux, de pratiques, de croyances, de professions", sont montrés dans cette manifestation importée d'une autre qui a eu lieu à partir de 2014 à Tunis, conçue par l’association tunisienne L’Mdina Wel Rabtine.

Selon l'association, les recherches de terrain ont permis de recenser près de 50 hammams historiques, inventoriés dès le XIXème siècle en Médina et faubourgs. En avril 2014, seulement 26 hammams étaient en activité, 17 avaient disparu et 7 autres étaient fermés.

Le hammam, cliché ou source de plaisir esthétique?

Alors qu'une expo actuellement en cours à La maison de l'image à Tunis, "Views of Tunisia", se veut une fresque des 24 gouvernorats du pays, le choix de montrer des hammams tunisois à Paris traduit-il le regard orientaliste, confiné entre les murs de la médina, que peuvent avoir des étrangers sur la Tunisie?

Amal Benna, secrétaire adjointe de "L’Mdina Wel Rabtine", association qui a organisé ce projet avec l'ICI, nie cette interprétation:

"L'exposition est un projet tuniso tunisien au départ, qu'on est fiers d’internationaliser maintenant", a-t-elle déclaré au HuffPost Tunisie.

"C'est le succès tunisien de ce projet qui a permis l'exposition à Paris", avance la représentante de "L’Mdina Wel Rabtine" qui espère qu'une telle médiatisation contribuera à sauver ce patrimoine déliquescent.

"Elle a déjà eu lieu au Palais Kheireddine et l'Institut français de Tunis, on a eu tellement d'échos positifs que ce projet a grandi. Beaucoup de photographes tunisiens et étrangers ont voulu contribuer bénévolement. De toute façon, on avait rien à leur donner, on est une petite association qui n'a pas les moyens. Ce qu'on pouvait partager avec eux c'est l'amour de la Médina, la peur que ces hammams disparaissent. On a un beau patrimoine qui est en péril", a-t-elle déploré.

Hamideddine Bouali est l'un de ces photographes, participant à l'expo avec ses photos du bain maure "Kachachine", un des plus ancien de la Médina, "l'un des plus beau aussi", précise-t-il au HuffPost Tunisie.

"J'étais invité à participer à cette exposition, j'ai accepté sans hésitation. Passionné moi-même par la Médina et de Tunis en général, c'est une belle opportunité pour explorer ce lieu public, le plus privé au monde qui est le hammam, où s'exalte la nudité et l'intimité de l'humain dans une ambiance unique", a-t-il ajouté.

Pour lui, s'il y une dimension orientaliste, elle appartient à l'observateur: "Nous en tant qu'artistes, nous ne sommes pas responsables du regard que peuvent porter certains sur un travail artistique. Quand on photographie notre patrimoine, on est subjugués avant tout par sa beauté, parce qu’il nous inspire. Le regard de l'observateur sur l'oeuvre nous dépasse après", a-t-il expliqué.

Des tables rondes consacrées à la sauvegarde et à l'analyse de ce patrimoine seront également organisées en marge de l'expo. Du 14 avril au 14 août, l’exposition d’art contemporain "Effervescence" constituera la deuxième partie du cycle.

LIRE AUSSI:
  • "Regards posés": Zoom sur les hammams de Tunis en péril
  • Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.