TUNISIE
30/03/2016 09h:40 CET | Actualisé 03/04/2016 09h:49 CET

A Tunis, les lecteurs de la bibliothèque Garibaldi protestent contre un café pour "nuisance sonore" et "asphyxie"

Kouthaier Ben Ammar

#Je suis Garibaldi... Ce hasthag tunisien n'est pas un slogan à l'honneur de la figure historique italienne du 19ème siècle, mais plutôt un soutien au Centre d'Etude de Carthage communément appelé "Garibaldi" car il se trouve dans la rue portant le même nom. Cette bibliothèque située au premier étage d'un immeuble, accuse un salon de thé du rez-de-chaussée d'émettre des "nuisances sonores" et..."d'asphyxier ses lecteurs".

"Avant c'était juste l'odeur de la fumée des chichas consommées par les clients du café qui remontait au premier étage", affirme Sarra, étudiante en littérature française et lectrice fréquentant régulièrement cet espace qui contient plus de 30.000 ouvrages, et qu'elle décrit comme "l'un des rares lieux où l'on peut étudier tranquillement à Tunis".

"A présent, en plus des odeurs, c'est la musique. Ils mettent leurs baffles si fort que le sol tremble sous nos pieds", a-t-elle ajouté. Un témoignage confirmé par d'autres lecteurs.

Bessma Tabib, directrice de ce centre de sciences humaines auto-financé, évoque des cas d'asphyxie qui se répètent depuis quelques années. Cela est dû, selon elle, à la fumée des braises de charbon (pour les chichas), déposés dans le hall de l'immeuble, derrière la porte de service du café: "Les lecteurs ont constamment mal à la tête. Certains ont eu des malaises", a-t-elle assuré au HuffPost Tunisie.

Des protestations sporadiques ont alors eu lieu ces derniers jours devant la bibliothèque, jusqu'à ce que la directrice se fasse agresser vendredi: "L'histoire des baffles a commencé il y a une semaine. C'était tellement insupportable que je suis allé au café pour débrancher les enceintes. C'est là que j'ai été agressée par l'un des serveurs", dit-elle.

L'affaire a pris de l'ampleur dans plusieurs médias, d'autant plus que les autorités sont restées "étrangement passifs", selon Basma Tabib. Le 28 mars, le chroniqueur Mohammed Bouaoud pointait du doigt, sur la Radio nationale, "la municipalité de Tunis qui ne prend pas en considération la spécificité de cet espace d'études et de révision, en donnant des permission à des cafés d'ouvrir autour de la bibliothèque".

Contactée par le HuffPost Tunisie, Aida Jeridi, chargée de culture de la municipalité du Tunis, a affirmé qu'elle n'avait pas suivi les détails de l'affaire: "Je n'ai jamais soupçonné la municipalité d'avoir un rôle à jouer dans tout cela. Cette bibliothèque et son emplacement ne relève pas de notre compétence", a-t-elle ajouté.

La seule bibliothèque à Tunis oeuvrant sous l'égide de la municipalité est "Dar Ben Achour", à la Médina.

En signe de protestation, des lecteurs et des employés du centre se sont réunis devant la café, mardi après-midi, érigeant des slogans comme "Je lis donc je suis" ou "Je suis Garibaldi".

Selon Basma Tabib, c'est seulement après le remous provoqué par ce conflit, que le gérant du café a "carrément arrêté ses baffles et s'est excusé". Entre temps, les autorités ne sont jamais intervenues.

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