TUNISIE
09/03/2016 11h:13 CET | Actualisé 09/03/2016 13h:03 CET

Tunisie: Pourquoi le célibat des femmes est "suspect" et "problématique"? Un séminaire y répond

ASSOCIATED PRESS
Couples observe a panoramic view of the Gulf of Tunis from the touristic village of Sidi Bou Said, some 20 kilometers outside of Tunis, Tunisia, Tuesday, Oct. 27, 2015. (AP Photo/Mosa'ab Elshamy)

Une femme célibataire, un signe d'échec au Maghreb ? Un séminaire de l'association Santé sud y répond à travers des chiffres et des enquêtes auprès des mères célibataires en Algérie, au Maroc et en Tunisie, des droits des femmes en général.

"En Tunisie, certaines femmes peuvent faire des études, réussir leur vie professionnelle mais leur réussite n'est complète que si elle trouve un mari tôt au tard, ceci dépend des familles" indique Hinde Maghnouji, psychologue présente au séminaire.

Le célibat des femmes est "suspect", "problématique", a-t-elle ajouté.

Ce séminaire qui était censé évoquer la situation des mères célibataires dans les trois pays du Maghreb, a pris une autre tournure, corollaire au premier sujet de débat, qui est la perception du célibat tout court sans ou avec un enfant.

Une femme célibataire, est-ce important?

"Tout au long de son célibat, la femme est considérée comme une bombe à retardement de l'ordre patriarcale, son corps, encore plus sa sexualité sont entourés d'appréhensions. La famille est alors constamment sur le qui-vive avec la peur que cette fille 'passe à l'acte', 'ait une sexualité quelconque". Elle est alors condamnée à vivre une vie souterraine ou de s'auto-opprimer", a ajouté Hind Maghnouji.

Sana Ben Achour, juriste et président de l'association Beity insiste aussi sur cet élément: "Le célibat est perturbateur de l'ordre établi fondé sur la dépendance de la femme à l'homme. Il renvoie aux tabous sur son corps, sa virginité et la relation sexuelle hors mariage en Islam (Zina), un acte considéré comme déshonorant, scandaleux".

Quelles sont les conséquences?

Le regard réprobateur sur le célibat entraîne des conséquences "désastreuses", insiste les intervenants du séminaire.

Ne pas parler de la sexualité aux filles, considéré ceci comme un tabou avant le mariage n’empêchera pas ces jeunes femmes d'avoir des envies, une sexualité "cachée mais réelle", insiste la psychologue.

Le déni de cette réalité engendre selon elle, la malformation autour de la sexualité et constitue un frein à la prévention.

Conséquence: des jeunes filles qui ignorent les méthodes de contraception ou confrontées à une grossesse hors du cadre du mariage avec son cortège de difficultés liées au regard stigmatisant de la société.

Si 15 milles femmes ont avorté en 2015, selon l'office national de la famille et de la population, 909 enfants sont nés hors du cadre du mariage, comme l'indique Rym Brahmi, chef de service au ministère des Affaires sociales, présente au séminaire.

"42% des mères célibataires ne savaient pas qu'il y avait un moyen de contraception, 41% d'entre elles pensaient ne pas pouvoir tomber enceinte, d'autres disaient qu'elles n’utilisaient pas de moyens contraceptifs par gêne et peur pour leur réputation. Le manque d'éducation sexuelle engendrent des désastres", a déclaré Amel Bouchlaka, chercheuse au centre de santé de la reproduction qui a effectué une étude sur "Les grossesses et maternités hors mariage en Tunisie".

"Dans dans régions comme Gabes, Béjà et Tozeur, les femmes n'ont pas accès à l'avortement, elles sont obligées de se déplacer ou de recourir aux cliniques privées car les structures publiques en la matière sont inexistantes", alerte Emma Hsairi, sage femme et membre de l'association tunisienne des femmes démocrates.

"D'autres sont dissuadées par le personnel médical d'avorter pour des raisons religieuses, on les culpabilise", signale Emna Hsairi.

"Quant aux mères non mariées, elles sont sujettes à toutes formes de stigmatisons aussi bien par certains membre du personnel médical ou même des assistantes sociales", a-t-elle renchéri.

Lors du séminaire un film a été projeté réalisé par Santé sud.

Intitulé "Solo" ce film dénonce le parcours chaotique de ces mères et du regard sans compassion de la société, déplore Hayfa Ben Miloud, chef du projet du Santé Sud.