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11/10/2018 11h:43 CET | Actualisé 11/10/2018 11h:43 CET

Tunisie: Des filets de sécurité sociale solides pour un meilleur Capital Humain

L’engagement du gouvernement en faveur du capital humain, malgré une situation macro-économique encore fragile, constitue un signal positif pour la population et les investisseurs.

Zohra Bensemra / Reuters

La Tunisie, un des pays précurseurs du nouveau Projet du Capital Humain de la Banque mondiale sera parmi les six pays qui présenteront leur vision pour le développement du capital humain lors des assemblées annuelles de la Banque mondiale ayant lieu le 10 et 11 Octobre à Bali, en Indonésie.

L’engagement de la Tunisie dans ce grand débat mondial devrait nous rendre fiers. Pourtant, la performance de la Tunisie à l’heure actuelle n’est pas idéale. Mais il y a la volonté de faire mieux, ce qui s’inscrit dans l’esprit du Père de la Nation qui avait compris l’importance d’investir dans le capital humain.

Ceci est loin d’être un choix évident car les gouvernements et les politiques, presque partout dans le monde, ont toujours été plus séduits par la construction de route, les barrages et les centrales électriques que par l’éducation de base, la santé et la protection sociale. Donc l’engagement du gouvernement en faveur du capital humain, malgré une situation macro-économique encore fragile, constitue un signal positif pour la population et les investisseurs.

L’agenda du développement du capital humain pour la Tunisie est ample et complexe. La valeur de nouvel l’Indice du Capital Humain présenté le 11 octobre montre que la performance de la Tunisie est tirée vers le bas par trois facteurs essentiellement: (a) un accès limité aux programmes préscolaires (reconnues partout dans le monde comme les programmes les plus importants dans la vie d’un enfant, déterminant sa réussite dans la vie), (b) un taux élevé d’abandon scolaire, notamment au secondaire, et une faible performance au niveau des apprentissages sur les tests agrégés reconnus au niveau international.

Je voudrais dans ce blog aborder un volet des réformes en cours qui pourrait réduire le phénomène de l’abandon scolaire et accroître la participation des enfants dans les programmes préscolaires, objectif visé par la stratégie nationale multisectorielle de développement de la petite enfance, adoptée récemment par le gouvernement. Il s’agit de la réforme du système d’assistance sociale. Ces programmes ont une mauvaise réputation en Tunisie, allant de l’accès et la couverture.

Il est vrai que les dépenses publiques dédiées à l’assistance sociale ont toujours été très faibles en comparaison avec l’étendue des subventions accordées pour les besoins énergétiques et les produits de base. D’une part, la population la plus vulnérable profite moins comparativement de ces programmes de subventions que la classe moyenne et le secteur privé. D’autre part, ces programmes budgétivores consomment jusqu’à 10% du produit intérieur brut ne laissant que peu de marge pour le financement de programmes essentiels, qui permettraient aux familles vulnérables d’inscrire leurs enfants dans les programmes préscolaires et de garder les adolescents à l’école secondaire.

Comment changer cette situation? Tout d’abord, il faut identifier les familles vulnérables. Les nouvelles technologies et les méthodes avancées de ciblage permettent de “connaître les pauvres”. Cette approche de ciblage a été appliquée avec beaucoup de succès, d’abord en Amérique Latine, et ensuite en Asie du Sud. Remplacer des subventions générales par un programme d’assistance sociale ciblé permet de transférer plus de ressources aux familles vulnérables.

Le programme d’identification des familles vulnérables, la mise en place d’une base des données, et le développement des modules d’application pour les programmes d’assistance sociale (Programme d’aide aux familles nécessiteuses [PNAFN] et Le Programme de carnet de soins à tarifs réduits [AMG II]) sont les premiers éléments constitutifs d’un programme des réformes à mettre en place. Malgré des difficultés initiales, cette démarche a été acceptée par les fonctionnaires, et devrait être achevée d’ici fin 2019.  

Puis, il convient d’adopter la législation permettant la transition vers un système de ciblage. Malheureusement, la loi “Amen” n’a pas encore été approuvée par l’ARP, mais on espère que cela sera fait lors de la session parlementaire en cours. La loi “Amen” est le bon outil pour “traduire” la transformation du système de protection sociale en texte juridique.

L’autre élément, sans doute le plus difficile, c’est l’augmentation de l’enveloppe dédiée à l’assistance sociale. Ceci implique un transfert des ressources de la classe moyenne et la classe la plus riche vers la classe vulnérable à travers la diminution des subventions générales et le réinvestissement de ces ressources dans des programmes renforcés d’assistance sociale. Nous reconnaissons la difficulté inhérente à ce choix, mais il est nécessaire et important.

Enfin, il est nécessaire d’améliorer la coordination entre les différents secteurs tels que les affaires sociales, santé, éducation pour mettre œuvre des programmes intégrés permettant d’améliorer l’accès aux services de base de bonne qualité à tous les segments de la population. Ce type d’approche multisectorielle et intégrée permettra de favoriser l’inclusion et lutter contre la transmission intergénérationnelle de la pauvreté.

La Tunisie a déjà fait des progrès importants dans deux des quatre éléments susmentionnés permettant une réforme importante et courageuse de la protection sociale. Il convient de compléter ces deux premiers éléments. Les troisième et quatrième éléments ne sont pas encore entamés. Il est important qu’un débat soit initié sur ce sujet, dans le contexte des discussions sur la Loi de Finances 2019.

Si la Tunisie veut développer davantage son capital humaine, il faut que le pays inclut les (estimés) 900,000 familles vulnérables en leur offrant l’opportunité d’accéder aux programmes préscolaires, de les maintenir dans le système d’éducation de qualité jusqu’à 18 ans, aux soins de santé de base et la nutrition adéquate. Sans cela, il s’avèrera difficile d’améliorer la valeur de l’Indice de Capital Humain d’ici la prochaine édition qui se tiendra dans trois ans à Marrakech.

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